Présentement, la RDC produit 1900 à 2000 mégawatts d’électricité sur une capacité installée de 2800 mégawatts. Pourtant, les besoins au niveau national dépassent les 5800 mégawatts dont 1200 mw pour la seule ville de Kinshasa. C’est dans ce contexte que le Directeur général de la SNEL Teddy Lwamba s’active à trouver des solutions d’urgence pour répondre un tant soit peu à la forte demande. Les 134 mégawatts de Karpowership destinés à la capitale répondent à cet impératif.
Le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, s’est prêté à l’exercice de redevabilité, lors d’un Spécial Briefing Presse co-animé, le jeudi 1er octobre, avec le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya. Teddy Lwamba est venu faire un état des lieux de la desserte en électricité et présenter les perspectives de cette entreprise du portefeuille de l’État.
A l’analyse de son propos, la SNEL est confrontée à un déficit énergétique d’ordre structurel. Les besoins sont de l’ordre de plus de 5800 mégawatts alors que la SNEL ne fournit qu’au maximum 2000 mw en ce moment.
De 2006 à aujourd’hui, nous avons atteint de pic de saturation d’importation d’électricité. Les importations avec la Zambie atteignent 375 mégawatts. Et nous n’avons plus de seuil d’importation. Ce qui pousse aujourd’hui à ce qu’il faudra se recentrer sur une politique d’amélioration de production interne. Face à cette situation, on se retrouve avec une production qui augmente. Vous avez par exemple la ville de Kinshasa qui avait une énergie de 580 mégawatts, alimentée depuis 1989, pour 4 millions d’habitants. Aujourd’hui, autour de la même puissance, nous sommes autour 20 millions d’habitants. Face à cette situation, la SNEL a créé une politique de délestage qui consiste à roter la même quantité d’énergie pour couvrir les différentes personnes. Il y a de rotation. Et ce système de rotation, qu’on appelle le délestage, ne résout pas le problème », déclaré en substance Teddy Lwamba devant les professionnels de médias.
Pour le DG de la SNEL, le plus important à faire est « d’investir dans l’outil productif et de couvrir la population avec une énergie supplémentaire ». « C’est ce à quoi nous sommes en train de nous atteler. Face à ça malheureusement, il y a des impératifs qui bloquent ce développement. La SNEL qui cherche à s’investir dans l’investissement se retrouve clouée par le coût. Le coût applicable aujourd’hui par la SNEL c’est un coût administré et non rémunérateur. Du fait que le coût n’est pas rémunérateur, c’est impossible aujourd’hui de développer d’autres sources d’énergie. Si on veut faire du solaire, notre tarif qui est aujourd’hui à 9,6 cens, en basse tension, on se retrouve avec un produit qu’on devrait vendre à 17 cens. Comment on investirait dans un produit qui coûte plus cher que notre prix de vente? », s’est-il interrogé.
Pour autant, la SNEL s’emploie aussi bien à l’assainissement de son réseau pour fluidifier l’écoulement de l’énergie électrique mais aussi envisager des solutions d’urgence pour palier le déficit énergétique.
« Nous avons fait deux opérations. Premièrement, nous avons fait un travail d’assainissement du réseau qui permet à ce que l’écoulement de l’énergie soit fluide. A Kinshasa, nous avons amélioré l’injection de puissance. Nous avons eu un gain de 140 mw supplémentaires avec les nouveaux transformateurs au niveau de Makala où nous avons fait des améliorations. Mais, il se pose toujours le problème de l’énergie produite. En novembre 2025, on a mis en service le G25 à bInga qui revenait avec 193 mégawatts. Aujourd’hui, pour des raisons techniques le G25 est à l’arrêt. Donc, nous avons eu à réduire 193 mégawatts sur le réseau. A ceci s’ajoutent les conditions climatiques. La source de production de l’énergie électrique en RDC c’est l’hydroélectricité. Pour l’hydroélectricité, il faut avoir à l’esprit que la disponibilité de l’eau est saisonnière. Ce sont les réserves d’eau dans les cours d’eau qui permettent de produire. Dans cette période spécifiquement, partant de juillet jusqu’à mi octobre pratiquement il y a une baisse drastique du niveau d’eau. Ce qui fait que pour des raisons techniques, il y a des machines qui sont mises à l’arrêt volontairement parce que l’eau qui devait permettre que les machines tournent n’est pas suffisante. Ce qui fait que aujourd’hui nous avons atteint un pic d’injection de puissance à Kinshasa du 11 juin au 17 juillet 2026 de 700 mégawatts. …Tout le monde était desservi à Kinshasa au grand bonheur des abonnés. A la fin de cette période, nous avons sorti le G25 du réseau pour entretien. Aujourd’hui, nous sommes à 390 mégawatts à 450 mégawatts », a expliqué Teddy Lwamba.
Dès lors, il faut envisager les solutions alternatives d’urgence dont le plus classique c’était de faire du photovoltaïque. Mais, il faut six à 12 mois pour le réaliser. « En observant la tendance de consommation des pays africains, il y a un opérateur turc, Karpowership, qui construit ses propres centrales qui sont des centrales flottantes qui permettent de servir cette solution au Ghana. Le Ghana a intégré 60% de sa production via ces centrales flottantes impactant l’essor du secteur de l’or. Même chose est appliquée au Nigeria et au Ghana. Alors, nous nous sommes dit : pourquoi pas chez nous en RDC. Nous nous sommes dit, nous allons sauter sur cette opportunité, l’amener chez nous. Bien sûr, ça nécessitera des grandes réformes pour financer cette opération parce que les coûts seront peut-être supérieurs à ceux que nous avons sur le marché », a soutenu le DG de la SNEL.
Par ailleurs, Teddy Lwamba a réitéré la nécessité d’un accompagnement de l’État, seul actionnaire de la SNEL, notamment dans l’acquisition des parcs productifs, des centrales hydrauliques et les parcs solaires.
Amédée Mwarabu
