Le Palais du Peuple, siège du Parlement en RDCLe Palais du Peuple, siège du Parlement en RDC

Il y a dans l’histoire de tout peuple  et du peuple congolais en particulier, bien des aspects dignes d’étude. A vrai dire il conviendrait de les étudier tous quand on s’avise de rechercher la vie qui est une somme d’interférences continues.

Notre propos motivé par le discours sur le dialogue à venir, ne pouvait avoir d’ambition aussi vaste. Il tente cependant d’observer la réalité congolaise sous l’aspect de la sociologie politique dont l‘actualité, pensons-nous, est susceptible d’accrocher la curiosité des jeunes citoyens congolais. Le but étant en outre de provoquer  et d’entretenir chez eux le sens du devoir et la joie de participer à l’édification de la nation.

Le discours du Gouvernement convie les Congolais à piocher sur les éléments qui sont à la base du blocage de la République, en portant atteinte à la Paix sociale, à la destruction de la cohésion nationale et à la fissuration du socle de base de l’Etat..

En effet, depuis 1990, la République Démocratique du Congo a accentué son entrée dans une longue période de fortes turbulences politiques, période  marquée par la contestation des institutions politiques mises en place par le régime autoritaire du Sergent – maréchal e Mobutu entre 1965 et 1997. Parmi les conséquences de cette cacophonie politique, nous pouvons retenir la faiblesse de l’État qui est devenu incapable d’assumer ses fonctions régaliennes, notamment la sécurité du territoire national face aux agressions récurrentes des pays voisins sous traitants de multinationales, la sécurité des personnes et des biens, et d’offrir de services publics de qualité en réponse aux besoins fondamentaux de la population.

Loin de trouver une réponse appropriée dans le processus de démocratisation amorcé par la Conférence nationale (1991-1992), ou encore dans des nombreux Accords politiques conclus par  ses successeurs à la tête du pays, la faiblesse de l’État a pris plutôt des proportions très inquiétantes à partir de 1996 avec les guerres impliquant de nombreuses armées étrangères sur le sol congolais avec comme enjeu primordial, l’accès aux ressources naturelles dont la quantité et la   valeur attisent des convoitises de nombreux prédateurs.

En entreprenant une réflexion approfondie sur la fragilité de l’État congolais devenue la figure emblématique d’une Afrique souscapable selon l’expression chère à l’Occident, nous avons constaté que la faiblesse de l’État congolais a un caractère systémique, c’est-à- dire qu’elle prend  source dans une crise politique enracinée dans l’histoire, un pays qui était d’abord une « propriété privée » du Roi Léopold II  avant de devenir par la suite une colonie d’exploitation de la Belgique.

L’enjeu de cette appropriation léopoldienne ou cette colonisation dont  différents présidents qui ont exercé le pouvoir  après Léopold II, ont adopté le style de gouvernance  consistant à   gérer  l’État comme leur patrimoine privé, actualisant  ainsi  sous une forme nouvele, la politique patrimoniale et prédatrice que le même Roi des Belges avait mise en place au sein de l’« État Indépendant du Congo. Dès lors, les acteurs politiques au sommet de l’État congolais peuvent changer, mais pas le système de gestion de l’État basé sur l la  personnalisation du pouvoir et l’accumulation des ressources financières et économiques  pour eux sans distinguer les biens publics des biens privés.

Nous pensons que cette façon d’exercer la gouvernance est le point capital sur lequel le congolais doit s’attarder lors du dialogue car à notre entendement il  est la cause principale de tous les maux visibles et invisibles que traverse la République. C’est lui le socle de la  cacophonie politique congolaise.

Malgré le fait que le discours gouvernemental l’ait  omis, la majorité silencieuse du peuple  trouve  qu’il constitue  la matrice de tous les maux et tous les risques que traverse le pays. Comme toute matrice sociale, la corruption conçoit , nourrit, et enfante les dégâts mortifères de la paix sociale, divise la nation en paupérisant les citoyens honnêtes et la classe moyenne qui démunie recourent aux infractions pour survivre et  anéantit la Puissance publique de l’Etat qui sans moyens adéquats ne peut plus assumer ses devoirs. Ce qui aboutit à la faiblesse de l’Etat ou à une république théorique sans impact sur le réel du pays. Petit à petit ces corruptions, ces vols, ces pillages du patrimoine nation et ces adorations de biens mal acquis, deviennent  au fur des années, en  se combinant à l’utilisation irrégulière de la violence de l’Etat, le sel qui ronge le pays et démultiplie l’impact du  patrimonialisme sultanique mis en place : cause de l’anéantissement du vivre ensemble  que connait le pays aujourd’hui. Ce fléau  doit être épinglé comme élément incontournable par lequel le dialogue intra-congolais doit commencer.

