Par Franklin Mpoto Iyango
Économiste et Promoteur du Bureau d’Etudes : Congo Consulting Group (Kinshasa, RDC)
Email : mpotiyang69@gmail.com | ORCID : 0009-0004-1557-8064
RÉSUMÉ
Cet article analyse les fondements institutionnels de la persistance du sous-développement en République Démocratique du Congo (RDC) sur la période 1965–2025 à travers le concept d’« économie de la médiocrité ». Il soutient que les faibles performances observées dans l’administration publique, les entreprises d’État et la gouvernance économique résultent moins d’un déficit généralisé de compétences que de structures d’incitations qui récompensent la médiocrité et pénalisent l’excellence.
Dans le prolongement de North (1990), l’article formalise un mécanisme causal circulaire : institutions → incitations → comportements → sélection des élites → performance → reproduction institutionnelle. Une modélisation stylisée inspirée de la théorie des jeux montre qu’en contexte de capture institutionnelle et d’absence de sanctions crédibles, la médiocrité peut se stabiliser comme un équilibre de Nash, bien que Pareto-sous-optimal (Nash, 1950 ; Pareto, 1906).
L’analyse met en évidence la continuité de ces mécanismes à travers plusieurs séquences politiques congolaises, suggérant que les alternances de régime ont peu modifié les règles effectives du jeu. Enfin, l’article esquisse un cadre de sortie de trappe fondé sur la transformation crédible des incitations, l’automatisation des procédures et la crédibilisation des sanctions.
Mots-clés : trappes institutionnelles ; incitations perverses ; capture institutionnelle ; sélection des élites ; performance de l’État ; États fragiles ; République Démocratique du Congo.
Codes JEL : D72, D73, H11, O17, O43, P48.
1. INTRODUCTION
La persistance du sous-développement dans les pays riches en ressources naturelles constitue l’un des paradoxes centraux de l’économie du développement. Une littérature abondante met en évidence que l’abondance de ressources peut être associée à des trajectoires de croissance plus faibles, notamment en raison de la formation de rentes, de l’affaiblissement des institutions et de la capture des politiques publiques (Auty, 2001 ; Sachs & Warner, 2001). Ce phénomène, fréquemment désigné comme « malédiction des ressources », souligne que la dotation factorielle initiale ne garantit pas, en elle-même, une trajectoire de développement soutenable.
La République Démocratique du Congo illustre de manière particulièrement frappante ce paradoxe. Dotée d’importantes ressources minières, forestières et hydroélectriques, elle demeure enfermée, sur la période 1965–2025, dans une trajectoire caractérisée par une stagnation structurelle des indicateurs économiques et institutionnels. Les explications couramment avancées mobilisent l’insuffisance de capital humain, l’instabilité politique, les conflits armés et la faiblesse des capacités administratives. Si ces facteurs présentent une pertinence empirique, ils n’expliquent pas entièrement la stabilité des mauvaises performances sur une période marquée par plusieurs changements de régimes politiques, de cadres constitutionnels et de stratégies officielles de réforme.
Les approches institutionnalistes ont établi que les institutions constituent des déterminants fondamentaux de la performance économique de long terme. North (1990) définit les institutions comme l’ensemble des règles formelles et informelles qui structurent les interactions humaines, tandis qu’Acemoglu, Johnson et Robinson (2001) montrent empiriquement que les différences institutionnelles expliquent une part substantielle des écarts de développement observés entre pays. Toutefois, une question demeure largement ouverte : pourquoi des institutions manifestement inefficaces persistent-elles, alors même qu’elles génèrent des pertes considérables de bien-être collectif ?
Cet article soutient que la réponse réside dans la structure des incitations. Conformément à la théorie des incitations, les comportements observés au sein des organisations dépendent moins des intentions déclarées que des récompenses et sanctions effectivement associées aux actions possibles (Laffont & Martimort, 2002). Lorsque les mécanismes de contrôle sont faibles, les sanctions improbables et les protections politiques élevées, les agents rationnels adaptent leurs stratégies en conséquence.
Dans cette perspective, l’article propose le concept d’« économie de la médiocrité », entendu comme un système institutionnel dans lequel les règles formelles et informelles rendent rationnelle, pour les acteurs, l’adoption de comportements faiblement performants, opportunistes ou clientélistes. La médiocrité n’est pas appréhendée comme une déviance marginale, mais comme un résultat systémique et prévisible des structures d’incitations en vigueur.
