Du maïs. Photo d'illustrationDu maïs. Photo d'illustration

Par Kiki Kienge 

« La RDC avance comme un navire plein d’or, sans destination, pendant que ceux qui le dirigent s’enivrent au lieu de tenir la barre. »

La République démocratique du Congo semble enfermée dans une logique dangereusement étroite : pour ses dirigeants, n’exister aux yeux du monde que par ses minerais.

Cobalt, cuivre, lithium, coltan.

À chaque crise, à chaque sommet diplomatique, à chaque visite officielle, la même musique revient.

Des accords miniers, encore des accords miniers. Avec les États-Unis hier, les Émirats arabes unis aujourd’hui, d’autres puissances demain. Mais où sont les projets structurants pour le développement du pays lui-même ?

La question dérange, mais elle mérite d’être posée :

La RDC a-t-elle un projet de développement autre que vendre son sous-sol ?

Le piège de l’économie extractive éternelle

Signer des accords sur les minerais n’est pas en soi un crime. Tous les pays exploitent leurs ressources. Le problème, c’est l’absence totale de vision complémentaire.

Pas de transformation locale à grande échelle.

Pas d’industrialisation sérieuse.

Pas de chaînes de valeur nationales.

Résultat : la RDC exporte des richesses brutes et importe presque tout le reste, y compris ce qu’elle pourrait produire elle-même. C’est une économie coloniale sans colon, un paradoxe tragique au XXIᵉ siècle.

Le scandale du tourisme abandonné

Pendant que le Rwanda fait payer 1 500 $, l’Ouganda 800 $ pour une heure avec les gorilles et finance routes, sécurité, hôtels et image internationale, la RDC — qui possède plus de parcs nationaux, plus de biodiversité, plus de paysages spectaculaires — regarde ailleurs.

Virunga, Kahuzi-Biega, Salonga, Upemba…

Des noms mythiques, mais abandonnés politiquement.

Pas de stratégie touristique nationale crédible.

Pas d’investissements publics massifs.

Pas de diplomatie touristique.

Pourtant, le tourisme rapporte durablement, crée de l’emploi local, protège l’environnement et améliore l’image du pays. Mais il exige ce que la prédation minière évite : sécurité, planification, continuité et sérieux.

L’agriculture : la richesse ignorée

Même aveuglement pour l’agriculture. La RDC possède 80 millions d’hectares de terres arables, de l’eau en abondance, un climat exceptionnel. Elle pourrait nourrir l’Afrique centrale. Elle importe pourtant du riz, du maïs, du poulet, parfois même des légumes.

Pourquoi ?

Parce que l’agriculture ne génère pas de rétrocommissions rapides, ne se signe pas dans des hôtels de luxe à l’étranger, et demande un travail long, ingrat, structurel.

Une élite tournée vers l’extérieur

Le plus grave n’est peut-être pas l’absence de projets, mais l’orientation mentale des décideurs.

Ils négocient avec Washington, Abu Dhabi ou Pékin, mais négligent Goma, Bukavu, Kananga ou Mbandaka.

Ils parlent de milliards, mais pas de routes rurales.

De transition énergétique mondiale, mais pas d’électricité locale.

La RDC donne l’impression d’un pays administré pour l’exportation, pas pour ses citoyens.

Jusqu’à quand ?

Aucun pays ne se développe durablement en misant uniquement sur l’extraction. L’histoire est claire, brutale, répétitive.

Sans diversification, sans tourisme, sans agriculture, sans industrie, les minerais deviennent une malédiction, pas une bénédiction.

La vraie question n’est donc pas :

Avec qui la RDC signe-t-elle ses accords miniers ?

Mais plutôt :

Pourquoi ces accords ne servent-ils jamais à bâtir autre chose que d’autres mines ?

Tant que cette question restera sans réponse, la RDC restera riche sur le papier… et pauvre dans la réalité.

By amedee

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