Luc Alouma MwakobilaLuc Alouma Mwakobila

Que recherchent réellement les prélats catholiques lorsqu’ils semblent se trouver au centre des critiques politiques ? Certainement pas la conquête du pouvoir politique au sens institutionnel. S’il en était ainsi, l’Église catholique se serait engagée directement dans l’exercice du pouvoir depuis longtemps, notamment depuis l’époque du cardinal Malula. L’histoire montre au contraire une constance : l’Église catholique agit davantage sur le terrain de l’influence morale que sur celui de la gouvernance directe.

Il est important de reconnaître que l’Église catholique, comme toute institution sociale d’envergure, n’est jamais totalement neutre. Elle est insérée dans la société et réagit aux réalités qui la traversent. Toutefois, elle dispose d’un capital d’autorité morale patiemment construit à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et sociales. Une analyse politique sérieuse et objective ne peut ignorer cette dimension.

Le véritable problème ne réside donc pas dans l’existence de cette autorité morale, mais dans le déséquilibre entre pouvoir et autorité au sein de la sphère politique. Nos dirigeants peuvent détenir le pouvoir institutionnel, mais peinent parfois à incarner une autorité morale suffisamment crédible pour structurer un discours mobilisateur face à des institutions solidement établies comme l’Église catholique.

Critiques mal orientées et fragilisation du pouvoir

On observe aujourd’hui de nombreuses critiques virulentes contre les évêques catholiques, notamment de la part de certains politiciens se disant soutenir le pouvoir en place. Pourtant, ce type de posture peut paradoxalement affaiblir le pouvoir lui-même. Un pouvoir qui ne s’appuie pas sur une autorité morale forte devient vulnérable dans l’opinion publique.

Le débat cesse alors d’être institutionnel ou idéologique pour devenir opportuniste. Plusieurs acteurs politiques, parfois rejoints par des responsables religieux d’autres confessions bénéficiant de rentes politiques, adoptent des positions dictées davantage par leurs intérêts que par une vision nationale.

Deux attitudes se font face :
– Ceux qui se rapprochent de l’autorité catholique dans l’espoir d’un positionnement politique avantageux.
– Ceux qui la combattent pour préserver des privilèges menacés.

Dans les deux cas, l’objectif réel n’est pas le renforcement de l’État ni l’appui au Chef de l’État, mais la sécurisation d’intérêts personnels.

Une crise de repères plus qu’une crise d’acteurs

Le Congo souffre moins d’un déficit d’acteurs que d’un déficit de repères clairs. L’élite politique n’a pas encore réussi à formuler une boussole idéologique et éthique capable de structurer durablement l’action publique. Ce vide expose la scène politique à toutes les influences et à toutes les idéologies de passage.

D’où la nécessité de réhabiliter un leadership fort, éclairé et porteur de sens. Non pas un charisme populiste, mais un charisme de vision, capable de fédérer au-delà des clivages.

Dépasser la rivalité pour construire une synergie

Répondre aux critiques de la CENCO sur le même registre polémique revient à engager une partie d’échecs stérile où personne ne gagne réellement, et où la nation perd du temps et de l’énergie.

Ce qu’il faut, c’est une hauteur de vue guidée par une pensée stratégique supérieure, capable de dépasser les antagonismes pour proposer une direction nationale claire. Le rôle du politique est de canaliser les forces sociales, y compris religieuses, vers le progrès collectif.

Dans cette perspective, les évêques catholiques ne sont pas des ennemis du pouvoir. Ils représentent une composante influente de la société civile qu’une intelligence politique mature peut intégrer dans une dynamique constructive. Il existe des moyens intellectuels, institutionnels et politiques de transformer les tensions en synergies au service de l’intérêt national.

En définitive, je pense que la question centrale n’est pas de savoir qui détient le pouvoir ou qui critique qui, mais comment construire une autorité nationale crédible, capable de donner une direction au pays. Un pouvoir sans autorité s’expose à la contestation permanente ; une autorité sans dialogue avec le pouvoir reste limitée dans son impact.
L’avenir réside donc dans l’articulation intelligente des deux.

Luc Alouma 

loucasalouma@yahoo.fr

By amedee

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