Passer sous silence le néo – patrimonialisme, c’est accepter de faire durer le  tableau du jour qui peint le Congo comme une société qui vit sous le poids de la pauvreté structurelle et de l’insécurité chronique, avec des millions de personnes  déplacées à l’intérieur du pays, d’autres vivotant dans les camps des réfugiés à l’étranger, pendant  que la faim, la persécution et la violence de gouvernants accablent les citoyens patriotes.

D’où le Congo incarne à l’extrême le contraste entre potentiel et réalité. La misère y est devenue une norme, tandis que les espoirs de progrès sont sans cesse déçus. Les crises, loin d’être surmontées, se multiplient, et le pays, loin d’être un paradis promis, sombre dans le chaos et la déchéance morale. Les expressions comme gâchis ou fantôme d’État illustrent de manière indiscutable ce décalage.

Comme à son habitude, le Congo, qui avait tenu la Terre entière en haleine en juin 1960 lors de son accession à l’indépendance, réapparait encore aujourd’hui au-devant de la scène mondiale pour exposer ses catastrophes.

En un mot comme en mille, il est évident tel le nez au milieu du visage, qu’au terme de soixante-six ans d’égarements délétères, la RDC touche le fond de la descente aux enfers. Au lieu du fameux paradis promis au peuple lors de la lutte de l’indépendance, les dirigeants successifs ont créé un patrimonialisme villageois au profit d’intérêts privés et de stratégies de survie politique. Aujourd’hui, on se retrouve en face d’un pays sous-capable, avec un chaos plein, un pillage adoré, au bas de l’échèle des valeurs humaines  ; faisant penser à une jungle laissée aux grands fauves furieux.

   Sur le plan socio-politique, l’observation  de la vie publique démontre bien que les dissensions sont quasiment un sport national dans ce pays : des orchestres se disloquent en ensembles rivaux ; des courants, au sein d’un même Parti politique, divorcent pour la vie ; des rébellions se déclarent puis volent en éclats et se tirent, furieusement les unes sur les autres, les églises se vilipendent en public pour  encaisser seules    l’argent d’achat de consciences qu’octroie le Gouvernement et les ministres rivalisent dans la flatterie de leur patron pour durer à leurs postes.

La médiocrité d’âme du gotha politique, son manque d’aspirations puissantes, son conservatisme entêté des avantages sociaux qu’il s’accorde, ont entrainé dans sa chute l’Administration et les autres corps de l’Etat, zoomant ainsi les tristes plaies du pays. Le Congo Kinshasa a cette particularité : l’existence d’un gradin politique qui considère sans vergogne que l’exercice du pouvoir est une occasion providentielle de jouir des richesses de la Nation et de donner libre cours à la satisfaction de ses bas instincts ; profitant du fait que le peuple ne sait pas lire les signes de temps, croit que chez les serviteurs de la Nation, la satisfaction tirée de la grandeur de leur mission ôtait   d’autant, l’intérêt porté aux biens matériels.

En scrutant en profondeur les cercles politiques de Kinshasa, on constate  que les oppositions entre les Partis ou en leur sein naissent non pas en vertu des considérations idéologiques ou au sujet de doctrine, mais toujours  à cause des ambitions personnelles démesurées et non freinées par une éthique humaniste, des haines explosives entre dirigeants, haines souvent suscitées par l’esprit de jouissance, de prostitution au sommet de l’Etat, ou de monopoliser le contrôle du patrimoine de la Nation pour un enrichissement personnel. Ce qui cautérise  à l’extrême la vie politique en une fragmentation chronique, où les dissensions et rivalités internes priment sur la construction de projets collectifs et met à jour l’esprit de ôtes de là que je m’y mette.

La classe politique en fonction est vraiment hors-piste. Lorsque ses membres épiloguent sur leurs Partis, un étranger fraîchement arrivé dans le pays, peut, en percevant des enseignes publicitaires, en écoutant la propagande distillée à la radio ou en voyant défiler les images projetées dans les réseaux sociaux, croire trouver des formations aux structures organisées, ayant une doctrine, une idéologie et un projet de société.

