Par-delà les controverses et les batailles politiques inhérentes à toute gestion publique, un fait demeure difficile à ignorer : au ministère des Finances, Nicolas Kazadi aura été l’un des rares responsables politiques à avoir tenté de bâtir, au sein de l’UDPS/Tshisekedi et de sa mosaïque alliée, une véritable base technocratique capable d’accompagner durablement l’exercice du pouvoir.
Lorsque le Président de la République le nomme en avril 2021 à la tête de ce ministère stratégique, le contexte est particulièrement difficile. Le pays sort à peine des secousses économiques liées à la pandémie de Covid-19, les finances publiques sont sous tension et les attentes populaires sont immenses. Mais au-delà des chiffres et des réformes budgétaires, l’ancien ministre semble avoir compris une autre urgence : préparer une nouvelle génération de cadres politiques et techniques capables de porter durablement la vision du Chef de l’État.
Contrairement à certaines caricatures mensongères véhiculées dans l’espace public lorsqu’il s’agit de l’UDPS, son entourage ministériel ne reposait ni sur une logique tribale ni sur un repli communautaire. Son cabinet rassemblait des jeunes issus de presque toutes les provinces du pays, avec des profils variés : techniciens des finances publiques, économistes, communicateurs, juristes, militants du parti, cadres des organisations de jeunesse ou encore jeunes professionnels venus des administrations publiques et du secteur privé.
Cette diversité reflétait une conviction forte : la compétence et l’engagement devaient primer sur l’origine.
Kazadi voulait technocratiser l’UDPS
Sous son impulsion, le cabinet du ministère des Finances est devenu bien plus qu’une simple structure administrative. Il a servi d’école politique et technocratique pour de nombreux jeunes cadres de l’UDPS et des partis alliés. Plusieurs d’entre eux ont ensuite émergé sur la scène nationale à l’occasion des élections de 2023.
Parmi eux figure Flory Mapamboli, élu député national sur la liste UDPS/Tshisekedi dans la circonscription de Kasongo-Lunda, l’une des plus vastes de la RDC, dans la province du Kwango. A 33 ans, il fut conseiller du ministre des Finances en charge de la Trésorerie, tout en assumant pendant deux ans les fonctions de Président a.i. du Comité de Suivi de la Paie des agents et fonctionnaires de l’État (CSP).
Flory Mapamboli est membre des Forces grises, une association de membres de l’UDPS qui réunit de jeunes professionnels prometteurs, à l’instar de Ted Beleshayi ou Mireille Mwilarhe. Diplômé en sciences commerciales et en sciences de gestion de l’ISP Gombé et de la Haute École de Commerce de l’Université de Liège, Mapamboli avait construit une solide expérience dans le secteur privé. Il a travaillé chez Vodacom Congo entre 2015 et 2019. Il rejoint ensuite Vlisco Congo avant d’être rappelé en 2021 par Vodacom Congo comme Statutory and Vodacash Accounting Manager. Une fonction qu’il n’occupera finalement pas, étant simultanément appelé à servir au ministère des Finances. Aujourd’hui, ses prises de parole au sein de l’hémicycle sont distinguées et respectées.
Jean Paul Boketshu : Ancien cadre de l’UDPS, originaire de Basankusu. A 47 ans, cet ancien haut fonctionnaire du PNUD et de la Commission Economique pour l’Afrique à Addis Abeba fut l’Economist Principal (Chief Economist) du cabinet des Finances. C’est lui qui, le premier, avait modélisé l’impact économique de la stratégie de transformation locale de nos minerais par la production de composants de batteries. Il est élu Sénateur UDPS de la province de l’Equateur.
Séphora Biduaya : surnommée Jeanne d’Arc congolaise par ses camarades du parti, elle fut arrêtée à Goma en 2016 et libérée une année plus tard. Elle reprendra sa lutte à Kinshasa où elle fut vice-présidente de la ligue des jeunes de l’UDPS. Brutalement écartée par le SG Kabund, elle sera repérée puis intégrée au sein du cabinet à 29 ans. Elle sera brillamment élue députée nationale à la Tshangu sur la liste d’une mosaïque de l’UDPS.
Wagner Roger Tshienda, Conseiller au sein du cabinet des Finances, fut élu député national à Tshikapa sur la liste UDPS.
Fontaine Mangala, proche de l’ancien argentier national et membre de la cellule en charge des relations avec les institutions, dirigée par le conseiller Clément Nzau, s’est démarqué par son leadership auprès de la jeunesse de la Tshopo où il est élu député national à Kisangani sur la liste CPG, un parti satellite de l’UDPS.
