Les nations qui fonctionnent avec une vision stratégique, comme le Qatar, réfléchissent déjà à l’horizon de leurs prochaines générations. Elles savent que la rente énergétique ne durera pas éternellement. Elles utilisent leurs fonds souverains comme des instruments de placement intergénérationnel. Elles diversifient, elles achètent de la stabilité, elles achètent du futur. Elles scrutent la planète à la recherche de poches de croissance. Elles parient sur les pays capables de transformer un investissement en valeur durable. Lorsque le Qatar se tourne vers l’Afrique, il ne cherche pas seulement un rendement financier immédiat, il cherche un sol fertile pour la sécurité de ses enfants et petits-enfants. Et ce simple fait devrait faire réfléchir la RDC. Que voient-ils chez nous. Une opportunité ou un pari trop risqué pour y engager leur avenir.
Pour les attirer et surtout pour les retenir, il faut un environnement institutionnel crédible. Un pays moderne possède une base de données nationale des entreprises, un outil qui permet de savoir quelles PME sont viables, performantes et dignes de confiance. L’ONEM et la DGI devraient être des producteurs d’informations économiques précises et accessibles, pas des mystères administratifs. Le pays doit disposer d’outils de certification capables d’offrir de la visibilité aux entreprises congolaises. Aucune économie ne peut inspirer confiance si elle reste invisible. Une économie qui se documente, qui se montre, qui se mesure, ouvre la porte aux partenariats internationaux. Une économie opaque, elle, invite uniquement au contournement.
Le deuxième pilier concerne la justice. Aucun investisseur rationnel ne prend des engagements de long terme dans un pays où la loi ne protège ni son capital ni son contrat. Sans tribunaux commerciaux fonctionnels, sans arbitrage véritablement indépendant, sans agence nationale capable de garantir les investissements, la confiance reste un vœu pieux. Le discours politique ne rassure personne. Seules les institutions le font. Un environnement où la justice est lente, fragile ou influençable est un environnement où chaque contrat devient une promesse incertaine. Et personne ne bâtit un projet industriel sérieux sur une promesse incertaine.
Le troisième pilier touche à la structure même du secteur privé. Il faut renforcer le tissu entrepreneurial congolais et créer un écosystème moderne pour les échanges commerciaux. L’État doit cesser d’être le passage obligé entre l’étranger et l’économie nationale. Il doit exiger la participation réelle des entreprises congolaises dans chaque investissement, avec du contenu local, du transfert de technologie, de la formation et des co-entreprises avec une part majoritaire ou significative détenue par des nationaux. Sans cette architecture, les investissements étrangers se comportent comme des enclaves. Ils entrent, exploitent, repartent, sans irriguer le reste de l’économie. Un pays qui ne possède pas son propre secteur privé devient simplement un territoire à louer.
Mais il faut aussi reconnaître une vérité difficile. Il n’y a pas grand-chose à investir dans un pays qui porte l’une des plus fortes concentrations d’extrême pauvreté au monde. Un marché intérieur appauvri limite la demande, réduit la productivité et fragilise toute chaîne de valeur. Le capital étranger peut entrer, mais il ne trouve pas d’écosystème capable de l’absorber. Un pays où la majorité survit ne peut pas offrir les conditions d’une économie créatrice de richesse. Tant que cette réalité demeure, les investisseurs continueront de venir pour extraire, jamais pour construire.
Texte tiré de l’article « Le Qatar, les autres… et nous. Pourquoi les investissements étrangers contournent l’entreprise congolaise »
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