Malheureusement, de tout cela, il n’en est rien. Le pays dispose d’un langage spécifique. L’homme politique ou le religieux de Kinshasa a son abécédaire, sa façon de concevoir l’avenir de la population, sa manière insolite de servir son Dieu et d’aller au ciel ; les Partis, soi-disant, politiques sont fictifs avec des membres nomades. Dans le monde religieux l’osmose a joué son rôle, chacun est prophète et sait où toucher le congolais pour lui soutirer la dime.

Le marasme de la RDC devenu structurel, est renforcé par la crise morale dans la Nation. La misère du congolais est d’autant plus perceptible qu’un petit groupe d’affameurs du peuple, pour son intérêt personnel, volent aux autres leur existence, leurs sourires, leur place au soleil et exhibent sans vergogne une fortune mal acquise. Cette élite a fait de la scène politique un terreau où l’enjeu primordial de la compétition politique demeure le contrôle du trésor public.

A cause de cette inclination, les dirigeants ont du mal à résister à la tentation de s’emparer de l’argent public et de blanchir celui du trafic des signatures de contrats miniers ou des marchés de l’Etat, sûrs qu’ils sont de ne jamais être détectés, jugés et condamnés. L’accès au pouvoir conditionnant l’accès direct à l’argent public, pouvoir et argent deviennent interchangeables ; dans la mesure où l’argent va donner accès au pouvoir et le pouvoir à l’argent. Hold Up Congo a photographié la scène !

Le corolaire porte sur le rôle de l’Etat, dans un contexte de l’incapacité de l’Exécutif à faire appliquer ses lois, par des fonctionnaires achetables à souhait ; agents qui ont transformé les bureaux de l’Etat en un marché de corruption à ciel ouvert. Le commis de l’Etat à tous les niveaux de l’Administration congolaise , considère sa fonction comme un patrimoine dont il peut user à sa guise, et les règles publiques comme des instruments de chantage. Or cette administration depuis lors se délite, l’antagonisme entre cadres de bonne formation et des gens promus pour leur souplesse d’échine y est publiquement exposé.

Ainsi se trouvent démantelées les structures d’organisation efficaces, et jetés aux orties les principes essentiels de la hiérarchie, de la compétence, de la déontologie ; triomphent dès lors l’impéritie, l’inefficacité, l’extorsion  de sorte que le nerf vital de l’Etat, l’Administration Publique, l’outil d’exécution de sa politique est utilisée comme instrument de répression, d’exploitation du peuple.

De ce fait, l’Armée devient, un corps sans cohérence affirmée, sans doctrine stratégique précise, sans discipline, plus soucieuse de réprimer les forces intérieures et d’enrichir ses généraux au lieu de demeurer l’indispensable bouclier contre les agressions extérieures.

Le contrôle du trésor public est devenu l’enjeu central de la compétition politique, et l’enrichissement personnel prévaut sur l’intérêt général. Les faits de prédation, et de détournement sont banalisés, et l’impunité règne. La corruption, loin d’être marginale, irrigue l’ensemble du corps social et s’accompagne de pratiques mafieuses en collusion avec des intérêts étrangers.

La RDC est  aujourd’hui prisonnière d’un délire politique collectif devenu presque une coutume sacrée. À force d’errances, de trahisons historiques, d’improvisations et de violences institutionnalisées, le pays a progressivement inversé le sens de valeurs cardinales.  La population  ne sait plus clairement où elle va, ni même pourquoi elle doit avancer.

Le discours public s’est vidé de substance. La politique s’est transformée en théâtre des justifications, des slogans et des plaisanteries démagogiques. Le pays ne stagne même plus : il régresse.

Tout ceci rappelle le passé de ce pays. Oui c’est depuis le dix-neuvième siècle, lors de la fédération de l’Etat Indépendant du Congo que la corruption moderne est entrée dans le pays. La réunification des Empires et Royaumes de la cuvette centrale en 1877, ne l’a été que par la corruption, et la ruse du souverain belge.

Monarque sans pouvoir réel dans le système parlementaire de son pays, sans richesse et sans gloire, sans quotient intellectuel moyen d’après sa mère,  Léopold II a utilisé pour s’emparer d’un vaste territoire africain baptisé par lui : « l’Etat Indépendant du Congo », tous les artifices à savoir : la corruption, le mensonge et le trucage de la volonté des scientifiques européens, des dirigeants et de certains mécènes. Malgré des millions de franc-or distribués en bakchich aux Etats Unis et en Europe, il perdra sa propriété africaine, suite au génocide des millions des congolais.