Au niveau de la députation provinciale, la grande révélation restera sans conteste Israel Kabenda, président de la Ligue des jeunes de l’UDPS/Lukunga. Licencié en économie pétrolière, il fut, à 26 ans, chargé d’études au sein de la Cellule Bonne gouvernance et contrôle. Il a été élu dans la commune de Kinshasa avec une forte implantation locale.
On note également Daddy Kangudia, 33 ans, militant du parti à la base à Miabi, qui fut successivement chargé du charroi puis chargé d’études à la cellule financière du cabinet, avant de devenir le colistier du ministre à Miabi, dont il occupe aujourd’hui l’un des sièges de député provincial.
Le ministère des Finances comme école de cadres
Autour de Nicolas Kazadi, plusieurs autres profils technocratiques se sont également affirmés.
C’est le cas de Bernard Tshiminiyi, 29 ans, juriste, ancien chargé d’études à la cellule fiscale du ministère des Finances, aujourd’hui cadre à la Banque Centrale du Congo. Ainsi que Alex Kalenda Kanyinda, un cadre bien connu du parti œuvrant au sein de la cellule financière, qui fut envoyé aux États-Unis pour une qualification de haut niveau en comptabilité. Faute d’un suivi adéquat de son parcours après le départ du Ministre en juin 2024, il est contraint de quitter la Direction du Trésor où il fut affecté et pour laquelle il était préparé.
Autre exemple marquant : Sébastien Tshibemba, qui a exercé comme conseiller fiscal, en tandem avec le vétéran Lievin Chiribagula. Sébastien Tshibemba est considéré par plusieurs professionnels comme l’un des spécialistes de la fiscalité minière les plus pointus en RDC. Avocat au barreau de Paris, ancien de Deloitte et de PwC Paris, il exerçait comme fiscaliste au sein du groupe minier kazakhe ERG au moment de son recrutement par le Ministre des Finances. Il a joué un rôle déterminant dans la réalisation des performances exceptionnelles pour le recouvrement de la taxe sur les superprofits ainsi que pour certains redressements. Il a ensuite rejoint le Cabinet de la Ministre du Portefeuille Julie Shiku, une diplômée en gestion des risques de l’université catholique de Louvain, passée par les banques européennes et par PwC Belgique. Connue sa rigueur dans la conduite des dossiers, Julie Shiku fut conseillère financière de Nicolas Kazadi de 2021 à 2024.
Auprès de la ministre Julie Shiku, on retrouve également une autre pépite passée par les Finances : Yannick Kashila, consultant international senior en IT, télécoms et gestion de projets, passé par Airtel Africa ainsi que par plusieurs multinationales aux Émirats arabes unis, en Afrique du Sud et au Canada. Il a piloté plusieurs grands projets informatiques du ministère, notamment l’installation des data centers, la facture normalisée et la réforme des jeux d’argent. Il poursuit aujourd’hui son engagement au ministère du Portefeuille, où il intervient sur les dossiers stratégiques liés à la restructuration des entreprises publiques et au développement des partenariats public-privé (PPP).
La liste des profils passés par cette “école des Finances” est longue : Adolphe Lumbikila, ancien élève de l’ENA française ; Elisha Dumisani ; Jacques Kazadi ; Florent Ngandu ; Blanchard Kabala ; Kennedy Katasi ; Lyonel Nsele ; Vagheni Pay Pay un ancien membre du comité de direction de Equity-BCDC ; Anicet Yemboronyama ; Kally Kiakwama, qui a brillé dans son soutien à la réhabilitation de nos postes diplomatiques et des conditions de nos diplomates; Egée Mapathi ; ou encore Alda Kule Dale, diplômée de l’INSEAD et actuelle Directrice générale de Congo Ressources.
Tous ont contribué, à des degrés divers, à renforcer la dimension technique et le rayonnement du ministère des Finances, tant au niveau national qu’international. Plusieurs d’entre eux se sont ensuite engagés dans la compétition électorale avec des résultats souvent remarqués. Leur passage au ministère, combiné à l’expérience acquise durant les élections de décembre 2023, les a durablement installés dans le paysage politique émergent.
Dotés d’une solide expérience locale et internationale, Jean Paul Kimbulu Kandolo, diplômé de Cornell University, et Christian Diomi, diplômé de George Washington University, ont assuré la coordination du dialogue sur les politiques publiques avec l’administration américaine et plusieurs think tanks. Cette dynamique a notamment permis à la RDC de valider, en un temps relativement court, sept indicateurs du cadre de suivi du Millennium Challenge Corporation.
Ils ont été appuyés dans cette mission par Adriele Elongo, diplômée en communication et relations publiques de Liberty University en Virginie. Recrutée à seulement 22 ans comme Chargée d’études au cabinet, elle exerce aujourd’hui comme conseillère en communication du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo.
