Félix Tshisekedi et Donald Trump à la maison blanche, le 4 décembre 2025Félix Tshisekedi et Donald Trump à la maison blanche, le 4 décembre 2025
Avec un regard lucide, on peut juger naïf le fait de croire que la RDC serait uniquement en guerre contre le Rwanda. Certes, il y a bien une force en face qui met notre pays en difficulté depuis plus de trois décennies, mais selon notre lecture, il ne s’agirait pas seulement du Rwanda, plutôt d’intérêts et de dispositifs plus larges qui dépassent le cadre strictement régional.
Cette réalité serait, pour ainsi dire, prisonnière d’un récit officiel, et les accords conclus à Washington contribueraient encore davantage à l’éloigner de la perception réelle. L’ordre international fonctionne souvent sur des narratifs dominants qui finissent par masquer certaines réalités. Ainsi, la puissance comme la faiblesse des États relèveraient aussi beaucoup de l’image projetée et entretenue sur la scène mondiale.
En définitive, aucune nation n’est toute-puissante. Quelle que soit sa force, elle reste limitée dans un monde où plusieurs pays disposent de capacités technologiques et militaires majeures. Les rapports de force seraient donc aussi des constructions d’image et d’influence. De la même manière, la faiblesse prêtée à certains États résulterait en partie de ces mêmes mécanismes de fausse perception.
Dans cette optique, le Rwanda n’est pas intrinsèquement plus fort que la RDC ni détenteur de l’armée la plus puissante du continent. Cette perception s’inscrirait plutôt dans un ordre mondial façonné par de grandes puissances, où l’on voudrait voir un Congo présenté comme faible face à un Rwanda présenté comme fort.
D’après notre lecture, c’est en dévoilant les logiques cachées, les soutiens et les mécanismes d’influence que l’on pourrait réduire l’avantage de l’adversaire. Tant que l’analyse de la cible reste incomplète, la conduite de la guerre ou des accords pour la paix devient inadaptée.
La communauté internationale, à travers certains canaux neutres, a laissé parfois filtrer des informations importantes au sujet du conflit à l’est de notre pays, auxquelles l’opinion prête peu d’attention.
En effet, on peut ainsi rappelé que le Secrétaire général de l’ONU avait évoqué une force combattante disposant de moyens humains et matériels supérieurs à ceux de la MONUSCO et des FARDC réunies, sans pour autant désigner explicitement l’armée rwandaise ni l’armée en question.
De même, Kengo wa Dondo avait déclaré, lors d’une interview, connaître les véritables instigateurs du chaos dans la région des Grands Lacs, sans toutefois les citer nommément. Malgré la portée de tels propos, peu de débats ont cherché à approfondir ou clarifier ces affirmations. Il en va sans dire que certains sujets restent sensibles dans l’ordre international actuel, où la dénonciation directe de certaines puissances pourrait exposer à des pressions diplomatiques ou politiques.
Certains analystes attirent aussi l’attention sur les classements internationaux des armées africaines, où la place du Rwanda ne correspond pas toujours à l’image de puissance militaire qui lui est souvent attribuée dans les discours régionaux. Pour ces analystes donc, cela montrerait que la perception de la force d’un pays relève autant de la communication stratégique que des capacités réelles.
Même si l’approche anthropologique contemporaine explique surtout la performance militaire ou politique d’un État par l’organisation, la formation, les ressources, le leadership et les alliances, certains estiment qu’il ne faut pas négliger les facteurs socioculturels et historiques propres aux peuples africains.
Les Nilotiques, traditionnellement tournés vers l’élevage pastoral, ont développé un mode de vie marqué par la gestion attentive du cheptel et des ressources disponibles. Ce mode de vie, façonné par un rythme de croissance mesuré et des ressources souvent limitées, favoriserait chez eux des qualités de rigueur, de discipline et de gestion. Leur priorité historique ayant été la préservation des moyens de subsistance, ils auraient moins été engagés dans des logiques de conquête territoriale comparables à celles observées chez d’autres groupes. Certains observateurs soulignent d’ailleurs que la présence de populations nilotiques dans d’autres pays ne s’est pas nécessairement traduite par une puissance étatique comparable à celle attribuée au Rwanda.
Par ailleurs, il est parfois avancé que le président Kagame lui-même, à certains moments de forte pression internationale, a reconnu que son pays se trouvait dans une position d’intermédiaire au sein de dynamiques géopolitiques plus larges. Selon cette interprétation, ne disposant pas toujours de marges de manœuvre suffisantes pour résoudre durablement le conflit avec la RDC, son pays n’a cherché qu’à tirer parti des opportunités offertes par le contexte international, tout en mettant en avant des enjeux sécuritaires liés à la poursuite éperdument des militaires rwandais déjà affaiblis entrés en RDC depuis les années 1990. Cette raison est fallacieuse mais elle tient parce qu’elle est devenue la raison du plus fort.
Sans une remise en cause de l’ordre mondial dominé par les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, certains pensent que l’évolution de la situation du Congo restera largement tributaire des choix politiques américains. Les accords conclus à Washington soulèvent alors des interrogations :
Si les mêmes puissances ont, directement ou indirectement, contribué aux difficultés de notre pays, peuvent-elles aujourd’hui en devenir les artisans du développement, surtout si celui-ci s’inscrit dans une logique d’accès privilégié aux ressources minières congolaises ? La question demeure également de savoir si un développement durable peut venir de l’extérieur ou s’il doit avant tout reposer sur la capacité des dirigeants nationaux à assumer pleinement leurs responsabilités.
Luc Alouma

By amedee

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