L’or monétaire occupe aujourd’hui une place de choix dans la gestion des réserves officielles des banques centrales. Au sens des normes statistiques du Fonds Monétaire International (FMI), il constitue un actif de réserve à part entière, aux côtés des Droits de tirage spéciaux (DTS) et de certaines créances en devises. Ce regain d’intérêt s’inscrit dans un contexte international marqué par l’incertitude géopolitique, la fragmentation financière, les tensions inflationnistes et la volatilité de principales monnaies de réserve.
Face à ces évolutions, les banques centrales cherchent à diversifier leurs portefeuilles et à réduire leur dépendance aux actifs en devises, notamment le dollar américain. Dans cette perspective, l’or apparaît comme un actif stratégique, dépourvu de risque de crédit souverain ou de défaut, liquide sur les grandes places financières et particulièrement résilient en période de crise.
Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or?
L’intérêt actuel des banques centrales pour l’or repose sur plusieurs motivations. En premier lieu, l’or permet de diversifier le portefeuille des réserves. La forte concentration de réserves en devises ou en titres publics étrangers expose les banques centrales aux risques de taux d’intérêt, de change, etc.
En deuxième lieu, l’or joue un rôle de valeur refuge. En présence d’inflation mondiale, de tensions géopolitiques ou de perte de confiance dans certaines monnaies, il tend à préserver la valeur du portefeuille officiel sur le long terme. C’est l’une des raisons pour lesquelles les achats des banques centrales sont restés très élevés récemment. Selon le World Gold Council, ils ont atteint 1.045,0 tonnes en 2024, après plus de 1.000,0 tonnes pendant les années précédentes.
En troisième lieu, l’or contribue à la crédibilité financière et monétaire. Une banque centrale qui détient une part d’actifs tangibles dans ses réserves renforce son image de solidité, surtout dans les économies où la stabilité du taux de change, la maîtrise de l’inflation et la confiance dans la monnaie nationale restent des enjeux sensibles. La motivation géopolitique et la volonté de se prémunir contre le risque de défaut figurent désormais parmi les facteurs importants expliquant la détention d’or.
Mécanismes d’acquisition
Les banques centrales peuvent accumuler de l’or selon plusieurs canaux. Le premier canal est l’achat sur les marchés internationaux. La banque centrale acquiert des lingots standardisés auprès de contreparties reconnues, puis les conserve dans ses propres coffres ou auprès de dépositaires internationaux. Cette méthode est simple mais suppose une mobilisation de devises.
Le deuxième est le programme domestique d’achat d’or. Dans ce cas, la banque centrale achète l’or extrait localement, souvent auprès de producteurs agréés ou via un circuit formalisé. Ce mécanisme présente un intérêt particulier pour les pays producteurs d’or, car il permet de transformer une ressource nationale en actif de réserve officiel sans dépendre exclusivement du marché international.
Le troisième mécanisme est l’accumulation indirecte via des opérations de swap, de dépôt ou de gestion active de réserve. Le FMI rappelle d’ailleurs que, dans les statistiques de réserves, l’or peut inclure les dépôts d’or et certains montages de type gold swap selon leur traitement comptable.
Enjeux macroéconomiques de l’or monétaire
L’acquisition d’or monétaire soulève plusieurs enjeux macroéconomiques. Le premier enjeu est celui de la souveraineté financière. L’or est un actif qui ne dépend pas directement d’une autre juridiction monétaire. Dans un monde où les tensions géopolitiques peuvent affecter l’accès à certains actifs extérieurs, cet avantage devient central.
Le deuxième enjeu concerne la qualité des réserves internationales. Toutes les réserves ne se valent pas en matière de sécurité, de liquidité et de résilience. L’or améliore la robustesse du portefeuille, même s’il ne génère pas un revenu d’intérêt à l’instar des obligations souveraines et des devises. Le troisième enjeu est lié à la structure du marché des changes domestique.
Dans un pays producteur d’or, un programme d’achat local peut réduire la sortie de devises si l’or est acquis en monnaie nationale. Cela peut, dans certaines conditions, alléger les pressions sur le marché des changes et soutenir la monnaie locale. Implications sur la politique monétaire Impact sur la liquidité bancaire et la base monétaire
Les achats d’or par l’entremise de la monnaie nationale ont des conséquences directes sur le bilan des banques centrales :
– Expansion de la liquidité bancaire et de la base monétaire: les achats d’or entrainent une expansion de la liquidité bancaire, laquelle induit une hausse de la base monétaire ou une volatilité des taux d’intérêt.
– Stérilisation: ces opérations devraient s’accompagner d’un mécanisme de stérilisation à l’effet de préserver la stabilité du cadre macroéconomique à travers une absorption de l’excédent de la liquidité.
Impact sur la politique de change
La détention de l’or monétaire peut contribuer au renforcement de la crédibilité d’une banque centrale. En effet, elle vise une augmentation des réserves internationales, améliorant la confiance dans la capacité de la banque centrale à faire face aux chocs extérieurs, à lisser les volatilités excessives du change et à ancrer les anticipations.
Texte tiré du Rapport sur la politique monétaire en 2025 de la Banque centrale du Congo

