Qui peut croire que l’Etat congolais a manqué 43 millions de dollars américains comme apport à la recapitalisation et à la mise en œuvre du Plan de développement de la Société Plantations et Huileries du Congo (PHC), au point de se désengager carrément, sans contrepartie, de la plus grande entreprise de l’agroalimentaire de la RDC ? Alors que le processus de désengagement a été acté depuis août 2025, c’est en avril 2026 que la Première ministre ordonne une « inspection » dans ce dossier.
Cette affaire est louche ! L’Etat congolais s’est désengagé, au cours de l’année 2025, de l’actionnariat de la société PHC SA (Plantations et Huileries du Congo). Pour moins de 50 millions de dollars américains d’apport au capital, le gouvernement Suminwa a préféré laisser la plus grande société de l’agroalimentaire de la RDC exclusivement entre les mains des privés. Raison officielle avancée « absence d’allocation budgétaire ».
Les faits
La société PHC SA est un pilier stratégique de l’économie nationale. Elle emploie plus de 11.000 travailleurs et assure un rôle social déterminant dans plusieurs provinces du nord-ouest de la RDC, notamment Équateur, Mongala et Tshopo. A travers ses activités de production d’huile de palme, cette société agro-industrielle contribue directement à la vision de transformation structurelle du pays portée par le président de la République Félix Tshisekedi, notamment en matière de souveraineté alimentaire, de création d’emplois et de développement rural durable. PHC est le premier producteur d’huile de palme en RDC. La société détient une concession de 100.000 hectares dont des plantations d’huile de palme étendues sur 30.000 hectares.
Au sein de cette société, avant le désengagement de l’Etat congolais, PHC SA comptait parmi ses actionnaires l’Etat congolais en qualité d’actionnaire minoritaire de catégorie B, détenant 66.733 actions (23,83%), et « Straight KKM2 » comme actionnaire majoritaire de catégorie A, détenant 213.267 actions (76,17%).
Le déclenchement du processus de recapitalisation de PHC SA est parti de la lettre du 27 mai 2025 de l’actionnaire majoritaire « straight KKM2 » notifiant officiellement l’actionnaire minoritaire (l’Etat Congolais) d’une augmentation de capital envisagée visant à couvrir les dettes et financer les investissements de la société. La dette de PHC s’évaluait à 85,5 millions USD alors que les besoins de recapitalisation se chiffraient à 100 millions USD.
Face à ce besoin de recapitalisation, l’Etat congolais devrait donc apporter, au prorata de ses actions (23,83%), une somme de 20,374 millions USD pour le paiement de la dette de l’entreprise et 23,83 millions USD pour renforcer le capital social. Au total, le Gouvernement de la RDC devrait décaisser à peine 43 millions USD comme apport, le reste devant être apporté par l’actionnaire majoritaire. Et c’est ce que l’Etat congolais n’a jamais fait.
Lors d’une conférence de presse tenue le 25 avril 2026, l’Intersyndicale de PHC SA a soutenu que le processus de désengagement de l’Etat congolais de l’actionnariat de PHC SA a respecté toutes les étapes : Saisine de la direction générale le 7 aout 2025 ; Réunion du Conseil d’administration le 11 août 2025 ; Analyse du rapport d’audit ; Prise d’acte de la volonté de l’Etat ; Décision du Conseil d’administration ; Validation du principe de désengagement ; Convocation de l’Assemblée générale extraordinaire et sa tenue le même jour ; Approbation définitive ; ainsi que la formalisation notariale et légale.
Une action désespérée de la Primature
Alors que la décision de désengagement du l’Etat congolais dans l’actionnariat de PHC a été même notariée depuis août 2025, sur décision du Conseil d’administration, la Première Ministre Judith Suminwa vient de s’inviter maintenant dans ce dossier pour exiger un « audit juridique et financier » et des clarifications.
«Monsieur le ministre d’État, madame la ministre, il m’a été donné de prendre connaissance d’informations relatives à un présumé désengagement irrégulier de l’État congolais de l’actionnariat de la société PHC SA, portant sur une participation estimée à 23,83 % du capital social. Au regard de la gravité des faits allégués, je vous demande de bien vouloir assurer un traitement coordonné de ce dossier, suivant les orientations ci-après :
- Sécuriser la situation, en prenant toutes mesures conservatoires nécessaires pour préserver les intérêts de l’État et empêcher toute opération sur les actions concernées ;
- Clarifier les faits, en procédant à une vérification approfondie de l’actionnariat et en diligentant un audit juridique et financier, en vue d’identifier les responsabilités ;
- Agir, en engageant, le cas échéant, les actions judiciaires appropriées sur la base des conclusions établies. »

A l’analyse de la correspondance de la cheffe du Gouvernement, on voit bien que les intérêts de l’Etat sont menacés. D’où, le caractère prioritaire de cette mission d’inspection ordonnée par Judith Suminwa : « me transmettre, dans un délai de 15 jours, un rapport conjoint circonstancié, et accorder à ce dossier un caractère prioritaire.»
Selon le média mondafrique.com, c’est Jean-Lucien Bussa, qui n’était plus ministre du Portefeuille depuis le 8 août 2025 puisque devenu ministre de l’Aménagement du territoire, qui avait délégué, le 11 août 2025, son Conseiller William Bolima Bolitshi à l’Assemblée générale de PHC pour procéder au désengagement pur et simple de l’État. Ce qui va se concrétiser avec l’abandon de près de 66 733 actions pour 1,5 milliards de Francs congolais, sans contrepartie. Il n’y a jamais eu une décision du Gouvernement prise en Conseil des ministres pour acter ce désengagement encore moins un arrêté ministériel le matérialisant.
Dès lors, la cheffe du Gouvernement, par devoir de redevabilité, est dans l’obligation républicaine d’éclairer la lanterne de l’opinion nationale sur comment en est-on arrivé à ce désengagement de l’Etat congolais de l’actionnariat d’une entreprise aussi stratégique qu’est « Plantations et Huileries du Congo », fleuron de l’agroalimentaire en République démocratique du Congo. Et surtout expliquer pourquoi cette réaction tardive du Gouvernement dans un dossier aussi prioritaire.
Amédée Mwarabu