La médiocrité observée en République Démocratique du Congo ne constitue donc ni une anomalie transitoire ni un simple déficit de capacités individuelles. Elle correspond à un équilibre institutionnel stable résultant de l’interaction entre capture institutionnelle, aléa moral généralisé et structures d’incitations perverses. Au sens de la théorie des jeux, cet équilibre est stable dans la mesure où aucun acteur n’a intérêt à adopter unilatéralement un comportement vertueux tant que les stratégies des autres demeurent inchangées (Nash, 1950).
Cette approche s’inscrit dans le prolongement des travaux d’Acemoglu et Robinson (2012), qui montrent que les institutions extractives tendent à se reproduire lorsqu’elles servent les intérêts des élites dominantes. Elle s’en distingue toutefois en mettant au centre un mécanisme microéconomique spécifique : la sélection endogène de la médiocrité comme stratégie dominante au sein des organisations publiques et parapubliques.
L’article poursuit trois objectifs : (i) proposer une conceptualisation endogène de la médiocrité comme résultat rationnel de structures d’incitations ; (ii) formaliser ce mécanisme par un modèle stylisé inspiré de la théorie des jeux ; (iii) appliquer ce cadre à une lecture historique de long terme de la trajectoire congolaise (1965–2025).
2. CADRE THÉORIQUE
2.1. La médiocrité comme catégorie économique et institutionnelle
Dans l’usage courant, la médiocrité renvoie à un défaut individuel (manque de talent, d’effort ou de compétence). La présente étude adopte une perspective différente : la médiocrité est envisagée comme un phénomène systémique produit par des structures institutionnelles spécifiques, et non comme une caractéristique psychologique des individus.
Conformément à North (1990), les institutions définissent l’ensemble des incitations auxquelles les individus répondent. Dès lors, lorsque les règles formelles et informelles d’un système récompensent la loyauté politique davantage que la compétence technique, les individus rationnels allouent leurs ressources à l’entretien de réseaux relationnels plutôt qu’à l’accumulation de capital humain. La médiocrité devient ainsi un choix rationnel du point de vue individuel.
2.2. Rupture avec l’approche psychologisante de la médiocrité
Une part importante du discours public explique la médiocrité par des déficiences individuelles (paresse, manque de formation, insuffisance morale), conduisant à privilégier des politiques centrées sur la formation ou la sensibilisation. L’approche développée ici rompt avec cette lecture : même des individus qualifiés peuvent produire des résultats médiocres lorsqu’ils évoluent dans un environnement institutionnel qui ne récompense pas la performance, ne sanctionne pas l’échec et pénalise l’autonomie (Laffont & Martimort, 2002).
2.3. L’économie de la médiocrité comme objet scientifique
L’« économie de la médiocrité » désigne un système institutionnel dans lequel les rendements privés des comportements sont durablement déconnectés de leurs rendements sociaux. Les règles formelles existent, mais leur application est faible ; les règles informelles dominent les pratiques ; les acteurs convergent vers des stratégies de faible effort et d’opportunisme. Ce cadre rejoint les travaux sur l’économie de la rente (Krueger, 1974 ; Buchanan, Tollison, & Tullock, 1980).
2.4. Trappes institutionnelles
Une trappe institutionnelle désigne une configuration auto-renforçante de règles et de pratiques enfermant un pays dans un équilibre de faible performance. Elle présente : (i) des rendements croissants à la reproduction des mauvaises pratiques ; (ii) des coûts élevés de transition ; (iii) des bénéfices concentrés au profit de groupes spécifiques (North, 1990).
2.5. Incitations perverses
Les incitations perverses sont des signaux institutionnels encourageant des comportements socialement nuisibles. Lorsque la loyauté politique accroît davantage la probabilité de promotion que l’efficacité, il devient rationnel d’investir dans l’allégeance plutôt que dans la performance. Cette logique est cohérente avec l’analyse principal–agent (Laffont & Martimort, 2002).
2.6. Capture institutionnelle
La capture institutionnelle correspond à une orientation systématique des règles publiques au bénéfice d’intérêts privés ou de groupes dominants. Elle dépasse la corruption ponctuelle : elle affecte la conception, l’usage et l’application des institutions elles-mêmes (Acemoglu & Robinson, 2012).
2.7. Équilibre de Nash Pareto-sous-optimal
Dans un environnement capturé, si l’allégeance procure un gain individuel supérieur quelle que soit la stratégie des autres, elle devient dominante. L’ensemble des acteurs adopte alors l’allégeance, formant un équilibre de Nash (Nash, 1950). Cet équilibre peut toutefois être Pareto-sous-optimal, dans la mesure où tous seraient mieux lotis dans une situation de performance généralisée (Pareto, 1906).
