Une carrière minière dans le KatangaUne carrière minière dans le Katanga

PAR JOSE M. BAKIMA

Le capitalisme contemporain ne doit pas être compris uniquement comme un système économique fondé sur le marché, l’investissement et l’accumulation. Il doit être interprété comme une forme historique d’organisation des relations entre l’être humain, la nature, la technique et le temps.

La question fondamentale que pose le Continuisme n’est donc pas seulement : le capitalisme est-il juste ou injuste ? Elle est plus profonde : quelles continuités le système économique entretient-il, et quelles continuités détruit-il ?

Car toute économie repose sur des fondements invisibles : des sols fertiles, des sociétés stables, des connaissances transmises, des institutions fiables, une confiance collective et des écosystèmes capables de se renouveler.

Lorsque l’activité économique oublie ces conditions premières, elle transforme les sources mêmes de sa propre existence en objets d’exploitation.

La première grande rupture du capitalisme moderne fut ainsi la séparation progressive de l’économie d’avec le Vivant.La terre devint une ressource.Le travail devint un coût.Le temps devint une variable financière.Le territoire devint un actif.Cette transformation a permis une formidable expansion productive, mais elle a également produit une dissociation : l’économie a parfois cherché à maximiser la valeur en oubliant les relations qui rendent cette valeur possible.

Le paradoxe de la mutation actuelle est que le capitalisme découvre aujourd’hui, à travers l’économie numérique, la connaissance et les réseaux, une vérité que les philosophies relationnelles ont toujours affirmée : la valeur naît des relations.

Une entreprise numérique tire sa puissance moins de ses infrastructures matérielles que de la capacité à organiser des interactions. Une intelligence artificielle tire sa force de la mise en relation de masses considérables de connaissances. Une économie moderne repose moins sur des objets isolés que sur la qualité des réseaux qui les relient.Mais cette découverte contient une contradiction majeure.

Le capitalisme contemporain exploite de plus en plus la logique relationnelle tout en continuant souvent à fonctionner selon une logique extractive.Il utilise les relations sans toujours les préserver.Le Continuisme permet alors de distinguer deux orientations possibles.

I. Le capitalisme extractif

Le capitalisme extractif considère le monde comme un ensemble de stocks disponibles :ressources naturelles à prélever ;territoires à exploiter ;données à capter ;travailleurs à optimiser ;marchés à conquérir.Il privilégie le rendement immédiat et traite le futur comme une externalité.Sa contradiction fondamentale est qu’il consomme les continuités dont il dépend.

II. Le capitalisme régénératif

Une autre voie devient possible : une économie organisée autour de la préservation et de l’augmentation des capacités du Vivant.

Elle considère comme richesse :

  • la fertilité des sols ;
  • la santé des écosystèmes ;
  • la transmission des savoirs ;
  • la résilience des communautés ;la souveraineté technologique ;
  • la capacité des générations futures à poursuivre l’œuvre humaine.

La richesse n’est plus seulement ce qui est accumulé, mais ce qui est rendu durablement possible.

Le passage historique décisif serait donc : de l’économie de l’extraction vers l’économie de la continuité.Cette mutation exige une nouvelle intelligence stratégique, que le paradigme Kongo désigne par le terme de Ngangu : la capacité à comprendre les rapports de force, les dépendances et les interdépendances afin de préserver une autonomie véritable.

Pour un pays comme la République démocratique du Congo, cette question est centrale. La possession de ressources naturelles ne suffit pas à garantir la souveraineté. La véritable puissance réside dans la maîtrise des relations autour de ces ressources :transformation locale ;connaissance scientifique ;innovation technologique ;diversification des partenariats ;intégration dans des chaînes de valeur équilibrées.

La souveraineté du XXIᵉ siècle ne sera donc pas seulement territoriale ; elle sera relationnelle.C’est dans cette perspective que prend sens l’idée d’une Banque centrale du Vivant. Elle propose de compléter la vision classique du capital par une reconnaissance des capitaux invisibles qui rendent toute économie possible :capital écologique ;capital culturel ;capital relationnel ;capital intergénérationnel.

Le Continuisme conduit ainsi à une reformulation radicale de la question économique :La richesse n’est pas seulement ce qu’une société possède.Elle est ce qu’elle est capable de transmettre.

L’avenir de l’économie dépendra donc de sa capacité à répondre à une question fondamentale :Le système économique humain sera-t-il capable de devenir un facteur de continuité du Vivant, ou restera-t-il une force d’interruption des équilibres dont dépend son propre avenir ?

La grande mutation du capitalisme ne sera peut-être pas le passage d’un système à un autre, mais le passage d’une civilisation économique fondée sur l’exploitation des relations à une civilisation économique fondée sur leur entretien, leur renouvellement et leur fécondité.

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *