Par Prof. Laurent Muzinga

La récente divergence publique entre la Banque Centrale du Congo (BCC) et le Ministère des Finances autour de l’impact de l’appréciation du franc congolais expose un malaise institutionnel rarement avoué, mais lourd de conséquences. Au moment où l’économie congolaise traverse une phase de tension monétaire et où les exigences du FMI appellent une cohérence irréprochable, deux institutions centrales livrent des lectures opposées d’une même réalité économique. Cette dissonance mérite attention, non seulement pour ce qu’elle dit des chiffres, mais aussi pour ce qu’elle révèle du fonctionnement de l’État.

D’un côté, la Banque Centrale assure que l’appréciation du franc congolais n’a pas compromis les recettes publiques. Elle avance même que les réalisations du mois de novembre 2025 ont dépassé les prévisions, témoignant, selon elle, de la résilience des régies financières. De l’autre côté, le Ministère des Finances conteste fermement cette conclusion, soulignant que l’analyse de la BCC repose sur des données cumulées, incluant des avances fiscales. Cette méthode, affirme-t-il, masque les contre-performances mensuelles réelles.

C’est précisément ici que les données d’ISYS-REGIES, système intégré de suivi des régies financières, deviennent cruciales. Pour la période du 1er au 30 novembre 2025, la Direction Générale des Impôts affichait des prévisions de 1,936 milliards CDF, contre des réalisations de seulement 1, 673 milliards. Le déficit de près de 262 milliards CDF invalide clairement la thèse d’un dépassement des objectifs. Contrairement à la lecture optimiste de la BCC, les régies n’ont pas atteint les recettes attendues, et les chiffres bruts du système le démontrent sans ambiguïté.

Cette contradiction pose un problème qui dépasse la simple querelle technique. Elle projette l’image d’un appareil économique mal coordonné, où deux institutions clés parlent chacune son propre langage statistique. Pour les partenaires internationaux, et particulièrement pour le FMI, une telle cacophonie peut être interprétée comme un signe de fragilité systémique. Pour les opérateurs économiques, elle alimente l’incertitude. Et pour la population, déjà éprouvée par la volatilité du pouvoir d’achat, elle renforce l’impression d’une gouvernance opaque ou hésitante.

Dans ce contexte, la question « Qui dit vrai ? » importe moins que la nécessité d’une communication unifiée, transparente et rigoureuse. Les chiffres, lorsqu’ils sont contradictoires, affaiblissent non seulement la crédibilité individuelle des institutions, mais aussi la confiance collective dans la capacité de l’État à piloter l’économie. L’épisode Wameso–Fwamba rappelle ainsi une vérité simple : dans un pays confronté à des défis monétaires et budgétaires majeurs, la cohésion institutionnelle n’est pas une option, mais une exigence fondamentale.

By amedee

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