3. MÉTHODOLOGIE
Cette étude adopte une approche qualitative-analytique ancrée dans l’économie politique institutionnelle, combinée à des éléments de théorie des jeux et d’analyse historique comparative. L’objectif n’est pas d’estimer un effet causal ponctuel, mais d’identifier les mécanismes structurels expliquant la persistance de la médiocrité comme équilibre institutionnel sur longue période.
3.1. Approche générale
L’analyse repose sur trois piliers : (i) une analyse historique institutionnelle (1965–2025) ; (ii) un raisonnement théorique déductif fondé sur une modélisation stylisée ; (iii) une triangulation à partir d’indicateurs secondaires de gouvernance et de performance.
3.2. Analyse historique institutionnelle
L’analyse vise à retracer (i) l’évolution des règles formelles ; (ii) la stabilité relative des règles informelles ; (iii) les continuités de sélection des élites. La période est structurée en trois séquences : 1965–1997 ; 1997–2018 ; 2019–2025.
3.3. Raisonnement mécanisme-centré (process tracing)
3.3.1. Diagramme causal à double boucle
La dynamique est synthétisée dans la Figure 1 (boucle de médiocrité R1 et cercle vertueux R2).
3.3.2. Variables médiatrices
Les transmissions entre les blocs sont médiatisées notamment par : crédibilité des sanctions, rendement attendu de la rente, transparence, confiance organisationnelle, capacité managériale des élites, sécurité des droits et des contrats.
3.3.3. Chaîne causale synthétique
Institutions → sanctions crédibles et transparence → incitations (rente vs mérite) → comportements (opportunisme vs effort) → filtre de sélection (loyauté vs compétence) → capacité des élites → performance → confiance et légitimité → reproduction institutionnelle.
3.4. Modélisation stylisée
Le modèle vise à clarifier la logique stratégique (Nash, 1950). Chaque acteur choisit entre P (performance) et A (allégeance). Dans un régime capturé, l’hypothèse centrale est : u(A) > u(P). La matrice des gains est présentée au Tableau 1.
3.5. Sources de données
Indicateurs internationaux de gouvernance et corruption, rapports Article IV / Selected Issues du FMI, statistiques de la Banque mondiale, littérature académique.
3.6. Limites
Absence d’estimation économétrique causale, dépendance à des indicateurs agrégés imparfaits, risque de généralisation excessive.
4. GENÈSE HISTORIQUE DE LA MÉDIOCRITÉ INSTITUTIONNELLE (1965–2025)
Cette section montre que, malgré des transformations apparentes de régimes politiques, les structures d’incitations fondamentales demeurent remarquablement stables. Les formes institutionnelles évoluent, mais les règles effectives du jeu, au sens des gains associés aux comportements, connaissent une forte continuité.
4.1. Centralisation autoritaire et loyauté comme capital politique (1965–1997)
À partir de 1965, l’État congolais se caractérise par une centralisation poussée du pouvoir et une personnalisation marquée de l’autorité politique. Les nominations aux postes administratifs et économiques reposent principalement sur des critères de loyauté politique plutôt que sur des critères de compétence technique.
La confusion entre fonctions publiques et fidélité personnelle constitue un trait structurant du système. Les travaux de Nzongola-Ntalaja (2002) et de Ndaywel è Nziem (1998) montrent que l’État zaïrois fonctionne largement comme un instrument de redistribution politique, davantage que comme une bureaucratie rationnelle au sens wébérien.
Dans ce contexte, la compétence technique devient secondaire par rapport à la loyauté. Être compétent mais autonome accroît le risque politique, tandis qu’être loyal, même faiblement performant, assure une relative sécurité de position. Il s’instaure ainsi un mécanisme précoce de sélection adverse : les profils conformistes progressent, tandis que les profils autonomes sont marginalisés.
4.2. Fragmentation du pouvoir et marchandisation des postes (1997–2018)
La chute du régime centralisé n’ouvre pas sur la constitution d’une bureaucratie professionnelle. Elle inaugure une phase de fragmentation du pouvoir caractérisée par la multiplication des centres décisionnels, la logique de coalition permanente et la monétisation informelle des fonctions publiques.
Kabemba (2008) montre que l’État congolais fonctionne largement comme un État rentier, dans lequel les postes administratifs sont perçus comme des actifs générateurs de revenus privés. Les fonctions publiques sont recherchées non pour produire des services, mais pour extraire des rentes, financer des réseaux et consolider des positions politiques.
