André Wameso, Gouverneur de la Banque centrale du CongoAndré Wameso, Gouverneur de la Banque centrale du Congo

Le Gouverneur de la Banque centrale du Congo est passé la semaine passée au Space X de Stanis Bujakera pour parler de son bilan d’un an à la tête de la banque des banques. A cette occasion, André Wameso n’a pas manqué de se jeter des fleurs  sur son objectif ultime, à savoir renforcer la confiance des Congolais dans la monnaie nationale, le franc congolais. Pourtant, les données du circuit bancaire attestent que la devise américaine reste le Roi des opérations bancaires en RDC, en dépit de l’appréciation, depuis septembre 2025, d’environ 30% du franc congolais par rapport au dollar américain. Autant dire que le chantier de la confiance des Congolais dans la monnaie nationale reste intact, tant que le staff de la Banque centrale ne travaille pas sur les raisons profondes de la dollarisation de l’économie congolaise.

A l’analyse des données fournies par la Banque centrale du Congo (BCC), dans sa note de conjoncture économique la plus récente, il s’observe que le dollar américain demeure la monnaie la plus utilisée dans toutes les transactions bancaires en République démocratique du Congo. Ce, qu’il s’agisse des dépôts bancaires que des crédits accordés aux agents économiques. Et ceci s’observe en dépit de l’appréciation du franc congolais par rapport au dollar américain depuis septembre 2025. En clair, depuis l’appréciation artificielle du franc congolais par rapport au dollar américain, la part des dépôts et des crédits bancaires reste de 88% en moyenne pour la devise américaine et moins de 12% pour le franc congolais.

En effet, l’encours global des dépôts bancaires s’est établi à 20 milliards 397,35 millions USD à fin juin 2026, en progression de 9,1 % par rapport au mois précédent, selon les données de la BCC. Cette évolution est attribuable, selon la même source, à l’accroissement des dépôts tant en monnaie nationale (+5,3 %) qu’en devises (+9,7%), principalement impulsée par l’Administration publique, les entreprises publiques ainsi que les petites et moyennes entreprises. En glissement annuel, l’encours des dépôts a progressé de 25,6 %, sous l’effet de la hausse des dépôts en monnaie nationale (+14,7 %) et en devises (+27,2 %).

En ce qui concerne la part des dépôts en monnaie nationale dans l’encours total, il s’est établie à 11,7 % à fin juin 2026, contre 12,1 % un mois plus tôt. Ce léger repli de 0,4 point traduit, l’Institut d’émission l’explique par une progression plus dynamique des dépôts en devises au cours de la période sous revue.

Même quand on analyse ces tableaux, on en déduit qu’entre septembre 2025 et juin 2026, les dépôts bancaires en franc congolais ont été de l’ordre de 759 millions USD. Alors que les dépôts en devise s’évaluent à 4 milliards 455,81 millions USD.

 En ce qui concerne le segment crédit, pour la même période à fin juin 2026, l’encours des crédits bruts s’est établi à 11 milliards 355,89 millions USD, en hausse mensuelle de 3,8 %. Cette évolution est principalement attribuable à l’accroissement des concours accordés à l’Administration publique locale (47,1 %), aux entreprises publiques (18,2 %) et aux petites et moyennes entreprises (7,9 %).

Selon la monnaie, les crédits en devises ont augmenté de 429,92 millions USD d’un mois à un autre, soit 4,2 %. Tandis que les crédits en monnaie nationale ont reculé de 11,83 millions de USD, soit de 3,6 %, pour s’établir à 316,0 millions de USD à fin juin 2026.

Bien que la BCC ne le précise pas expressément dans sa note de conjoncture économique, sur le segment des crédits bancaires aussi, la part de la devise américaine reste toujours importante autour de 88% contre 12% pour le franc congolais.

Ces chiffres démontrent clairement que les Congolais n’ont pas encore repris confiance dans la monnaie nationale. Et cela peut s’expliquer pour des raisons évidentes.

« Le débat sur la dollarisation illustre parfaitement cette nécessité. Depuis plusieurs années, la priorité semble être de réduire l’utilisation du dollar américain. Cet objectif procède d’une mauvaise lecture du problème. Les préférences monétaires ne se décrètent pas. Elles se construisent. Les ménages et les entreprises choisissent une monnaie parce qu’elle inspire confiance, facilite les transactions, protège l’épargne et offre de véritables opportunités économiques. Le véritable défi consiste donc à accroître naturellement l’attractivité du franc congolais en développant les instruments financiers libellés en monnaie nationale, en renforçant les systèmes de paiement, en approfondissant le système bancaire et en créant davantage d’opportunités d’investissement en francs congolais », soutient l’Économiste politique Jo Sekimonyo.

Si le gouverneur André Wameso veut inverser la tendance, le premier pas important dans cette direction consiste pour la Banque centrale à porter un plaidoyer en faveur de la dédollarisation du secteur public l’une de ses principales priorités, pense JO Sekimonyo. « L’État ne peut durablement appeler les citoyens, les commerçants, les entreprises, les banques privées à faire confiance au franc congolais s’il continue lui-même à privilégier le dollar américain dans ses propres opérations. La crédibilité d’une monnaie commence toujours par l’exemple donné par les institutions qui l’émettent et l’administrent », suggérait cet expert dans une récente tribune publiée sur Finances & Entreprises.

De son côté, l’Economiste Luc Alouma pense que le Gouverneur André Wameso a tapé à côté avec sa politique d’appréciation artificielle du franc congolais. « Lorsque le taux de change est poussé rapidement vers un niveau qui ne correspond pas aux fondamentaux productifs, budgétaires et commerciaux de l’économie, on peut obtenir une appréciation nominale sans obtenir une appréciation économique durable. Il existe alors un risque de désalignement où la variation du taux de change ne correspond plus à l’évolution de la production réelle. L’appréciation devient alors difficile à transmettre aux prix domestiques. C’est précisément ce que nous avons observé lorsque le franc s’est apprécié : de nombreux prix ont montré une forte rigidité à la baisse. Mais aujourd’hui, lorsque les pressions inflationnistes réapparaissent, les prix remontent avec beaucoup plus de facilité », estime Luc Alouma.

De l’avis de cet Economiste, la priorité ne devrait pas être de faire reculer administrativement le dollar. « Elle devrait être de faire progresser économiquement le franc. Cela signifie créer les conditions dans lesquelles les Congolais auront eux-mêmes intérêt à : épargner en francs ; emprunter en francs ; investir en francs ; établir leurs contrats en francs ; conserver leur patrimoine financier en francs ; et progressivement valoriser une partie croissante de la production nationale en monnaie nationale », pense-t-il.

Amédée Mwarabu

By amedee

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