Luc AloumaLuc Alouma
La politique congolaise semble souffrir d’un mal récurrent : la primauté du sommet sur la base, de l’image sur la substance, du contact diplomatique sur la transformation concrète. L’énergie déployée pour vendre à l’extérieur l’image d’un pays attractif et prometteur contraste souvent avec la faiblesse des résultats tangibles à l’intérieur. À cela s’ajoute une hospitalité parfois naïve dans les relations internationales, ainsi qu’une tendance à transposer un sentiment chrétien dans la conduite des affaires de l’État — héritage qui rappelle, sous certains aspects, les mécanismes d’aliénation religieuse de l’époque coloniale.
Chaque jour, les médias relayent un flux massif d’informations destinées à valoriser cette orientation : annonces, signatures d’accords, visites officielles, promesses d’investissements. Mais trop souvent, ces annonces se traduisent par des louanges d’intentions plutôt que par des démonstrations de réalisations. On célèbre ce que l’on souhaite faire sans exposer clairement les mécanismes pour y parvenir, ni les résultats obtenus.
La science et le savoir théorique sont fréquemment convoqués pour donner une cohérence intellectuelle à ces discours. Pourtant, cette science, abondamment citée, demeure silencieuse lorsqu’il s’agit de passer à l’action. Or, la science n’est pas un ornement rhétorique destiné à persuader ou à séduire l’opinion ; elle est un ensemble d’outils empiriques, forgés par la raison, pour comprendre le réel, maîtriser les processus et produire des résultats mesurables. Lorsqu’elle devient un simple instrument de discours, elle perd sa vocation émancipatrice.
Dans de nombreux contextes africains, on observe ainsi une instrumentalisation du langage scientifique à des fins de légitimation politique, plutôt qu’un usage effectif de la méthode scientifique pour résoudre les problèmes structurels. Cette dérive entretient un cercle vicieux : on multiplie les concepts, les plans, les stratégies, mais l’impact concret reste limité. Persévérer dans l’erreur, lorsqu’elle est structurelle, revient à en accepter les conséquences.
La question se pose alors : pourquoi investir autant de ressources financières et symboliques dans le soin de l’image, lorsque les acteurs eux-mêmes connaissent les limites, voire l’écart entre le discours et la réalité ? Où se situe le patriotisme véritable : dans la communication externe ou dans la transformation interne ?
Si le développement dépendait uniquement des contacts diplomatiques, des forums d’affaires et des promesses d’investissements, la RDC figurerait parmi les nations les plus développées. Les rencontres avec des investisseurs se succèdent, les annonces abondent, mais les réalisations concrètes tardent. L’expérience vécue personnellement de l’époque des « cinq chantiers » illustre ce décalage : des étrangers présentés comme officiels chinois, des images diffusées à grande échelle, puis, arrivé en chine lors d’une mission officielle, des démentis ont été fait par les officiels du gouvernement chinois sur la réalité de ces engagements. Situation étrange et embarrassante pour moi à qui les officiels congolais avaient présenté ces chinois comme venus dans le cadre de coopération bilatérale. En chine, on nous exhorta de faire très attention sur certains de leurs ressortissants qu’on présente à Kinshasa comme venant au nom du gouvernement chinois. Mettre en scène des partenariats sans base solide ou pour amadouer le peuple peut, à terme, nuire à la crédibilité du pays ou provoquer la colère de la population.
À l’inverse, certains pays comme la Bourkinafaso font le choix d’une relative discrétion diplomatique pour se concentrer sur leurs défis internes : sécurité, gouvernance, production, cohésion sociale. Même lorsque leurs relations extérieures sont limitées ou tendues, ils cherchent à produire des résultats visibles pour leurs populations. Cette focalisation interne peut, paradoxalement, renforcer leur image internationale, car le prestige durable naît souvent de la performance réelle plutôt que de la communication.
La véritable alternative n’est peut-être pas entre ouverture et repli, mais entre apparence et efficacité. Un État peut entretenir des relations diplomatiques actives tout en gardant comme boussole prioritaire la résolution de ses blocages internes : infrastructures, éducation, justice, productivité, sécurité, gouvernance locale. C’est sur ces terrains que se construit la confiance des citoyens et, à long terme, celle des partenaires étrangers.
La question finale devient alors existentielle pour la nation : faut-il continuer à entretenir des illusions coûteuses ou engager, avec lucidité, un travail patient de transformation ? Le développement n’est pas un spectacle, mais un processus cumulatif d’actions concrètes, d’évaluations honnêtes et de corrections permanentes. C’est peut-être en acceptant de regarder nos faiblesses en face que nous pourrons enfin bâtir une force durable.
Luc Alouma M.

By amedee

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