Dans ce contexte, la performance organisationnelle devient potentiellement dangereuse. Une organisation efficace laisse des traces, facilite les contrôles et accroît la visibilité des flux. À l’inverse, la médiocrité permet de dissimuler les pratiques extractives. Elle devient une stratégie de camouflage.
4.3. Réformes déclaratives et continuité des incitations (2019–2025)
La période récente est marquée par un discours officiel de rupture, la multiplication des réformes sectorielles et l’adoption de cadres juridiques modernisés. Toutefois, les modalités effectives de nomination demeurent largement politisées, les sanctions effectives restent rares et les protections politiques persistent.
Les analyses du Fonds monétaire international soulignent que les faiblesses de gouvernance demeurent macro-critiques malgré les réformes annoncées. Les règles formelles évoluent, mais les gains associés aux comportements restent largement inchangés.
Les acteurs rationnels maintiennent donc les stratégies antérieures, ce qui conduit à une forte inertie des pratiques.
4.4. Continuités transversales
Sur l’ensemble des trois périodes, trois régularités peuvent être identifiées :
- Primauté des relations personnelles sur les règles impersonnelles ;
- Faible coût de l’incompétence ;
- Coût élevé de l’intégrité et de l’autonomie.
Ce triptyque constitue le noyau dur de la trappe institutionnelle.
4.5. Accumulation cumulative et mémoire institutionnelle
Chaque séquence historique renforce la suivante. La première installe la loyauté comme critère dominant. La deuxième transforme les postes en marchandises. La troisième normalise l’écart entre discours réformateur et pratiques effectives.
Il se constitue ainsi une mémoire institutionnelle de la médiocrité, qui façonne les anticipations des acteurs et stabilise leurs stratégies.
4.6. Hypothèse synthèse
La trajectoire congolaise ne correspond pas à une succession d’échecs indépendants, mais à la reproduction d’un même équilibre institutionnel sous des formes politiques différentes. Les changements de régime modifient les discours et les configurations formelles, mais la structure fondamentale des incitations demeure largement inchangée.
Section 5. MÉCANISME ÉCONOMIQUE DE LA MÉDIOCRITÉ
Cette section explicite la chaîne causale micro–méso–macro par laquelle les structures d’incitations produisent, reproduisent et stabilisent un régime de médiocrité généralisée.
5.1. Principe général
Les individus réagissent aux récompenses et aux sanctions associées à leurs actions. Ce principe constitue un fondement de la théorie des incitations (Laffont & Martimort, 2002). Lorsque le système institutionnel récompense la loyauté, tolère l’incompétence et pénalise l’autonomie, il oriente rationnellement les comportements vers des stratégies faiblement performantes.
La médiocrité n’est donc pas un accident organisationnel, mais un résultat prévisible des structures d’incitations.
5.2. Chaîne causale fondamentale
Le mécanisme central peut être synthétisé comme suit :
Capture institutionnelle
→ Distorsion des incitations
→ Sélection adverse des dirigeants
→ Faible performance organisationnelle
→ Normalisation de la contre-performance
→ Renforcement de la capture institutionnelle.
Chaque maillon renforce le suivant, produisant une dynamique auto-entretenue.
5.3. Capture institutionnelle et distorsion des incitations
Lorsque les institutions sont capturées, les règles sont orientées vers la protection d’intérêts particuliers, les mécanismes de contrôle sont affaiblis et les sanctions sont politiquement filtrées.
Dans ce contexte :
- L’effort productif n’accroît que faiblement les gains individuels ;
- La loyauté politique augmente fortement la probabilité d’avancement.
La structure des gains implicites favorise ainsi l’allégeance plutôt que la performance.
5.4. Distorsion des incitations et sélection adverse
Les individus orientés vers la compétence constatent que leurs investissements en capital humain ne sont pas récompensés. Deux options principales s’offrent alors à eux :
- Quitter le système ;
- Réduire l’effort et s’adapter.
Ceux qui demeurent sont progressivement plus conformistes et moins orientés vers la performance. Il s’opère ainsi un processus de sélection négative endogène, proche de la logique décrite par Akerlof (1970).
5.5. Sélection adverse et faible performance organisationnelle
Les organisations dirigées par des profils sélectionnés sur la base de la loyauté présentent des déficiences structurelles :
- Mauvaise planification ;
- Faible coordination ;
- Absence de suivi-évaluation rigoureux ;
- Tolérance à l’inefficacité.
