Un handicap majeur pénalise la République démocratique du Congo d’exporter des produits agricoles vers la Chine. Avant qu’un produit agricole n’entre en Chine, la douane chinoise (GACC) doit au préalable accorder une certification soit à l’entreprise exportatrice, soit à la zone de production. Bien plus, les produits agricoles qui ont accès au marché chinois sont ceux dont les pesticides et les fertilisants utilisés sont autorisés par la Chine. Cette certification exige même l’homologation de type d’irrigation pratiqué, l’hygiène de la zone agricole sous exploitation ou encore la gestion des risques. C’est le dispositif mis en place par Pékin en amont la sécurité alimentaire du peuple chinois. Aucune PME congolaise ne remplit ces conditions à ce jour. Dès lors, l’exportation, annoncée tambour battant par le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku, de 180.000 tonnes de piment et 50.000 tonnes de cacao par an reste techniquement impossible à se réaliser, sans des investissements conséquents pour mettre au diapason des normes chinoises les fermiers et autres agriculteurs congolais.
Depuis le 1er mai 2026, au total 53 pays africains peuvent exporter des produits agricoles vers la Chine, sans payer des droits de douane. Plusieurs Gouvernements du continent se réjouissent mais très peu sont capables de faire en sorte que les entreprises du secteur agricole remplissent les conditions préalables de conformité aux normes chinoises. C’est le cas de la RDC.
« Le marché chinois est désormais ouvert et demandeur. Les opportunités d’exportation sont immédiates pour 180 000 tonnes de piment sec et 50 000 tonnes de cacao par an, représentant une valeur marchande globale estimée à plus de 500 millions de dollars américains chaque année », écrivait le 27 juillet 2026 le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku dans un post sur son compte X.
On se rappellera aussi que le même ministre du Commerce Extérieur de la RDC avait signé le 6 sept 2024 à CHANGSHA, capitale de la province de HUNAN en Chine, l’Accord-Cadre de partenariat économique avec son homologue chinois, Mr WANG WENTAO. A la même occasion, en présence du Ministre d’Etat de l’agriculture, il y a eu la signature du protocole d’achat des produits congolais visant 1 million de tonnes de SOJA, 20.000 tonnes de CESAME, 10.000 tonnes de piment, 5.000 tonnes de café, 3.000 tonnes de cacao. Presque deux ans après cette dernière annonce, il y’a eu aucune suite. En clair, ces exportations n’ont jamais eu lieu.
Ceci peut s’expliquer par les préalables que la RDC devrait remplir avant d’accéder au marché chinois des produits agricoles. Selon la réglementation chinoise, pour qu’un produit soit autorisé à entrer en Chine, la traçabilité doit être totale, du champ au centre de tri en passant par le conditionnement jusqu’à l’exportation. Pékin exige que les infrastructures de l’entreprise exportatrice soient conformes sur toute la chaine de production : stations de lavage, séchage, tri, emballage, stockage.
Bien plus, tout opérateur économique qui exporte vers la chine notamment des produits agricoles, il doit avoir la certification de l’administration douanière chinoise dont l’acronyme est GACC (General Administration of Customs of China). Un pays ne peut pas exporter de produits sensibles vers la Chine, sans cette certification. Il est incompréhensible que le ministère du Commerce extérieur de la RDC ignore une telle exigence.
La Chine exige des zones certifiées simplement parce qu’elle veut contrôler les risques sanitaires, éviter les contaminations sur sa population, garantir la traçabilité, éviter les fraudes, éviter les mélanges de lots, et éviter les produits non conformes.
Selon l’expert en Géostratégie Africaine Jean-Paul Pougala, les produits suivants ne peuvent entrer en Chine que si la zone de production est certifiée au préalable par les autorités chinoises pour un contrôle tout au long de la croissance à la récolte : fruits frais (mangue, ananas, avocat, etc.), légumes frais, piment sec, café vert, cacao, arachide, sésame, produits animaux (viande, poisson, miel), produits transformés sensibles.
