Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL Asbl) a publié, le 23 octobre 2026, son rapport intitulé « Lobito & Banana : perception des mécanismes de gouvernance par les citoyens ». il s’agit d’une évaluation citoyenne de la mise en œuvre des projets des corridors de Lobito-Kolwezi ainsi que Sakania-Banana initiés par le Gouvernement de la République Démocratique du Congo.
« Il ressort de cette étude que les projets des corridors de Lobito et de Banana sont bénéfiques pour les communautés locales. Le recours aux PPP pour la mise en œuvre peut constituer un levier stratégique. A ce titre, ils doivent être intégrés dans la stratégie globale de développement inclusif et durable de la RDC, à travers une vision et une stratégie dédiées », estime CREFDL dans son rapport.
Au-delà des retombées positives de la mise en place des contrats de PPP pour l’Etat et les entreprises publiques, les citoyens doivent pouvoir en tirer bénéfice, faisant du PPP non seulement un levier de financement, mais aussi et surtout un levier de développement économique, social et environnemental, soutient cette Asbl.
« La mise en place de cette stratégie permettra de garantir un recours réfléchi et justifié à ce type de contrat. Le non-respect des préalables pour la mise en œuvre des corridors et le faible débat interinstitutionnel suscitent des inquiétudes quant à l’atteinte des objectifs affichés par le Gouvernement », indique le rapport.
Pour CREFDL, le respect strict du cadre réglementaire en matière d’investissement public et l’intégration des besoins locaux dans l’écosystème faciliterait l’appropriation des projets au niveau communautaire. « Les projets de corridors Lobito et Banana en cours de mise en œuvre méritent une évaluation à mi-parcours pour intégrer des dimensions communautaires au niveau provincial et local », estime CREFDL.
Cependant, au terme des entretiens organisés dans les provinces du Lualaba, Haut-Katanga et à Kinshasa, CREFDL constate l’absence d’inclusivité dans la phase de conception des projets. Les discussions demeurent restreintes aux échanges entre le Gouvernement et ses différents partenaires (Techniques et Financiers). La participation citoyenne n’a donc pas été garantie à cette étape cruciale de réalisation desdits projets.
Pour CREFDL, cette pratique entre en contradiction avec les articles 163 et 164 du Décret portant gouvernance budgétaire en RDC. Ainsi, il s’observe l’absence d’appropriation des projets publics par les citoyens, a constaté CREFDL. A Kolwezi, 80% de personnes interrogées ont affirmé n’avoir pas d’information sur la prise en compte de leurs besoins dans le projet Lobito.
L’autre constat fait est l’insuffisance des infrastructures connexes. Les opérateurs économiques rencontrés dans les Provinces du Kasaï, Kongo Central et Haut-Katanga se montrent globalement favorables aux projets des corridors. Ils relèvent toutefois, souligne le rapport de CREFDL, quelques contraintes, notamment l’insuffisance des infrastructures connexes, les difficultés liées au climat des affaires et le faible accès à l’information.
A savoir que ces corridors constituent des « projets stratégiques » appelés à transformer durablement les dynamiques économiques et territoriales de la RDC. Le corridor Lobito, est un projet régional, qui vise notamment à renforcer les échanges entre les provinces minières du sud-est du pays et le port de Lobito en Angola, tandis que le corridor Banana ambitionne de connecter les principaux pôles économiques du pays à la façade atlantique à travers le futur port en eaux profondes de Banana.

Pour réaliser ce travail, CREFDL a effectué des visites de travail dans cinq espaces stratégiques et économiques concernés par ces corridors, à savoir les provinces du Lualaba (Kolwezi), du Haut-Katanga (Sakania), du Kasaï (Tshikapa et Ilebo), du Kongo Central (Muanda) et la ville de Kinshasa.
Cette initiative du CREFDL a reçu le soutien de National Endowment For Democracy (NED) et s’inscrit dans le cadre de la deuxième phase du projet « Monitoring de la gestion des fonds affectés aux infrastructures ».
Amédée Mwarabu