La faible performance devient alors structurelle.
5.6. Faible performance et normalisation
Lorsque la contre-performance est généralisée, elle tend à devenir la référence implicite. Les standards s’érodent progressivement. Un service fonctionnant « partiellement » est perçu comme acceptable.
La médiocrité tend ainsi à être socialement normalisée.
5.7. Normalisation et renforcement de la capture
Une administration faiblement performante détecte mal les abus, sanctionne peu et dépend politiquement des acteurs dominants. Elle devient, de ce fait, plus facilement capturable.
Le cercle est alors refermé.
5.8. Propriétés du mécanisme
Le système décrit présente trois propriétés majeures :
- Il est auto-renforçant ;
- Il est résistant aux réformes superficielles ;
- Il est politiquement stable.
Il correspond à une trappe institutionnelle au sens de North (1990).
5.9. Implications macroéconomiques
À l’échelle agrégée, ce mécanisme se traduit par :
- Une productivité globale des facteurs durablement faible ;
- Des rendements décroissants de l’investissement public ;
- Un sous-investissement privé chronique ;
- Une faible crédibilité de l’État.
La stagnation devient ainsi rationnelle du point de vue des acteurs.
5.10. Proposition centrale
Tant que les gains relatifs associés à la loyauté demeurent supérieurs à ceux associés à la performance, toute réforme organisationnelle est mécaniquement neutralisée.
Section 6. MODÉLISATION STYLISÉE DE L’ÉCONOMIE DE LA MÉDIOCRITÉ
Cette section formalise le mécanisme présenté précédemment à l’aide d’un modèle minimaliste inspiré de la théorie des jeux non coopératifs. L’objectif n’est pas de produire des prédictions quantitatives, mais de clarifier la logique stratégique sous-jacente à la reproduction de la médiocrité.
6.1. Acteurs
Le modèle considère un grand nombre d’agents homogènes ex ante, représentant des agents publics ou des dirigeants d’organisations publiques.
6.2. Stratégies
Chaque agent choisit entre deux stratégies :
- P (Performance) : effort élevé, compétence technique, intégrité ;
- A (Allégeance) : loyauté politique, opportunisme, recherche de rente.
6.3. Hypothèse de gains
Dans un environnement institutionnel capturé, la structure des gains vérifie : u(A) > u(P)
Autrement dit, le rendement privé attendu de l’allégeance excède celui de la performance.
6.4. Jeu symétrique
Le jeu est représenté sous forme normale par la matrice suivante :

6.5. Équilibre de Nash
Pour chaque joueur :
- Si l’autre joueur choisit P, la stratégie A procure un gain supérieur (4 > 3) ;
- Si l’autre joueur choisit A, la stratégie A procure également un gain supérieur (1 > 0).
La stratégie A est donc dominante pour chaque joueur. L’issue (A , A) constitue l’unique équilibre de Nash du jeu (Nash, 1950).
6.6. Caractère Pareto-sous-optimal
L’issue (P , P) serait préférable pour les deux joueurs, car elle procure des gains supérieurs à chacun. Elle est donc Pareto-dominante. L’équilibre observé (A , A) est, en revanche, Pareto-sous-optimal (Pareto, 1906).
6.7. Interprétation institutionnelle
L’équilibre (A , A) correspond à :
- Allégeance généralisée ;
- Effort minimal ;
- Médiocrité systémique.
À l’inverse, l’issue (P , P) correspondrait à :
- Méritocratie ;
- Bureaucratie professionnelle ;
- Haute performance organisationnelle.
6.8. Extension dynamique
Les agents observent que la stratégie A procure systématiquement des gains supérieurs et adoptent progressivement cette stratégie. Les nouveaux entrants imitent les comportements dominants. La proportion d’agents choisissant P tend alors vers zéro.
6.9. Verrouillage de l’équilibre
La sortie de l’équilibre (A , A) exige une modification crédible de la structure des gains, notamment par :
- Des sanctions automatiques en cas d’allégeance opportuniste ;
- Une protection institutionnelle des agents performants ;
- Une augmentation visible des rendements associés à la performance.
6.10. Résultat clé
La médiocrité apparaît comme :
- Stratégiquement rationnelle ;
- Logiquement cohérente ;
- Institutionnellement produite.
Section 7. CONSÉQUENCES MACROÉCONOMIQUES DE L’ÉCONOMIE DE LA MÉDIOCRITÉ
Cette section montre comment un équilibre microéconomique fondé sur l’allégeance et le faible effort se traduit par une contre-performance macroéconomique persistante.
