Une semaine après cette alerte de la Direction générale des Impôts, le ministre des Finances Doudou Fwamba reste curieusement silencieux. Du côté de la Banque Centrale du Congo, André Wameso reste muet. Pourtant, ces faits de piratage, de l’intérieur, du système ISYS-REGIES, sont gravissimes, car annihilent tous les efforts de mobilisation des recettes publiques en RDC.
Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, est dans les sals draps. C’est le moins qu’on puisse. Car, ce dossier est si lourd qu’il faut que les instances compétentes, notamment la présidence de la République, doivent tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Il s’agit d’un réseau d’agents de la BCC qui, on ne sait depuis combien de temps, manipulent en défaveur des intérêts des régies financières la fraude fiscale au profit de grandes sociétés implantées en RDC.
En effet, dans une correspondance datée du 3 septembre 2026, relayée par le Journal La Transparence, la Direction générale des Impôts (DGI) alerte le ministre des Finances Doudou Fwamba pour dénoncer un réseau mafieux logé au cœur même de la Banque Centrale du Congo. Des agents véreux, chargés de la gestion technique du logiciel ISYS-REGIES, ont réussi à détourner des millions de dollars de recettes fiscales en manipulant les serveurs informatiques de l’État.
Les faits sont extrêmement graves. Le système digitalisé ISYS-REGIES est installé à l’Institut d’émission. Son rôle est d’interconnecter les régies financières, sécuriser la chaîne de la recette publique et éradiquer la fraude afin de maximiser la mobilisation des recettes publiques. C’est ce système qui a été piraté par des agents de la BCC comis à sa gestion, ceux-là mêmes détenant les codes d’accès.
Dans sa correspondance, la DGI n’a pas indiqué le montant dilapidé par ce réseau mafieux. Ce que l’on sait est que leur cible était principalement les grandes entreprises assujetties aux impôts et taxes des régies financières.
Selon le Journal La Transparence qui a relayé la correspondance de la DGI, le modus operandi de ces agents mafieux est imparable :
- Validation de fausses preuves : Le système permet normalement de vérifier en temps réel que l’argent payé par les grands contribuables dans les banques commerciales est bien transféré vers le Trésor Public. Les agents incriminés interceptent et manipulent ces données d’apurement fiscal.
- Effacement de traces numériques : En modifiant manuellement les lignes de code et les écritures sur les serveurs de la Banque Centrale, ils valident des quittances d’impôts fictives pour le compte de certaines entreprises complices, faisant disparaître l’argent réel avant qu’il n’atteigne le compte général de l’État.
- Siphonnage en amont : Les serveurs informatiques trompent la vigilance des auditeurs en affichant des transactions régulières, alors que les fonds physiques sont déroutés en amont de la chaîne de reversement.
Wameso se tait
Le plus inquiétant est que la Banque centrale du Congo qui gère le système ISYS-REGIES n’a pas été la première ni à détecter cette cybercriminalité encore moins à déclencher l’alerte. Pire, les autres organes de contrôle dont dispose la République notamment l’inspection générale des finances, la cour des comptes moins encore la CENAREF, aucune instance n’a déclencher l’alerte en premier.
Alors que la lettre de la DGI adressée directement au ministère de tutelle, en l’occurrence celui des Finances, date de plus d’une semaine, il est étonnant que la Banque centrale du Congo, sujet et objet de cette cybercriminalité, n’ait pipé mot. Le gouverneur André Wameso est resté silencieux. Aucun communiqué pour éclairer la lanterne de l’opinion nationale sur ces graves révélations. De même, la BCC n’a communiqué sur les mesures de précaution arrêtées face à ce réseau d’agents mafieux en son sein.
La RDC ne cesse de connaître des épisodes de détournements des deniers publics et autres fraudes douanière ou même fiscale. Mais tout ceci semble passer inaperçu. Le ministre du Commerce exterieur Julien Paluku a indiqué récemment que le fisc perde jusqu’à 2,5 milliards USD suite à la fraude douanière au seul poste de Kasumbalesa. Avant lui, la ministre des Hydrocarbures Acacia Bandunbola avait signalé que la RDC a perdu 850 millions USD en 2025 du fait de la fraude des produits pétroliers au poste de Kasumbalesa. De son côté, le ministre des Mines Louis Watum, en mars dernier, indiqué que la RDC perdrait jusqu’à 8 milliards USD suite à la contrebande dans le trafic de l’or dans la Grande Orientale. A ce jour, aucune suite n’a été enregistrée de toutes ces révélations.
C’est depuis le 1er janvier 2021 que le gouvernement, à travers le ministère des Finances, avait rendu obligatoire l’utilisation du logiciel Isys-Régies dans sept provinces du pays pour la première phase de l’implémentation. Les autres provinces suivront après.
Avec ISYS-REGIES, toutes les recettes encaissées par les banques commerciales sont enregistrées dans le système au même jour de leur encaissement. Le reversement de ces recettes à la Banque centrale du Congo doit s’effectuer dans les 24 heures à travers le système national de paiement pour permettre leur comptabilisation automatique au compte général du Trésor.
Logiciel de fiabilisation de la chaîne de la recette, ISYS-REGIES a été financé par la République Française dans le cadre du premier contrat de Désendettement-Développement conclu en 2013 entre la France et la RDC. Le système apporte trois innovations essentielles dans la gestion des recettes publiques. Il s’agit respectivement de l’automatisation de la procédure de perception, la dématérialisation de la procédure et la fiabilité de l’information transmise en temps réel.
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