Sous l’administration coloniale, la corruption et le pillage ne vont pas baisser d’intensité. La corruption individuelle pratiquée avant va laisser la place à celle des groupes. Ainsi les études sur le barrage Inga seront payées trois fois, les excédents budgétaires détournés, suivie de la création de la classe d’évolués et de chefs coutumiers nommés par le colonisateur, qui corrompus à souhait pouvaient supporter la domination et maintenir le peuple dans un empire de silence.

Après viendra Joseph Mobutu qui fera une mise à jour réussie, de vielles méthodes léopoldiennes. Tractée par un seul homme comme du temps de son maître, adoubée comme idéologie du régime, la corruption sera utilisée comme mode de gouvernement pour acheter la conscience de l’élite politique du pays afin de régner sans partage pendant plus de trois décennies. Elle lui servira aussi d’appât  pour  persuader certains dirigeants de l’occident à venir militairement à son secours à chaque fois qu’une révolte populaire le menaçait.

Laurent Kabila chasse Mobutu le 17 mai 1997, mais garde son système. Il va à son tour le perfectionner et amplifier la corruption dans le pays. Celle-ci ne sera pas seulement un privilège réservé à un groupe, dont le Chef de l’Etat est le sommet de la pyramide, mais un avantage partagé par les gouvernants. La Miba sera dépecée à cette occasion.

Trois jours après l’assassinat de Laurent Kabila en 2001, Joseph Kabila lui succède. Il va lui inaugurer  l’institutionnalisation de la corruption dans la vie de la nation. Si bien qu’en parlant de leur pays, les congolais soutiennent qu’il y a quatre pouvoirs en RDC, hiérarchisés de la manière suivante : la Corruption toute puissante, le Gouvernement absent, le Parlement suborné et le Pouvoir judiciaire sourd-muet. L’idée globalement admise par la population affirme que la RDC est le seul pays au monde ayant su démocratiser la corruption.

Dans ce pays, la corruption est Reine. Mais elle a ses princes qui sont la pègre internationale composée des truands de haut vol dont certains sont à la présidence de la République, les ministres importants, le gouvernement caché des profiteurs dirigés par les israéliens trafiquant du diamant, des libanais, des belges, la Présidence rwandaise, la Présidence ougandaise   et les généraux de l’armée ougandaise et congolaise. Avec l’Union Sacrée de la Nation, un cartel politique composé en grande partie des habitués de magouilles des gouvernements précédents, ce fléau  est devenu un élément vital qui irrigue la vie de tout habitant comme le sang irrigue le corps.

De haut en bas et des chefferies  aux villages, la corruption inhibe tout le microcosme de la société congolaise. Et comme souvent, l’argent de la corruption ou argent sale sur le continent noir, finit toujours par franchir les frontières pour terminer sa course dans les banques occidentales. Selon l’Union européenne, « les actifs africains volés et détenus dans des comptes bancaires à l’étranger équivalent à plus de la moitié de la dette du continent ».

Aujourd’hui le congolais se demande à quoi sert il de tenir des discours sur la tolérance zéro et d’alarmer l’opinion sur le changement de mentalité, si l’argent sale pénalise ceux qui ne s’y donnent pas, l’Etat ne doit-il pas tenir rigueur à ceux qui y recourent. Et si au contraire, il constitue un nouveau mode de progrès social, une contre politique à celle que nous voyons s’enferrer dans l’amnésie, ne convient-il pas d’aller y lire notre avenir ?

Pour notre part, nous pensons que le moment est propice pour décrire ce mal et alerter la conscience de l’opinion nationale qui fait preuve d’un désir indifférencié de reconnaître que l’enrichissement sans cause mène le pays à la ruine.

Comme chaque dirigeant veut être plus milliardaire que ses prédécesseurs, et sachant que seul l’accès au pouvoir autorise l’accès direct et sans risque à l’argent public, il fait tout  y compris la rébellion armée pour y parvenir.. D’où la naissance des M23, RDC, MLC, AFC, MAÏ MAÏ, WAZALENDO et la création des milliers de Partis politiques.

A cette grande corruption, s’ajoutent les petites corruptions et extorsions pratiquées par les représentants de l’Etat : fonctionnaires, militaires, policiers, agents des entreprises publiques. Ne courant aucun risque de condamnation, ces agents soumettent la population à un véritable racket. Donc, point d’argent, point de salut.