7.1. Faible productivité globale des facteurs
Dans un système où l’effort n’est pas récompensé, l’innovation n’est pas protégée et la compétence n’est pas valorisée, les organisations publiques et privées opèrent durablement en deçà de la frontière technologique. Conformément à North (1990), l’absence d’incitations appropriées réduit l’efficacité de l’allocation des facteurs.
Il en résulte une productivité globale des facteurs durablement faible, caractérisée par une mauvaise organisation du travail, une sous-utilisation du capital et une dégradation rapide des équipements.
7.2. Rendements décroissants de l’investissement public
Dans une économie performante, l’augmentation de l’investissement public renforce les capacités productives. Dans l’économie de la médiocrité, l’investissement public génère principalement de nouvelles opportunités de capture.
Comme le montrent Robinson, Torvik et Verdier (2006), dans des contextes de rentes, l’investissement public tend à être orienté vers des projets à forte visibilité politique mais à faible rendement social. Chaque unité additionnelle d’investissement produit alors un impact réel décroissant.
7.3. Inefficacité structurelle des entreprises publiques
Les entreprises publiques opèrent fréquemment avec des objectifs flous, des nominations politiques et l’absence de contrats de performance crédibles. Elles deviennent des instruments de redistribution politique plutôt que des unités productives.
Ce schéma, largement documenté dans les économies rentières africaines (Bayart, 1993 ; Kabemba, 2008), se traduit par des déficits structurels, une faible qualité de service et un endettement chronique.
7.4. Effet d’éviction sur l’investissement privé
L’investissement privé est contraint par l’incertitude réglementaire, les coûts informels élevés et l’imprévisibilité de la justice. Dans ce contexte, les investisseurs privilégient des activités à rotation rapide et à faible immobilisation du capital.
Persson et Tabellini (2000) montrent que l’insécurité institutionnelle réduit fortement l’investissement de long terme, freinant l’industrialisation et la diversification économique.
7.5. Faible accumulation de capital humain
Lorsque les rendements privés de l’éducation sont faibles, les agents rationnels sous-investissent dans le capital humain. Ce mécanisme est cohérent avec la théorie du capital humain et du signalement (Spence, 1973).
Il en résulte une fuite des cerveaux, une orientation vers des activités rentières et une déconnexion entre diplômes et productivité.
7.6. Expansion du secteur informel
Face à un État perçu comme prédateur plutôt que protecteur, les agents économiques se replient vers l’informalité. Celle-ci devient un substitut institutionnel, mais limite l’accès au crédit, la productivité et l’élargissement de l’assiette fiscale (Jerven, 2013).
7.7. Trappe pauvreté–médiocrité
La médiocrité institutionnelle alimente une trappe de pauvreté. Faible performance → faible croissance → faibles revenus → faible capacité de réforme → reproduction de la médiocrité.
Ce mécanisme rejoint les analyses de la pauvreté persistante dans les États fragiles (Collier, 2007).
7.8. Stabilité politique paradoxale
Malgré la contre-performance économique, le système peut demeurer politiquement stable. Les bénéfices du statu quo sont concentrés sur des groupes restreints, tandis que les coûts sont diffusés sur l’ensemble de la population (Olson, 1982).
Le mécontentement social ne se traduit donc pas mécaniquement par un changement institutionnel.
7.9. Proposition macroéconomique
L’économie de la médiocrité transforme les ressources en rentes, les investissements en opportunités de capture et les réformes en symboles.
Section 8. POURQUOI LES RÉFORMES INSTITUTIONNELLES ÉCHOUENT
Cette section explique pourquoi plusieurs décennies de réformes institutionnelles n’ont pas modifié l’équilibre décrit précédemment.
8.1. Réformes centrées sur les règles plutôt que sur les incitations
La majorité des réformes institutionnelles modifient les lois, créent de nouvelles structures et adoptent de nouveaux organigrammes, sans transformer les mécanismes de nomination, de sanction et de protection politique.
Or, comme le souligne North (1990), les règles formelles ne produisent d’effets que si elles modifient les incitations effectives auxquelles les acteurs répondent.
8.2. Neutralisation endogène des réformes
Face à une réforme, les acteurs adaptent leurs stratégies, contournent les nouvelles règles et capturent les nouvelles institutions. Le changement formel est absorbé par le système existant au lieu de le transformer.
