Le gouverneur de la BCC André Wameso intervenant au Talk Makutano 2025Le gouverneur de la BCC André Wameso intervenant au Talk Makutano 2025

Devant un parterre des personnalités du monde des affaires membres du réseau Makutano, le gouverneur de la Banque centrale du Congo a échangé sur la problématique de financement de l’économie en République démocratique du Congo. André Wameso prône une structuration de l’épargne des Congolais en franc congolais pour parvenir à financer l’économie Congolaise. Mais, cela passe préalablement par le renforcement de la confiance des Congolais dans leur monnaie nationale. Bien plus, André Wameso soutient que la RDC doit s’organiser pour tirer profit et de marché boursier et de marché des capitaux, sinon cela profiterait aux économies étrangères.

En fonction depuis le 4 août dernier comme Gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso a inscrit son action dans l’objectif de la stabilisation du cadre macro-économique, le renforcement de la confiance des Congolais dans le franc congolais et la modernisation du système bancaire. Dans sa vision, le nouveau patron de la BCC veut basculer le système financier congolais vers la digitalisation, un accroissement substantiel de l’inclusion financière, et ainsi contribuer à l’amélioration du pouvoir d’achat des Congolais, au développement du marché des capitaux, et à l’amélioration du climat des affaires.

‎C’est ce même discours que le gouverneur André Wameso a réitéré lors de son intervention, le samedi 11 octobre au « Makutano Talk 2025 » organisé à Kinshasa par le réseau d’affaires Makutano, en présence des décideurs politiques, dirigeants d’entreprises, banquiers, investisseurs, représentants d’institutions régionales et internationales, ainsi que des experts du secteur financier. « Pourquoi l’argent Congolais finance-t-il tout sauf les projets en République démocratique du Congo ? Comment créer les conditions nécessaires ? Comment faire en sorte que d’ici cinq ans l’argent Congolais soit la première source du financement de l’économie congolaise ». C’est à ces questions que le patron de l’Institut d’émission a échangé avec le monde des affaires membres du réseau Makutano, des scientifiques et plusieurs personnalités de premier plan de la Finance.

Pour décortiquer ces questions, André Wameso a développé trois axes principaux : renforcer l’architecture financière en RDC, la régulation des marchés financiers en bâtissant un cadre juridique et institutionnel solide ; promouvoir un modèle innovant de financement et d’investissement incluant la digitalisation, la formalisation des acteurs et la création d’instrument adaptés au développement du pays ; développer les infrastructures et les connexions régionales afin d’intégrer progressivement notre économie aux marchés africains et modifier la profondeur de notre marché financier domestique.

Pour André Wameso, la RDC est au cœur du développement financier et doit donc  développer la confiance. Parce que la monnaie, la banque et la finance tournent autour de la confiance, au sens de la foi. Comment organisons-nous notre épargne, s’est interrogé André Wameso. L’objectif, a-t-il dit, c’est d’organiser cette épargne mais avec un besoin. « Nous devons d’abord organiser notre épargne pour qu’elle finance notre économie soit à travers les banques, soit à travers les marchés financiers ».

Prenant l’exemple de l’enveloppe salariale de l’Etat en RDC qui s’évalue actuellement à environ 400 millions de dollars par mois. Il estime que si l’on prélève 5% de cette enveloppe salariale, en termes d’épargne de retraite, on dégagerait 20 millions de dollars mensuellement, soit 240 millions de dollars par an qui pourrait financer directement l’économie. Dans l’autre exemple, André Wameso soutient qu’il faut tirer avantage de la jeunesse congolaise. Car, 70% de la population en RDC ont moins de 25 ans. De son avis, si 30 millions de jeunes travaillent et qu’ils contribuent avec 10 dollars au titre de l’épargne pour la retraite, cela dégagerait une bagatelle de 300 millions de dollars chaque mois, soit plus de 3,6 milliards de dollars par an pour financer l’économie nationale.