En ce qui concerne particulièrement le piment sec africain, il est soumis à cette exigence depuis 2023. La Chine n’accepte aucun piment sans zone certifiée par sa douane, GACC. Et ce piment doit être des variétés spécifiques (Capsicum annuum). Dans la chaine de production, la Chine exige des infrastructures de séchage, des audits, des analyses de pesticides ou encore une traçabilité complète.
Pour qu’un agriculteur ou un fermier congolais puisse bénéficier d’une certification GACC, il doit disposer d’une cartographie géo localisée de sa zone agricole, une traçabilité numérique, des SOPs (document officiel qui décrit, étape par étape, comment réaliser une tâche ou un processus de travail au sein d’une organisation pour garantir la qualité et l’uniformité), des laboratoires, des audits, des infrastructures, une discipline sanitaire, une coordination État–privé, une capacité institutionnelle.
Il se trouve que les petits agriculteurs et les PME, dans la majorité des pays africains subsaharien, n’ont pas de cadastre agricole, n’ont pas de traçabilité, n’ont pas de normes, n’ont pas de laboratoires, n’ont pas de procédures, n’ont pas de gouvernance sanitaire. Dès lors, presque aucun pays africain n’a de zones certifiées par GACC, à l’exception du Kenya pour les avocats et de l’Ethiopie pour le café, selon Jean-Paul Pougala.
Selon ce spécialiste, en pratique, les zones certifiées GACC dans les pays qui exportent déjà (Vietnam, Thaïlande, Cambodge, Laos, Chili, Pérou, Kenya pour l’avocat, etc.) ont des tailles assez homogènes.
- a) Zones de fruits frais (mangue, avocat, ananas) : 50 à 300 hectares pour les zones initiales. 500 à 2 000 hectares pour les zones matures ;
- b) Zones de piment sec (Inde, Vietnam) : 20 à 150 hectares pour les zones initiales. 200 à 800 hectares pour les zones matures ;
- c) Zones de café (Éthiopie, Colombie) : 100 à 500 hectares pour les zones initiales. 1 000 à 5 000 hectares pour les zones matures ;
- d) Zones de cacao (Ghana, Côte d’Ivoire) : 200 à 800 hectares pour les zones initiales. 1 000 à 3 000 hectares pour les zones matures.
Une zone GACC n’est pas un « champ ». Ce n’est pas une « plantation individuelle ». C’est un système agro‑industriel intégré, avec une superficie continue, une homogénéité des pratiques agricoles, une traçabilité centralisée, une infrastructure commune, une gouvernance unique, une capacité d’audit. Or, en Afrique, chaque producteur a 1 à 2 hectares, chaque producteur utilise ses propres semences, chaque producteur utilise ses propres pesticides, chaque producteur a ses propres pratiques, chaque producteur récolte à son rythme, chaque producteur vend à qui il veut, chaque producteur mélange ses lots avec ceux des voisins, constate Jean Paul Pougala
« Ce modèle est incompatible avec la certification GACC. Parce que la Chine exige des zones suffisamment grandes pour justifier un audit. Le GACC n’envoie pas des inspecteurs pour 2 hectares. Un audit GACC mobilise des inspecteurs chinois parti de Chine, des traducteurs, des experts phytosanitaires, des contrôleurs de traçabilité, des spécialistes des normes, des équipes de vérification documentaire. C’est une opération coûteuse, lourde, complexe, qui doit être rentabilisée. Une zone GACC doit donc avoir une superficie significative, produire des volumes exportables, justifier un audit annuel, permettre une traçabilité centralisée, et disposer d’une infrastructure commune. Une zone de 2 hectares ne peut pas remplir ces critères », explique-t-il.
En somme, le Gouvernement congolais, s’il tient à ce que les producteurs congolais du secteur agricole puissent exporter sur le marché chinois, il faut un soutien conséquent en vue d’homologuer la chaine de production conformément aux normes exigées par la douane chinoise. Sans cela, il sera quasi impossible à ces agriculteurs ou fermiers de financer eux-mêmes la standardisation de leur chaine de production aux normes de la Chine.
Amédée Mwarabu

