Pendant deux jours, des experts Congolais et Angolais vont cogiter pour trouver des réponses conjointes susceptibles d’élargir les relations économiques bilatérales entre les deux pays afin qu’elles deviennent de plus en plus dynamiques, structurées, inclusives et soutenables. La formalisation du commerce transfrontalier et la digitalisation des systèmes de paiement sont les deux challenges majeurs qui se posent à Kinshasa et Luanda.

Placée sous le Haut Patronage de leurs Excellences Messieurs les Présidents Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO et João LOURENÇO, cette troisième édition du Forum économique RDC- ANGOLA s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations bilatérales entre les deux pays, avec pour ambition de faire de la proximité géographique, de la complémentarité économique et de la volonté politique partagée de deux Chefs d’Etat, les fondements d’un partenariat économique renforcé, concret et durable.

« L’Intégration sous régionale et développement du commerce transfrontalier », est le thème central de cette rencontre conçue comme un cadre stratégique de dialogue, de concertation et de projection commune autour des enjeux de l’intégration sous régionale, de la fluidification des échanges, de la sécurisation des corridors économiques et de la promotion des investissements croisés. En termes d’objectifs stratégiques, l’ambition de cette troisième édition est de consolider les acquis des précédentes rencontres en orientant la coopération bilatérale vers des résultats concrets.

A la cérémonie d’ouverture de cette troisième édition du Forum économique, ce mercredi 1er avril 2026, le vice-premier ministre en charge de l’économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a été le premier à prendre la parole pour souhaiter la bienvenue à la délégation angolaise conduite par José de Lima Massano, ministre d’État, ministre de la coordination économique.

« La République démocratique du Congo et la République d’Angola partagent bien plus que les 2 511 kilomètres de frontières. Elles partagent une histoire d’une proximité géographique et une destinée économique étroitement liées. Nos peuples, unis par des échanges humains, culturels et commerciaux séculaires, nous invitent aujourd’hui à bâtir un espace intégré d’opportunités et de prospérité partagée » , a déclaré le VPM Daniel Mukoko circonscrivant l’événement.

Pour lui, le thème retenu revêt une importance particulière dans le contexte actuel, marqué par l’accélération du processus d’intégration économique du continent africain, notamment à travers la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine sur l’État français.

Unir les capacités pour développer les chaînes de valeur

Si les deux premières éditions de ce forum ont permis d’établir les fondations d’un dialogue économique structuré et d’identifier des axes prioritaires de coopération, l’hôte, le VPM en charge de l’économie de la RDC tient à ce que la présente édition aille plus loin et soit celle de la concrétisation.

« Trois enjeux majeurs guideront nos travaux. Premièrement, la lutte contre le commerce informel. Si celui-ci traduit le dynamisme de nos populations prive néanmoins nos économies des ressources substantielles et freine la structuration de nos marchés. Il nous appartient de promouvoir une formalisation progressive des échanges, notamment par la simplification des procédures administratives et la mise en place d’incitations adaptées. Deuxièmement, la facilitation des paiements. Le développement du commerce bilatéral requiert des systèmes financiers modernes, fiables et accessibles. Les divergences d’ancrage de nos monnaies ont longtemps constitué un obstacle. La mise en place de mécanismes de paiement efficaces permettra de sécuriser les transactions, de réduire le coût et de stimuler les échanges. Troisièmement, la mutualisation de nos moyens pour des projets structurants. En unissant nos capacités, nous pouvons développer des chaînes de valeurs régionales compétitives, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, de la pêche, de l’agriculture et de l’énergie », a renchérit Daniel Mukoko.

Bien plus, au-delà du cadre institutionnel, ce forum constitue une véritable plateforme d’affaires. En marge des panels et débats, il y a des expositions des entreprises congolaises et angolaises, des rencontres B2B qui sont prévus. « Les échanges sectoriels doivent permettre de transformer les opportunités en partenariats concrets, créateurs de valeurs et d’emplois », a estimé le patron de l’économie congolaise qui attend de cette rencontre des résultats tangibles.

