Dans un monde marqué par une crise climatique sans précédent, la mutation énergétique s’avère essentielle dans l’objectif porté sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de limiter la propagation du réchauffement climatique causant déjà plusieurs dégâts dans plusieurs contrées du monde. Les États adoptent des stratégies de décarbonation, réforment leurs politiques énergétiques et fixent des objectifs de neutralité carbone, ce qui transforme profondément la structure des systèmes énergétiques.
La transition énergétique s’appuie sur des technologies intensives en minéraux critiques, tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre, les terres rares et tant d’autres. Ces matières premières sont indispensables pour fabriquer les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, les véhicules électriques et les réseaux modernes. La géopolitique de l’énergie se déplace ainsi du pétrole et du gaz vers les chaînes de valeur minières, transformant les rapports de force entre États.
En effet, la capacité d’un État à contrôler l’accès à des minéraux critiques (dont une grande partie constitue aujourd’hui le socle technologique de la transition énergétique, tandis que d’autres y jouent un rôle complémentaire) confère à ce dernier une influence déterminante dans la reconfiguration actuelle de l’ordre économique mondial. C’est dans cette optique que nous présentons, ci-après, les principaux pays producteurs des 25 minéraux identifiés comme structurants pour la mutation énergétique, selon les données publiées en décembre 2024 par White & Case LLP.
1. La domination écrasante de la Chine
La Chine domine la production d’au moins 15 minéraux et groupes de minéraux critiques, notamment le gallium (98,7 %), le magnésium (95 %), le tungstène (82,7 %) et les terres rares (69,2 %). Ces matériaux sont essentiels pour l’énergie propre, la défense et l’électronique. En plus d’être le principal producteur, le pays contrôle également une grande partie de la capacité de raffinage de nombreux de ces minéraux, la chine contrôle à ce jour entre 60 % et 90 % de la capacité de raffinage mondiale. Par exemple, environ 90 % des terres rares sont raffinées en Chine.
Ce monopole est d’ailleurs devenu une préoccupation majeure pour d’autres nations, à tel point que l’administration Trump s’est sentie obligée d’accroître la production nationale de ces matériaux, donnant ainsi naissance à des tensions commerciales féroces entre ces deux concurrents en quête du leadership technologique mondial.
2. Spécialisations régionales au-delà de la Chine
Bien que la Chine conserve une position dominante dans la production et le raffinage des minéraux critiques, plusieurs autres pays jouent un rôle stratégique dans certains segments spécifiques. Le Brésil se distingue par sa production de niobium, assurant près de 91 % de l’offre mondiale, un minerai essentiel pour la fabrication d’aciers à haute résistance utilisés dans les pipelines et les moteurs d’avions. La République Démocratique du Congo occupe une place centrale pour le cobalt et le tantale, détenant respectivement 75,9 % et 41,9 % de la production mondiale, ces minéraux étant indispensables aux batteries et à l’industrie microélectronique. Quant à l’Afrique du Sud, elle fournit 70,6 % du platine mondial et près de la moitié de l’ensemble du chrome, contribuant ainsi de manière significative aux secteurs automobile, chimique et énergétique.
Dans le même temps, l’Australie, les États-Unis et d’autres nations occidentales cherchent à diversifier la production afin de réduire leur dépendance aux matériaux chinois. L’Australie est désormais le premier producteur mondial de lithium, avec une part de 36,7 %, soutenant ainsi les chaînes d’approvisionnement en véhicules électriques hors de Chine. Les États-Unis restent le principal producteur mondial de béryllium, assurant la moitié de l’offre totale. Malgré ces efforts, la dépendance globale à la Chine demeure élevée, soulignant la concentration stratégique des ressources minérales critiques à l’échelle mondial.

3. Perspectives pour la République Démocratique du Congo
La République Démocratique du Congo, dotée d’importantes réserves de cobalt et de tantale, occupe une place stratégique dans la transition énergétique mondiale. Toutefois, l’absence de raffineries conduit à l’exportation de minerais bruts, limitant la création de valeur locale et renforçant la dépendance vis-à-vis des capacités de transformation étrangères.
Pour renforcer sa position, plusieurs orientations sont envisageables : développer des unités locales de traitement afin de capter davantage de valeur ajoutée ; améliorer les normes ESG pour attirer des investissements responsables ; promouvoir des partenariats régionaux et internationaux afin d’accroître son pouvoir de négociation ; et diversifier l’exploitation vers d’autres minéraux critiques comme le nickel, le cuivre, le lithium et le manganèse.
Congo Challenge N°103