Chabal et Daloz (1999) montrent que le désordre peut constituer un instrument politique. Les réformes deviennent ainsi compatibles avec la reproduction du statu quo.
8.3. Illusion de conformité
Les administrations produisent des plans stratégiques, des rapports et des indicateurs formels, souvent déconnectés des pratiques réelles. Il existe un écart structurel entre l’institution prescrite et l’institution effective.
Ce phénomène est cohérent avec les analyses de la gouvernance performative dans les États fragiles (Jerven, 2013).
8.4. Absence de crédibilité des sanctions
Une règle sans sanction crédible est économiquement équivalente à l’absence de règle. Lorsque la probabilité de sanction est faible et le coût politique élevé, les règles sont ignorées (Laffont & Martimort, 2002).
8.5. Capture des réformateurs
Les acteurs chargés de mettre en œuvre les réformes sont eux-mêmes soumis aux incitations du système existant. Ils sont progressivement cooptés, neutralisés ou marginalisés.
Ce mécanisme est documenté dans de nombreux contextes africains (Bayart, 1993).
8.6. Temporalité politique courte
Les bénéfices des réformes profondes sont diffus et de long terme, tandis que leurs coûts politiques sont immédiats et concentrés. Les décideurs rationnels privilégient donc des réformes symboliques (Olson, 1982).
8.7. Proposition centrale
Une réforme qui ne modifie pas les payoffs relatifs associés aux comportements est une réforme cosmétique.
8.8. Implication stratégique
La réussite d’une réforme exige :
- Une inversion crédible des gains ;
- L’automatisation des procédures ;
- La protection institutionnelle des acteurs vertueux ;
- Des sanctions rapides, visibles et non sélectives.
En l’absence de ces conditions, l’équilibre (A , A) persiste.
Section 9. CONDITIONS DE SORTIE DE LA TRAPPE INSTITUTIONNELLE DE LA MÉDIOCRITÉ
Cette section identifie les conditions nécessaires, mais non suffisantes, pour déplacer l’économie congolaise d’un équilibre de médiocrité vers un équilibre de performance.
9.1. Principe directeur
La sortie de trappe ne peut résulter ni de discours politiques, ni de l’adoption isolée de nouvelles lois, ni de la multiplication d’organigrammes. Elle exige une modification crédible des payoffs relatifs associés aux comportements.
Il s’agit, en d’autres termes, de rendre la performance individuellement plus rentable que l’allégeance.
9.2. Réalignement des incitations
Le cœur de la réforme consiste à augmenter le gain attendu associé à la performance et à réduire celui associé à l’allégeance.
Concrètement :
- Promotions conditionnées à des indicateurs vérifiables de résultats ;
- Rémunération partiellement indexée sur la performance ;
- Révocation automatique en cas de non-performance persistante.
Ces instruments relèvent de la logique des contrats incitatifs (Laffont & Martimort, 2002).
9.3. Automatisation et numérisation des procédures
L’automatisation réduit l’arbitraire humain et les possibilités de favoritisme :
- Recrutement par concours anonymisés ;
- Paiements électroniques traçables ;
- Systèmes intégrés de gestion financière.
Ces dispositifs réduisent mécaniquement les marges de capture.
9.4. Sanctions crédibles, rapides et non sélectives
Les sanctions doivent présenter trois propriétés :
- Probabilité élevée ;
- Délai court ;
- Application universelle.
Une règle sans sanction crédible est équivalente à l’absence de règle (North, 1990).
9.5. Protection institutionnelle des acteurs vertueux
Si les acteurs performants sont politiquement exposés, ils ne deviennent pas des pionniers du changement. Des dispositifs spécifiques sont nécessaires :
- Mandats protégés ;
- Statuts autonomes ;
- Mécanismes sécurisés d’alerte.
9.6. Concurrence institutionnelle
L’introduction de poches de performance (agences semi-autonomes, zones pilotes, partenariats à gouvernance renforcée) permet :
- Une démonstration de faisabilité ;
- Un apprentissage organisationnel ;
- Une pression mimétique sur les autres institutions.
9.7. Séquençage stratégique
Les réformes doivent débuter dans les fonctions transversales à forte visibilité :
- Finances publiques ;
- Douanes ;
- Marchés publics.
L’objectif est de produire rapidement des signaux crédibles.
9.8. Coalition pro-performance
Toute réforme constitue un conflit distributif. Elle nécessite une coalition minimale associant :
- Élites réformatrices ;
- Secteur privé productif ;
- Société civile.
Sans coalition, les perdants bloquent la réforme (Olson, 1965).
