Contre-analyse à la décision du VPM Jean-Pierre Bemba
Par Deo-Gratias Maingo Andani André (Journaliste d’investigation)
J’ai salué le courage. Maintenant je dois dénoncer l’impréparation.
La décision du Vice-Premier Ministre Bemba d’interdire les baleinières en bois à partir du 15 novembre 2026 est juridiquement défendable. Elle est socialement et économiquement suicidaire.
C’est une décision prise à Kinshasa, dans une salle climatisée, pour un peuple qui vit sur l’eau.
1. VOUS N’INTERDISEZ PAS DES BATEAUX, VOUS INTERDISEZ LA VIE DE 30 MILLIONS DE CONGOLAIS
Qui utilise les baleinières en bois ?
Ce n’est pas la FEC. Ce n’est pas le patronat de Kinshasa présent à la réunion du 7 octobre.
Ce sont :
– La maman de Mbandaka qui amène son manioc à Kinshasa
– L’élève de Lisala qui va passer son Exetat à Bumba
– Le malade de Kwamouth qui doit rejoindre l’hôpital de Bandundu
Pour eux, il n’y a pas de route. Il n’y a pas d’avion. Il n’y a QUE le fleuve. Et sur le fleuve, il n’y a QUE la baleinière en bois.
En interdisant la baleinière sans avoir mis une seule péniche métallique à l’eau, vous ne sécurisez pas leur voyage. Vous leur interdisez de voyager. Vous les assignez à résidence dans l’enclavement.
2. LE CHIFFRE QUI TUE VOTRE DÉCISION : 37 JOURS POUR 20 ANS DE RETARD
Vous donnez 37 jours aux armateurs pour se transformer.
Savez-vous combien coûte une péniche métallique de 100 tonnes homologuée ?
Minimum 120.000 dollars.
Savez-vous combien gagne un armateur de l’Équateur par mois avec sa baleinière en bois ? *400 à 600 dollars.*
Même s’il vend sa maison, il ne peut pas acheter votre péniche.
Vous dites « aucun moratoire ne sera accordé ». C’est une phrase de chef de guerre, pas d’un gestionnaire.
Un vrai réformateur aurait dit :
« À partir du 15 novembre, toute nouvelle construction en bois est interdite. Pour l’existant, 24 mois de transition avec subvention du FPI et crédit à 5% via la BCDC. »
Là, c’était une réforme. Ce que vous avez fait, c’est une amputation.
3. VOUS AVEZ RÉUNI LA FEC, MAIS PAS LES VRAIS ARMATEURS
Regardez la photo de votre réunion du 7 octobre. Qui est autour de la table ? Des costards-cravates de la FEC.
Où sont les représentants des armateurs de Bolobo, de Mushie, de Kongolo ? Ceux qui ont les mains caleuses à force de réparer leurs baleinières ? Ils n’étaient pas là. Ils n’ont jamais été consultés.
Vous avez décidé pour eux, sans eux. C’est la recette exacte d’une révolte fluviale.
4. LE RISQUE IMMÉDIAT : LE PRIX DU TRANSPORT VA EXPLOSER ET L’INSÉCURITÉ VA AUGMENTER
Que va-t-il se passer le 16 novembre ?
Les 80% de baleinières en bois qui ne pourront pas se mettre aux normes ne vont pas disparaître. Elles vont devenir clandestines.
Elles vont naviguer la nuit, sans phare, sans autorisation, avec deux fois plus de surcharge pour rentabiliser le risque. Et il y aura plus de morts, pas moins.
Et pour les 20% qui resteront légales, le prix du billet Kinshasa-Mbandaka va passer de 50.000 FC à 250.000 FC. Qui peut payer ? Personne.
MA PROPOSITION : SUSPENDEZ, CORRIGEZ, ACCOMPAGNEZ.
Monsieur le VPM, votre intention est bonne. Votre méthode est brutale.
Je vous demande, au nom des populations riveraines :
1. Suspendez l’échéance du 15 novembre.
2. Ramenez-la à 24 mois avec un chronogramme clair.
3. Créez immédiatement le Fonds de Transition Fluviale avec le FPI.
4. Imposez dès maintenant, par contre, le gilet de sauvetage, le manifeste et l’interdiction de naviguer la nuit. Ça, ça ne coûte rien et ça sauve des vies demain matin.
On ne modernise pas un pays en interdisant aux pauvres de se déplacer. On le modernise en leur donnant les moyens de se déplacer mieux.
Pour l’instant, vous leur avez juste interdit de se déplacer.
Deo-Gratias Maingo Andani André
Journaliste d’investigation – Spécialiste des questions fluviales

