DollarDes dollars

Plutôt que de rester dans une posture purement critique, je me permets de soumettre à votre appréciation une proposition concrète et structurante.

Il est admis que la force d’une monnaie découle en partie de la capacité productive d’un pays. À cet égard, la République Démocratique du Congo, grande exportatrice de ressources naturelles, notamment minières, dispose d’un potentiel considérable. Pourtant, ce potentiel économique massif ne se traduit pas dans la valorisation de notre monnaie nationale, le franc congolais (FC). C’est là tout le paradoxe : un pays riche en exportations, mais dont la monnaie reste structurellement faible.

Cette situation trouve sa principale cause dans le « non-rapatriement systématique des recettes d’exportation » et l’usage dominant du dollar américain dans la plupart des grandes transactions, y compris internes. Ainsi, le FC reste marginalisé dans sa propre économie.

Face à ce constat, je propose la mise en place d’un cadre juridique contraignant, obligeant les entreprises exportatrices à « convertir un pourcentage raisonnable de leurs recettes d’exportation en FC », auprès de la Banque Centrale du Congo ou d’un établissement désigné à cet effet.

Les bénéfices potentiels d’une telle mesure sont multiples :

  1. Créer une demande soutenue et structurelle de FC, ce qui favoriserait son renforcement sur le marché.
  2. Stabiliser le marché de change, en réduisant les pressions liées à la rareté du dollar.
  3. Permettre à l’État de disposer de ressources en monnaie locale, pour financer son fonctionnement sans recourir à une création monétaire inflationniste.
  4. Renforcer la souveraineté monétaire, en réancrant la monnaie nationale dans l’économie réelle.

Car une monnaie tire sa légitimité du pouvoir d’achat qu’elle confère sur les biens et services produits localement. Il devient donc inconcevable qu’elle ne puisse même pas symboliquement servir à acquérir ce que le pays extrait de ses propres ressources.

Plusieurs pays producteurs de matières premières ont adopté ce type de politique – via des « quotas de conversion obligatoire » – pour affirmer leur souveraineté économique. La réussite d’une telle réforme requiert un encadrement rigoureux, des garde-fous juridiques et un consensus politique fort.

Il est temps que notre monnaie reflète notre richesse. En voici une des stratégies pour contourner la dépendance quasi exclusive du rapatriement aléatoire.

Loucas Alouma  

loucasalouma@yahoo.fr

 

 

By amedee

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