Dès lors, pour le gouverneur de la BCC, la création du marché boursier ne doit pas être une finalité. La finalité, selon lui, c’est organiser l’épargne des Congolais dans l’ultime objectif de financer l’économie nationale.

André Wameso a fait constater également que 90% de l’économie congolaise se font en dollar. Cependant, les banques commerciales n’ont pas accès au financement de l’institution d’émission  en  monnaie dans laquelle elles travaillent, le dollar.  Alors, en tant que Banque Centrale du Congo, le souhait, c’est de financer l’économie en franc congolais. Ici, il a réaffirmé sa détermination de rendre l’économie congolaise en franc congolais. « Moi étant que BCC, mon souhait est de pouvoir financer l’économie en franc congolais. Le premier problème reste encore le taux directeur, même s’il a été baissé à 17,5%. Donc, le  problème de financement de notre économie reste la confiance. On n’avait pas suffisamment confiance au franc. Ce qui faisait que chaque fois qu’on est payé ou on faisait une transaction, on pensait directement au dollar. Il faut redonner confiance au Franc congolais et ça c’est le rôle de la Banque centrale », a soutenu le gouverneur de la BCC.

Après son exposé, le patron de l’Institut d’émission a répondu à plusieurs questions posées par des banquiers, des miniers à ce Makutano Talk 2025. En ce qui concerne le marché boursier, André Wameso a noté que ça ne lui dérange pas du tout qu’une autorité de régulation soit créée, car de toute façon, la Banque centrale restera dans son rôle de supervision  des institutions financières en RDC. Tout aussi, André Wameso a-t-il soutenu que le marché boursier en RDC peut fonctionner avec deux monnaies : le franc congolais et le dollar américain. Cela se fait déjà dans d’autres pays.

Au sujet du raffermissement du franc congolais constaté ces dernières semaines, une question a été posée si cette appréciation va durer. André Wameso a répondu par l’affirmatif. « Je crois que oui, parce que nous ne sommes pas dans une phase d’amélioration du cours de change dans un système où tous les instruments de politique monétaire fonctionnaient. Nous sommes dans une appréciation liée à une correction d’un instrument de politique monétaire qui était défaillant. Quand cette correction va finir. Puisqu’il y a trois phases de correction : septembre, octobre et novembre 2025. Une fois qu’on aura fini de corriger, le marché va trouver un point d’équilibre. En ce moment-là, cette fois-ci, en coordination avec le gouvernement dans sa politique budgétaire, la Banque centrale va veiller à la stabilité. Mais, ici la banque centrale a corrigé un instrument de politique monétaire qui était mal ajustée et qui a occasionné une surliquidité de franc congolais sur le marché. Cette correction ponctionne de franc congolais de telle sorte qu’il y a un retour à l’équilibre qui va être déterminé par la Banque centrale et le marché quand cet instrument va finir d’être corrigé au mois de novembre. Et, c’est ça la réalité. Et cette période de stabilité, nous l’avons déjà connu de 2010 à 2015 et de 2020 à juin 2023.  Et cette stabilité est nécessaire pour donner la confiance. Quelqu’un peut investir en franc congolais, s’il sait qu’il est dans la stabilité », a expliqué André Wameso.

Le gouverneur de la Banque centrale a évoqué également durant cette rencontre le fait que les grandes entreprises rapatrient 60% de leur chiffre d’affaires mais qui disparaissent en RDC parce que selon lui, nous ne sommes pas organisés. Il a également révélé que la BCC a un projet de création d’une raffinerie d’or afin de disposer des avoirs en or.

Makutano Talk est un espace de réflexion réservé à ceux qui décident. Créé en 2015, le réseau Makutano s’érige en un espace d’échanges de haut niveau, réunissant chaque année des centaines d’acteurs économiques africains autour des enjeux de croissance, d’intégration régionale, de leadership et d’investissement sur le continent.

Amédée Mwarabu

By amedee

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