Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, a affirmé le samedi 25 octobre 2025 que l’importation d’électricité depuis l’Angola constitue une solution transitoire destinée à combler les déficits énergétiques qui freinent actuellement la performance du secteur minier en République Démocratique du Congo. Cette déclaration intervient dans un contexte de sous-capacité énergétique structurelle dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, pôles stratégiques de la production cuprifère et cobaltifère nationale.
« L’importation temporaire d’électricité de l’Angola est une mesure de transition, pas un aveu d’échec », a précisé le ministre, soulignant que les mines congolaises ne tournent actuellement qu’à 20 % de leur capacité installée, faute d’un approvisionnement énergétique suffisant.
Une stratégie d’interconnexion régionale pour pallier les déficits à court terme
L’accord d’importation d’électricité s’inscrit dans une logique d’intégration énergétique régionale promue par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), visant à renforcer les interconnexions transfrontalières entre les pays membres. Dans cette perspective, la coopération énergétique RDC–Angola répond à un double objectif : assurer la continuité des activités minières dans les zones à forte intensité électrique et stabiliser la croissance industrielle en attendant la mise en œuvre de projets nationaux de grande envergure.
Lors du Forum économique USA–RDC tenu à Washington le 14 octobre dernier, le ministre Sakombi a signé, au nom du Gouvernement congolais, un protocole d’accord avec la société Hydro-Link portant sur la construction d’une ligne de transport d’énergie entre l’Angola et la RDC, pour un montant estimé à 1,5 milliard de dollars américains. Ce projet permettra d’acheminer le surplus énergétique angolais vers les zones minières congolaises, principalement dans le corridor Kolwezi–Likasi–Lubumbashi, où la demande industrielle demeure largement supérieure à l’offre locale.
Inga, pilier de la souveraineté énergétique congolaise
Tout en insistant sur le caractère temporaire de cette importation, Aimé Molendo Sakombi a réaffirmé la centralité du projet Grand Inga dans la stratégie nationale d’électrification.
Le complexe hydroélectrique d’Inga, situé sur le fleuve Congo, demeure en effet la clé de voûte de la souveraineté énergétique du pays. Avec un potentiel théorique dépassant 40 000 MW, le développement progressif du Grand Inga devrait non seulement couvrir la demande domestique, mais aussi positionner la RDC comme exportateur net d’électricité à l’échelle continentale.
L’importation d’électricité depuis l’Angola apparaît ainsi, aux yeux du gouvernement, comme une solution d’attente rationnelle, permettant de sécuriser les besoins immédiats du secteur extractif, tout en préservant la trajectoire de long terme axée sur l’autosuffisance énergétique et la diversification de l’offre.
Un levier pour la compétitivité et la stabilité macroéconomique
Sur le plan économique, l’importation d’électricité depuis l’Angola constitue un instrument d’atténuation conjoncturelle du déficit énergétique, particulièrement dans les provinces minières du Lualaba et du Haut-Katanga. À court terme, cette mesure présente un effet stabilisateur : elle permet de sécuriser la continuité des opérations dans un secteur extractif qui génère plus de 90 % des recettes d’exportation de la RDC.
En réduisant les arrêts de production et les coûts additionnels liés à l’usage de groupes électrogènes, cette interconnexion transfrontalière pourrait améliorer la productivité et la rentabilité des entreprises minières, tout en préservant la balance des paiements grâce à une hausse des volumes exportés. Cependant, cette dépendance temporaire à une source externe d’énergie pose un dilemme de souveraineté : elle réduit la vulnérabilité à court terme mais ne résout pas le déséquilibre structurel entre la demande croissante d’électricité et les capacités nationales de production.
À moyen terme, la réussite de ce partenariat pourrait stimuler la confiance des investisseurs et renforcer l’intégration énergétique régionale au sein de la SADC. Mais elle suppose également une gouvernance rigoureuse des flux financiers et techniques pour éviter que les coûts de l’importation ne deviennent une charge quasi permanente sur le budget ou sur la compétitivité des entreprises locales.
Vers une transition énergétique concertée, mais sous conditions
La démarche du Gouvernement s’inscrit dans une logique de transition pragmatique : importer pour stabiliser aujourd’hui, tout en consolidant demain les infrastructures nationales de génération, de transport et de distribution. Cette approche graduelle traduit une vision réaliste de l’ajustement énergétique, dans un contexte marqué par la forte intensité énergétique du secteur minier et la croissance rapide de la demande intérieure.
Néanmoins, l’efficacité de cette transition dépendra de la vitesse d’exécution des projets structurants, tels que le Grand Inga, la réhabilitation des barrages existants et la diversification du mix énergétique. Sans progrès concret sur ces chantiers, l’importation d’électricité risque de devenir une solution de confort budgétaire plutôt qu’un instrument de transformation structurelle.
La politique énergétique de la RDC se trouve ainsi à un carrefour stratégique : soit elle transforme cette phase d’interdépendance régionale en tremplin vers la souveraineté énergétique, soit elle s’enlise dans une dépendance prolongée qui limiterait sa compétitivité à long terme. L’enjeu n’est donc pas seulement technique, mais profondément économique et institutionnel : il s’agit de savoir si la RDC parviendra à convertir sa richesse hydrique en capital énergétique autonome au service de son industrialisation.
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