L’appel au dialogue national et inclusif revient régulièrement comme une incantation morale. L’Église, certaines figures de l’opposition et des acteurs se réclamant de la société civile le présentent comme une solution naturelle, sinon incontournable. Cette sacralisation du dialogue dispense toutefois trop souvent d’un examen rigoureux de ses conditions réelles d’efficacité, de ses finalités concrètes et des rapports de pouvoir qu’il est censé transformer.

Il est dès lors légitime de s’interroger non sur les intentions proclamées, mais sur les incitations structurelles qui sous-tendent la promotion répétée de ces processus. Il ne s’agit ni d’affirmer que leurs initiateurs seraient les véritables maîtres du M23-AFC, ni de mettre en doute leur conviction affichée de vouloir mettre un terme à la violence. Il s’agit plutôt de constater que l’histoire politique congolaise est jalonnée de dialogues dont la fonction effective fut moins la pacification durable que l’absorption d’élites contestataires au sein de l’appareil d’État, sans réforme substantielle des pratiques de gouvernance. Le mécanisme est désormais familier. La conflictualité ouvre la séquence de la négociation. La négociation débouche sur des arrangements politiques. Et ces arrangements se traduisent par une inflation de postes, de cabinets et d’institutions parallèles, générant des charges supplémentaires pour le Trésor public sans amélioration tangible des conditions de vie des populations. Un dialogue qui ne clarifie ni l’autorité capable d’imposer la paix, ni les garanties institutionnelles de sa mise en œuvre, cesse d’être un instrument politique pour devenir un dispositif de redistribution de rentes.

Les trajectoires individuelles issues de ces processus sont à cet égard révélatrices. Les cas d’Adolphe Muzito, auteur de propositions de loi de finances entachées de fautes manifestes, ou d’Éliézer Ntambwe, jadis véhément à l’Assemblée nationale mais aujourd’hui absorbé par les routines gouvernementales où dominent images protocolaires et déplacements officiels, illustrent cette dérive. L’accès au gouvernement y apparaît moins comme la reconnaissance d’une compétence ou d’une responsabilité assumée que comme l’aboutissement d’un parcours personnel.

Le pouvoir cesse alors d’être conçu comme une charge au service de l’intérêt général pour devenir une récompense politique. La fonction publique se transforme en finalité individuelle, financée collectivement, sans obligation claire de résultats ni mécanismes effectifs de reddition de comptes. Dans ces conditions, le dialogue perd sa vocation de résolution des conflits et se mue en transaction politique. La paix est invoquée comme horizon rhétorique, mais la facture est immédiate et bien réelle. Elle est acquittée par les citoyens, à travers l’impôt, l’endettement et la perpétuation d’un système où la crise devient une ressource, et le consensus, un bien négociable.

Texte tiré de la Tribune de Jo Sekimonyo intitulée « RDC : Nos absurdités engraissent les marchands étrangers de la guerre et de la paix »

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By amedee

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