Maintenant, le phénomène se vulgarise et l’on parle même du pouvoir des millionnaires.? La question que se pose chacun n’est plus de savoir comment arrêter cela, mais comment bénéficier aussi de ces richesses. Comment vivre comme les hommes et les femmes au pouvoir, qui connaissent un changement brusque dans leur patrimoine.

Au premier trimestre de leur mandat public, ils deviennent des citoyens pas comme les autres. Dans un premier temps, ils sont logés, nourris et véhiculés aux frais de l’Etat. Du coup, ils s’élèvent dans les nues et emportent avec eux les biens meubles des appartements de l’Etat mis à leur disposition.

Au deuxième trimestre de leur mandat public, ils sont répertoriés en ordre utile dans les annales du ministère des Affaires foncières. Du fait des maisons qu’ils achètent ou construisent à un rythme endiablé. Leurs noms sont placés sur les devantures de nouvelles villas ou de «nouveaux chantiers » qui tentent de tutoyer les anges au ciel.

Ce qui surprend, cest qu’ils s’affichent au grand jour. Dailleurs, pourquoi s’en cacheraient-ils quand la tradition veut que le mandat publi, équivaille â être au-dessus de la loi. Un statut qui permet d’aliéner, de spolier le patrimoine de l’Etat, d’exiger des commissions illégales et des dessous de table, sans crainte de poursuite.

A un an et demi de leur mandat public, les comptes des hommes et des femmes au pouvoir sont approvisionnés, de manière exponentielle. Pourtant sommation faite des salaires, soldes, émoluments, primes et frais de mission compris, cela ne peut frôler le million pendant cinq ans. Or, beaucoup parmi eux sont devenus multi-multimillionnaires à vingt mois de fonctions.

Arrivés au pouvoir sans argent, des sans pagne, engrangent des millions, sans que les organes de la loi s’en émeuvent, devenus tout à coup aphones. Floué et nargué, le peuple, souverain primaire se ratatine et range sa queue entre les pattes, en fulminant.

Avec l’Union Sacrée de la Nation, la République de Mobutu a perdu la seule performance qu’elle détenait dans le monde. Les régimes ont changé mais la classe politique est restée dans son essence maffieuse,  elle s’est sérieusement perfectionnée. D’où notre crainte sur l’exécution des résolutions du dialogue si le problème de prédation n’est pas traité avec la sérénité élevée.

Nous rappelant des assises d’octobre 1999 à Lusaka en Zambie, et bâclé en Afrique du Sud, par une distribution folklorique des postes ministériels entre belligérants de tout bord en mai 2003. Nourris par l’exemple de Lusaka, qui nous rappellent que   les dialogues congolais sont en réalité des monologues absurdes ; des conciliabules ne débouchant jamais  sur un consensus à même de doter le pays des institutions solides de bonne gouvernance capables de conduire le peuple vers une  démocratie assumée et un progrès économique continu. Nous invitons le congolais à la sagesse.

La fois passée, en élargissant le cercle de la rencontre par l’augmentation du nombre des participants, les organisateurs croyaient bien faire afin d’aboutir à un arrangement plus large, capable de rencontrer les souhaits d’un grand nombre des citoyens représentatifs.

Dommage pour eux, car leur souhait à été vite compris par les politiciens Congolais comme une licence de changer le dialogue intra congolais en dialogue inter congolais, c’est à dire l’échafaudage des syllogismes de chacun devant de milliers des  participants. Chaque orateur faisant voir qu’il est un caractère fort s’en tenant à l’écoute exclusive de sa voix intérieure, estimant que les adversaires sont sourds par parti pris ou par mauvaise foi. La médiation s’est retrouvée après tant d’énergie dépensée, à la case de départ devant les acteurs plus divisés qu’avant les assises.

Pour bien discerner les causes de ces divisions dans la division, nous avons dû opérer un choix afin d’éviter dans la mesure du possible les affirmations péremptoires soutenues par les hommes politiques congolais.

Qu’avons-nous constaté ? D’abord  on éprouve un sentiment singulier à s’apercevoir qu’on est soi-même sujet et objet dans ce mélodrame qui se joue sous nos yeux dans cette République.

Ensuite nous avons remarqué que inconscients ou malades de leurs ambitions, les politiques donnent l’impression de ne pas souffrir moralement du blocage du pays, et de ne pas pâtir physiquement du morcellement de notre territoire.