9.9. Résultat attendu
Si u(P) > u(A) devient crédible :
- Les acteurs imitent P ;
- La proportion de comportements performants augmente ;
- Le système bascule progressivement.
9.10. Proposition stratégique
La sortie de trappe est un processus politique de transformation des incitations, et non un simple exercice administratif.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Cet article a proposé une interprétation institutionnelle du sous-développement de long terme en République Démocratique du Congo fondée sur le concept d’« économie de la médiocrité ». Il a montré que les faibles performances observées depuis 1965 ne résultent ni principalement d’un manque de ressources, ni d’un déficit isolé de compétences, mais de l’existence d’un équilibre institutionnel stable qui rend rationnelle, pour les acteurs, l’adoption de comportements faiblement performants.
En mobilisant l’économie politique institutionnelle, la théorie des jeux et l’analyse historique, l’étude établit que la médiocrité constitue un équilibre de Nash Pareto-sous-optimal, soutenu par des incitations perverses, une capture institutionnelle et des trappes auto-renforçantes. Les différentes séquences politiques analysées apparaissent ainsi moins comme des ruptures que comme des variations autour d’un même noyau d’incitations.
L’article explique également la récurrence des échecs de réformes institutionnelles. Celles-ci modifient les règles formelles sans transformer les payoffs relatifs qui déterminent les choix individuels. Dans ce contexte, les réformes sont neutralisées, capturées ou vidées de leur substance.
La principale implication normative est que toute stratégie crédible de développement en République Démocratique du Congo doit être conçue comme une stratégie de transformation des incitations. Il ne s’agit pas seulement de produire des institutions sur le papier, mais de rendre la performance plus rentable que l’allégeance, l’intégrité plus sûre que la loyauté politique et l’effort plus payant que l’opportunisme.
Sur le plan scientifique, l’article contribue à la littérature en proposant une conceptualisation endogène de la médiocrité comme résultat rationnel d’équilibres institutionnels, et non comme déviance culturelle ou accident historique. Ce cadre analytique est exportable à d’autres contextes de fragilité institutionnelle et ouvre des perspectives de recherche empirique sur la mesure des structures d’incitations et leur évolution.
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Tableau 1
Tableau 1. Matrice stylisée des gains : performance (P) vs allégeance (A)

Note. P = performance (effort, compétence, intégrité). A = allégeance (loyauté, opportunisme, recherche de rente). Les valeurs sont stylisées et illustrent une structure de gains où l’allégeance domine la performance en contexte de capture institutionnelle.
Note de lecture. Les gains représentent des utilités relatives. En contexte de capture institutionnelle, l’allégeance procure un rendement privé supérieur à la performance (u(A) > u(P)), ce qui rend A dominante et stabilise l’équilibre (A, A) comme équilibre de Nash, bien que Pareto-sous-optimal.
Figure 1. Diagramme causal à double boucle : trappe de médiocrité (R1) et cercle vertueux (R2)
Boucle R1 – Trappe de médiocrité (renforçante)
Institutions faibles
↓
Incitations perverses (rente, impunité, clientélisme)
↓
Comportements opportunistes (corruption, simulation, loyauté)
↓
Sélection d’élites compatibles (dociles, rentières)
↓
Faible performance (services publics, projets, résultats)
↓
Reproduction institutionnelle (normes d’impunité, contournement des règles)
↺ retour vers Institutions faibles
Boucle R2 – Cercle vertueux (renforçante)
Institutions fortes
↓
Incitations vertueuses (mérite, transparence, sanctions crédibles)
↓
Comportements productifs (effort, innovation, conformité)
↓
Sélection d’élites compétentes
↓
Haute performance
↓
Reproduction institutionnelle (crédibilité, respect des règles)
↺ retour vers Institutions fortes
Notes : R1 et R2 sont des boucles renforçantes. R1 stabilise un régime de sous-performance ; R2 décrit un mécanisme de convergence vers un équilibre de haute performance. Le passage de R1 à R2 suppose une transformation crédible des incitations (sanctions effectives, transparence et mécanismes d’automatisation).
Franklin Mpoto Iyango est économiste et chercheur, promoteur du Congo Consulting Group (Kinshasa, RDC). Ses travaux portent sur l’économie institutionnelle, les structures d’incitations, les trappes institutionnelles et la performance de l’État. Ses recherches actuelles analysent l’économie de la médiocrité dans les États fragiles.
Email : mpotiyang69@gmail.com | ORCID : 0009-0004-1557-8064