Ce choix de profils issus à la fois du secteur privé, de l’administration, des organisations internationales et du militantisme traduisait une volonté assumée : professionnaliser l’UDPS et accompagner durablement la gouvernance. Mais cette démarche ne se limitait pas au simple recrutement de jeunes talents. L’ancien ministre avait également veillé à leur encadrement par des personnalités chevronnées capables de transmettre expérience, rigueur, éthique et culture de l’État.
Parmi elles figurait notamment Bertin Mawaka, Directeur de cabinet, qui fut lui-même le premier superviseur de Nicolas Kazadi à ses débuts à la Banque Centrale du Congo en 1991.
On retrouvait également Ginette Muteta, Directrice de cabinet adjointe, qui venait d’achever une riche carrière internationale à la Banque africaine de développement et disposait d’une solide expérience dans la conception, la gestion stratégique et opérationnelle des projets ainsi que dans le dialogue de haut niveau avec les partenaires techniques et financiers.
À leurs côtés figurait aussi Cyrille Mbuwa, conseiller en charge de la bonne gouvernance et du contrôle, un auditeur et financier rigoureux et expérimenté passé par plusieurs multinationales, mais également ancien condisciple du ministre à l’université.
La sagesse proverbiale africaine ne dit-elle pas qu’un chef est jugé par ses conseillers autant que par ses actes ?
L’ancien ministre incarnait cette volonté d’attirer au sein de l’État et du parti présidentiel des compétences de haut niveau capables de dialoguer avec les standards internationaux et de produire des résultats tangibles. Il est allé plus loin ; les observateurs avertis ont également relevé la qualité de la relation de confiance et de complémentarité qui le liait à son adjointe, Madame Oneige Nsele. Une première dans l’histoire de ce ministère, habituellement témoin de relations tendues entre le titulaire et son adjoint. Cette capacité à mettre en valeur ses collègues et collaborateurs, à dénicher les talents et à produire du résultat tranche avec certaines pratiques politiques traditionnelles où les cabinets ministériels servent essentiellement de structures de clientélisme et de rivalités stériles.
Une pépinière de la nouvelle génération UDPS
Plusieurs témoignages convergent sur un autre aspect rarement mis en avant : il aura été l’un des ministres ayant recruté le plus grand nombre de militants et combattants du parti au sein de son administration et de son cabinet politique. Plus de 80 % du personnel administratif du cabinet était issu de l’UDPS ou assimilés.
Pour l’ancien ministre des Finances, un parti présidentiel moderne ne pouvait plus reposer uniquement sur la mobilisation politique ou la loyauté militante. Il devait aussi produire des experts, des gestionnaires, des spécialistes dans différents domaines, des administrateurs capables d’exercer leurs responsabilités en compétence et avec assurance.
Sous Nicolas Kazadi, le ministère des Finances aura aussi été un espace de formation, de responsabilisation et d’exposition à la haute administration publique.
Plusieurs jeunes cadres, militants et combattants de l’UDPS y ont obtenu leur première véritable expérience professionnelle. D’autres, à l’instar de Gédéon Tamufi, Roger Tshiantambwa, Libuluka Samola, Djodjo Fwamba, Bienvenu Kizenga, Moïse Lukengu, Serge Kindomba, ont bénéficié de formations techniques, de missions à l’étranger et de stages de perfectionnement afin de renforcer leurs capacités dans divers domaines.
La difficile fabrication des élites
Dans un environnement politique souvent dominé par les logiques de court terme, cette tentative de structuration d’une relève compétente mérite d’être soulignée. Car un régime politique se consolide moins par les slogans que par sa capacité à former des cadres capables de gérer durablement les institutions.
Au fond, cette démarche semblait poursuivre une ambition plus large : doter l’UDPS d’une véritable élite professionnelle et technocratique capable non seulement de gagner des élections, mais aussi de gouverner efficacement.
Cette vision d’une technocratie enracinée dans la légitimité populaire, Nicolas Kazadi a lui-même cherché à l’incarner politiquement. Lors des élections de décembre 2023, il fut le meilleur élu de toutes les listes UDPS pour la députation nationale, avec près de 34.000 voix, soit 53 % des suffrages exprimés dans sa circonscription.
L’héritage politique de Nicolas Kazadi ne se limite donc peut-être pas aux réformes budgétaires, à l’accroissement exponentiel des recettes ou aux grands projets financés sous son mandat. Dans un pays ou la politique se réduit trop souvent à la conquête du pouvoir, cette tentative de former des femmes et des hommes capables de gouverner, cette volonté assumée de préparer une nouvelle génération de responsables publics, à la croisée du militantisme politique, de l’expertise technique et du service de l’État, constitue l’une des dimensions les plus singulières de son passage au ministère des Finances.
Carly Kasereka, Analyste indépendant