Le peuple, à la fois acteur et victime de cette tragédie, fait preuve d’une absence coupable. Il montre beaucoup de patience dans l’adversité. Pourtant le monde humain de notre temps n’adapte cependant pas son rythme d’évolution au tempérament indolent et insouciant de l’homme congolais.

Divisée en provinces fragiles, en une multitude d’ethnies, à la conscience nationale non encore ébauchée, la République véhicule une cosmogonie politique hétéro déterminée : classe politique  rudimentaire, armée appelée nationale mais composée des milices éparses, provenant des intégrations des rebelles, Etat théorique, pseudo nation précarisée par les tueries et l’apprêté de la lutte pour la survie. Le Congo s’identifie plus que jamais à la pirogue du poète qui tournant et tournant ne sait plus si le vent voulait rire ou pleurer. Avec humilité et sans honte, nous soutenons que notre pays est une nation en devenir, marquée par une diversité ethnique, composée des minorités dans toutes les provinces et dont l’histoire est jonchée de plusieurs rébellions en réaction aux pouvoirs tyranniques subis depuis Léopold II jusqu’à une date récente.

Le destin du Congo Zaïre demeure actuellement une énigme, et l’avenir comparable au rougeoiement incertain d’un soleil crépusculaire confisqué par la baie de Galiema. Le pays est devenu un refuge de doute, un objet d’interrogation, un ailleurs inconnu de ses propres citoyens. Les dialogueurs doivent avoir présent dans leurs têtes ce triste tableau.

Quelle que soit la part des responsabilités qu’on peut attribuer à des puissances étrangères et leurs « ingérences » dans nos affaires intérieures, quelles que soient les séquelles de la rude colonisation qu’a connue le pays, les soixante six ans d’indépendance de la République Démocratique du Congo, sont  un véritable gâchis.

Le messages sur le dialogue à venir mentionne la refondation de la République, er la, décentralisation de la procédure de son exécution en donnant  l’initiative au peuple souverain, et reconnait les turpitudes  rencontrées lors de la marche de six décennies dans l’affermissement a fondation de la communauté nationale..

En effet parler de la refondation, c’est sous entendre ou reconnaître avec courage que depuis 1960 l’Etat n’a pas produit  un travail significatif comparé aux moyens consommés, aux attentes de la population et n’a pas  respecté le critère de développement adjugé par la nation, et qu’il vaut mieux prendre un temps pour  la conception de nouvelles  voies  pouvant aider à retracer la trajectoire du  nouveau défi de développement, et mettre en place une gouvernance appropriée.

Bien qu’il ne s’agisse pas de l’appel à la réalisation du 17 octobre 1917 ou du 1789 français, ce discours par la solennité de son ton  ressemble à l’appel de  Londres du  Général De Gaule  qui demandait aux français de se mettre débout pour sauver la Patrie En convoquant  le dialogue, les Pouvoirs publics rappellent au citoyen  que la balle est dans son camp.

Le compatriote doit, mini de ce marteau de débats  fixer sans entrave les règles, définir les politiques économiques mesurables et opposables à tous, tracer la ligne de crête  devant orienter la cohésion nationale, mettre hors course les mauvais enfants de la République ayant néo-patrimonialisé les biens et les richesses du pays et prendre des sanctions politiques pour ceux de nos compatriotes ayant posé des actes heurtant les fondements sociaux de la République.

On l’exhorte à faire Fi  de la tradition d’hommes inconscient. Il ne faut pas que cela continue. Il ne faut pas accepter le mauvais sort que les politiciens ont réservé au pays depuis belle lurette, accepter un tel état de fait, se complaire dans pareil défaitisme ou se résigner à une sorte d’abdication collective.

Non, Il faut que le Congolais réfléchisse sur l’avenir de son pays et de lui-même. Car on n’est jamais mieux servi que par soi même. Ceci est une démarche décisive à laquelle tout citoyen de bonne foi doit souscrire et se sentir mobilisé.

Le citoyen délégué au dialogue doit noter ceci : pour que le compatriote réifié, mutilé, privé de la claire conscience de sa plénitude, donc de sa liberté par tant d’années de dictatures diverses, il faut que l’ancien champ d’asservissement, soit détruit pierre par pierre par ces assises  car les plis ou le raccourci auquel on a habitué les politiciens ne peut être détruit que par une totalité de volontés alternatives.