RDC -ANGOLA : Capitaliser la complémentarité

Dans son allocution de circonstance, le ministre d’État angolais et chef de la délégation, José de Lima Massano a mis en exergue la complémentarité de deux économies qui est un avantage de compétitive naturelle. « Cette complémentarité doit être traduite en résultats concrets dans les domaines d’intérêt commun, comme la sécurité alimentaire, la transition énergétique, le développement et le partage d’infrastructures de transports et de logistique, l’inclusion financière et digitale, l’intégration de chaînes de valeur », a soutenu José Lima.

De son avis, la RDC et l’Angola doivent capitaliser les acquis de la communauté de développement de l’Afrique Ouest, de l’Afrique Centrale et de la zone de libre-commerce continentale africaine, qui ont créé des conditions pour réduire les barrières, stimuler l’investissement et renforcer la prévisibilité juridique.

S’adressant aux entrepreneurs, investisseurs et opérateurs économiques participants à ces assises, le chef de la délégation angolaise les appelés à capitaliser les opportunités qui s’offrent à eux par cette volonté de rapprochement entre les deux pays.

« Nous sommes devant un marché commun de près de 170 millions d’habitants et un PIB nominal combiné de 190 000 millions de dollars. Dans notre frontière commune de près de 2500 kilomètres, les transactions informelles sont intenses mais le commerce formel entre nos pays est assez limité. Il est estimé à plus de 600 millions de dollars par an, c’est-à-dire environ 0,3% du PIB de nos pays. Comme on le voit, le potentiel est immense, mais le succès de l’intégration que nous défendons dépendra surtout de votre capacité à agir, à investir, et de transformer les opportunités en projets concrets, en tant que lieu privilégié pour investir, produire et innover », a dit .

Il a salué le poste frontalier de Lufu qui est une infrastructure moderne renforçant la sécurité des transactions et la formalisation progressive de l’activité commerciale. « Nous allons faire les investissements pour obtenir la même qualité d’infrastructures que les restants postes frontaliers, déjà avec une certaine intensité économique », a-t-il promis. Tout aussi, il a indiqué que la promotion du corridor de Lobito ou encore la création et le fonctionnement de l’Agence responsable de la facilitation du transport et du transit de marchandises entre Zambia, RDC et Angola, concrétise cette volonté de faciliter les affaires pour les opérateurs économiques de deux pays.

Pour une prospérité partagée

Loin d’être une simple rencontre institutionnelle entre deux États, ce assises sont avant tout l’expression d’un lien ancien profond et vivant entre deux peuples, a indiqué la Première ministre venue représenter le président de la République.

« Face aux crises qui ont secoué notre région, nos deux nations ont toujours su faire preuve de solidarité, de courage et de fraternité. des
femmes et des hommes ont consenti les plus grands sacrifices pour préserver la stabilité et l’intégrité de notre région. Cette fraternité
n’est donc pas seulement symbolique, elle est concrète, elle est historique et elle est durable. Aujourd’hui, cette histoire nous engage. Elle nous oblige à traduire cette fraternité en opportunité économique concrète. Elle nous appelle à bâtir une prospérité partagée », a déclaré en substance la Première Ministre Judith Suminwa, avant de déclarer l’ouverture des travaux de ce forum économique.

Au nombre des participants, ce Forum RDC-Angola regroupe les membres des gouvernements des deux pays ; les responsables des ministères sectoriels ; les gouverneurs de provinces et autorités locales; les Banques centrales et banques commerciales ; les Administrations douanières ; les Guichets uniques du commerce extérieur ; les Agences de régulation ; les Opérateurs économiques ; les Petites, moyennes et grandes entreprises ; les Chambres de commerce et organisations professionnelles ainsi que des partenaires techniques et financiers  dont des institutions financières, des Organisations régionales et internationales (FMI, Banque mondiale, PNUD, etc.).

Amédée Mwarabu

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *