Les mouvements annoncés de retrait des éléments de l’armée rwandaise et de l’AFC/M23 sont loin d’être considérés comme une ferme volonté de se retirer de la République démocratique du Congo. Pour des intérêts économiques certains, le Rwanda ne va pas quitter l’est de la République démocratique du Congo sans y être contraint par la pression diplomatique, politique ou militaire, a déclaré le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, lors du briefing presse le jeudi 2 avril 2026, qu’il a co-animé avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
« Le gouvernement rwandais et leurs supplétifs de l’AFC/M23 ne veulent pas quitter. S’il n’y a pas la contrainte, quelle soit diplomatique, politique ou militaire, ces gens ne vont jamais quitter », a soutenu Jean-Jacques Purusi.
D’ailleurs, dans sa récente interview accordée à Jeune Afrique cette semaine, Paul Kagame, le président rwandais, a affirmé qu’il n’entend pas lever ses mesures de défense en RDC quelle que soit la sanction.
« L’enjeu est majeur » et surtout économique, soutient Jean-Jacques Purusi qui affirme que l’est de la RDC est 14 fois plus riche que le Katanga réuni et doté des ressources naturelles stratégiques non encore exploitées.
« La province du Sud-Kivu est 14 fois plus riche que le Grand Katanga réuni en termes de minerais stratégiques », a-t-il déclaré. Selon lui, seulement 30 % des minerais sont actuellement exploités dans la province, notamment la cassitérite, le coltan, l’or et la wolframite.
Évoquant des études effectuées sur la partie est du pays, le gouverneur affirme que d’autres ressources, déjà confirmées par des échantillons, restent inexploitées, notamment le lithium, le cobalt, le cuivre, le manganèse, le pétrole, le gaz méthane ou encore le titane.
A en croire Jean-Jacques Purusi, il y aurait jusqu’à 1750 entreprises minières à capitaux chinois qui sont plongées dans l’exploitation illégale des minerais dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment à Walungu, Mwenga, Shabunda, Uvira et Fizi.
« Ces entreprises n’avaient ni bureaux, ni permis de travail, ni permis d’exploitation, ni permis de recherche. Pourtant, elles sont présentes depuis 15 à 20 ans et exploitent les minerais », a-t-il dénoncé, soutenant que ces sociétés clandestines opèrent depuis le Rwanda.
Cette exploitation illégale occasionne un manque à gagner pour l’État congolais qui serait de 7,8 millions de dollars par mois, selon le gouverneur.

Pour autant, Jean-Jacques Purusi a regretté que les réformes qu’il a commencé à implémenter ont été sapées par la guerre imposée par le Rwanda.
Alors que le Sud-Kivu ne mobilisait à peine 400.000 dollars par mois des recettes depuis des années, la mise en œuvre de ses réformes a permis, dès la première année, à enregistrer 4,8 millions de dollars de recettes par mois.
Ces réformes allaient de la bancarisation à la numérisation des services publics en passant par la mise en place d’un guichet unique, la suppression de certaines taxes jugées inutiles, la réduction de certaines taxes et l’arrestation de plusieurs exploitants illégaux.
Ainsi, le gouverneur du Sud-Kivu a appelé vivement à la restauration de l’autorité de l’État sur cette partie du pays pour lui permettre de relancer la mise en marche de la province actuellement pillée par l’armée rwandaise et la coalition AFC/M23.
Amédée Mwarabu