N’oublions pas que dans ce pays dominé par la houle des intérêts, l’arbitraire des agents de l’ordre, la volonté de puissance de quiconque détient une parcelle de pouvoir, que les forces morales et la sagesse de nos ancêtres n’arrivent plus à contenir, beaucoup de facteurs convergent pour que dans le cœur de chaque congolais brillent les raisons d’espérer.

Sans minimiser le rôle néfaste joué par les pays voisins, africains, occidentaux ou asiatiques dans la crise actuelle du Congo, , il faut décréter qu’en vue de sauver notre patrie, le devoir de tout citoyen digne de ce nom soit de réfléchir sur les dominantes de notre situation. Il importe que tout le monde, surtout parmi la jeunesse, se pénètre de  l’idée que dans les relations entre nations, chacune recherche avant tout son intérêt. Le responsable rwandais n’est pas au Congo pour le bonheur des congolais.

Le jeune compatriote devra se souvenir  que la philosophie de nos concitoyens transpose encore à l’échelle du monde du troisième millénaire la mentalité propre aux exigences de la solidarité familiale bantoue de siècles passés. Pourtant, le monde d’aujourd’hui n’est pas un monde familial encore moins un monde congolais ; c’est un monde de manipulation, de calcul et d’intérêt. Le Congolais n’en peut rien hélas ! Le colonialisme, le néo-colonialisme africain ou extra africain, les échanges internationaux inégaux , les pillages des ressources sont des œuvres de calcul politique, économique et de l’occupation de l’espace.

C’est pourquoi pour nous intégrer au monde du vingt et unième siècle et y rester valablement accroché, nous devons saisir l’occasion de ce dialogue pour engager une lutte soutenue contre une série des concepts et d’habitudes séculaires en ce qui concerne la vision du monde et de la société. Il faut au congolais une nouvelle définition de l’homme, un autre genre d’interprétation de l’univers et de ses lois, une transhumance au cœur du continent africain.

Le Congo doit se battre pour rester uni. Il doit se battre compte tenu de ses richesses convoitées, de la pauvreté de sa population, et doit s’habituer à l’idée qu’il sera toujours un exutoire pour les pays voisins surpeuplés, eux  qui  n’ont pas eu l’aubaine de la nature,  dont Dieu a comblé ce territoire. Il lui est demandé de se mobiliser pour atteindre un taux de croissance pouvant sortir la moitié de sa population de l’extrême misère et pour devenir puissant. Dans le monde d’aujourd’hui, être puissant c’est exister, être faible c’est disparaître.

Derrière ce combat se dessine la fameuse loi d’airain de survie. Les Congolais doivent voir dans la lutte pour la mobilisation nationale, un combat vital pour leur survie collective, pour leur réussite future. Il faut pour cela fonder le face à face sur une identification des intérêts, une résolution dans la détermination individuelle et l’influx dans l’engagement collectif.

C’est à ce prix et à ce prix seulement que pourra naître un Congo nouveau, un Congo débarrassé de ses chaos répétitifs, libéré de ses fantasmes et de ses complexes envers les voisins. Un Congo qui aura fait sa mutation et répondu au rendez-vous du donner et du recevoir. A moins qu’on veuille le rendre le sel qui ronge l’Afrique.

Enfin croyant que la boucle n’est pas bouclée, et  qu’il existe encore un effort de dernière chance  dans le tréfond  village congolais,  car les dignes fils du pays, ceux de la majorité silencieuse,  ceux qui croient que ce pays a encore assez d’atouts pour prendre à bras le corps, les principaux problèmes qui se posent à lui en tant que pays devant jouer un rôle dans le concert des nations, existent encore même en petit nombre.

Nous voulons, et c’est l’un des buts de notre propos, de mettre en garde le congolais contre les dangers que  certains irresponsables politiques, auteurs du néo-patrimonialisme primitif  en apparence objectifs et séduisants font courir à notre société en instaurant la culture de l’impunité et de l’argent facile.

Cette cogitation  n’est pas un cahier de compilation destiné aux orfèvres. C’est un travail  fait pour le citoyen de l’arrière pays qui soufre, et l’urbain mal nourri, mal logé et sans pédales, pour que chacun ne l’ignore et fixe les paradigmes de gouvernance du Congo futur

  Ambroise V Bukassa,

Patriote congolais,

Membre de Akili Mali Institure

By amedee

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