La séquence politique récente au sein de l’AFDC ne saurait être réduite à une simple crise de leadership ou à une divergence circonstancielle. Elle constitue, en réalité, un moment de clarification stratégique. Le grand public a appris, ces derniers jours, la destitution de Modeste Bahati Lukwebo et la mise en place d’une transition que j’ai l’honneur de conduire. L’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC-A) traverse ainsi une crise interne majeure, marquée par la décision formelle, prise lors de la réunion des cadres du mercredi 25 mars 2026, de relever l’autorité morale de ses fonctions. J’ai été désigné coordonnateur chargé d’assurer l’intérim à la tête du parti, dans l’attente de la tenue d’un congrès appelé à redéfinir ses orientations.
Dans un contexte national exigeant, où chaque formation politique est appelée à redéfinir avec rigueur sa place dans l’architecture du pouvoir, l’AFDC amorce un recentrage profond, à la fois politique, organisationnel et doctrinal. Cette séquence impose clarté et responsabilité. À ce titre, il est de mon devoir d’articuler un certain nombre de points qui seront mis en avant dans cette phase de refondation.
La décision des cofondateurs de reprendre l’initiative ne relève pas d’un simple désaveu d’une communication médiatique mal calibrée. Elle exprime un malaise plus structurel, une insatisfaction croissante face à une gouvernance du parti perçue comme insuffisamment en phase avec les attentes du pays. Ce geste politique traduit une volonté de rétablir une cohérence entre l’identité du parti, ses ambitions initiales et les impératifs actuels de la nation.
Au-delà des individus, une vision s’impose désormais avec clarté. Celle d’un parti qui refuse de demeurer en marge des décisions structurantes. L’AFDC affirme qu’elle ne peut plus se limiter à un rôle d’accompagnement, ni se satisfaire d’une posture périphérique. Elle entend désormais contribuer pleinement à l’orientation stratégique, à la formulation des politiques publiques et à la réussite globale de l’action de l’État.Ce tournant exprime une conviction claire. L’AFDC ne peut plus être un simple appoint, elle doit devenir un acteur central de la mission du Chef de l’État.
L’AFDC est un réservoir intellectuel de la République
Depuis sa création, l’AFDC s’est construite comme un espace de convergence de compétences multiples, réunissant des profils issus de l’administration publique, du monde académique, du secteur privé et des dynamiques communautaires. Cette diversité n’est pas seulement sociologique, elle est intellectuelle. Elle permet au parti de porter une lecture nuancée des réalités nationales et de formuler des propositions ancrées dans une compréhension fine des enjeux du pays. L’AFDC a toujours disposé des ressources humaines nécessaires pour structurer une pensée politique cohérente, capable d’articuler vision, méthode et action.
Cependant, cette richesse n’a pas été pleinement valorisée. Au fil du temps, l’expression intellectuelle du parti s’est trouvée reléguée au second plan, au profit d’une logique centrée sur la conquête et la gestion des positions politiques. Cette orientation a progressivement réduit l’espace accordé à la production d’idées, à la formalisation d’une doctrine et à l’élaboration de propositions programmatiques solides. Le parti s’est ainsi privé d’un levier essentiel d’influence, alors même que ses membres disposaient des capacités pour structurer des réponses aux grandes questions nationales.
La phase actuelle impose un changement de cap assumé. L’AFDC va s’engager à remettre la production intellectuelle au cœur de son action politique. Il ne s’agit pas d’un simple repositionnement discursif, mais d’une transformation réelle du fonctionnement du parti. Les compétences internes seront mobilisées, structurées et mises en réseau afin de produire des analyses, des propositions et des orientations capables d’éclairer l’action publique. L’AFDC doit redevenir un lieu où la réflexion nourrit l’engagement, et où l’engagement se traduit par des solutions concrètes.
L’AFDC ne manque ni d’idées ni d’expertise. L’état d’esprit du précédent leadership n’a pas permis de les organiser ni d’en faire une force structurée et influente.
Une lecture lucide des défis de la RDC
La République démocratique du Congo traverse une phase de recomposition politique profonde, marquée par une exigence croissante de légitimité, de transparence et d’efficacité dans la gouvernance. Dans ce contexte, le Président de la République a été fortement sollicité sur l’ensemble des fronts, assumant à la fois la gestion des équilibres institutionnels, la réponse aux urgences sécuritaires et sociales, ainsi que la projection stratégique du pays sur la scène régionale et internationale. Cette centralité de l’action présidentielle met en lumière une réalité simple. Aucun leadership, aussi engagé soit-il, ne peut porter seul le poids des transformations attendues. Les institutions sont appelées à se renforcer non seulement dans leur fonctionnement, mais aussi dans leur capacité à inspirer confiance.
Sur le plan social, les attentes des populations demeurent élevées et légitimes. L’accès aux services de base, à l’éducation, à la santé et à l’emploi reste au cœur des préoccupations quotidiennes. Les inégalités persistantes alimentent un sentiment d’injustice qui fragilise le lien entre les citoyens et l’État. Il devient donc essentiel de repenser les politiques sociales dans une logique d’inclusion, d’équité et d’impact réel, afin de répondre concrètement aux besoins des Congolais.
La situation sécuritaire, en particulier dans la partie orientale du pays, continue de poser un défi majeur à la souveraineté nationale. Les violences récurrentes, les déplacements de populations et les ingérences extérieures compromettent la stabilité et freinent le développement. Cette réalité impose une réponse à la fois ferme, coordonnée et durable, articulant action militaire, stratégie diplomatique et reconstruction des territoires affectés.
Sur le plan économique, la RDC dispose d’un potentiel exceptionnel, reconnu bien au-delà de ses frontières. Cependant, cette richesse peine encore à se traduire en transformation structurelle et en amélioration tangible des conditions de vie. Les défis liés à la diversification de l’économie, à la valorisation des ressources et à la création d’emplois exigent des politiques ambitieuses, cohérentes et rigoureusement mises en œuvre.
La RDC est un pays aux potentialités immenses, mais confronté à des défis systémiques qui exigent des réponses politiques structurées et courageuses. Cette réalité impose à chaque force de l’Union sacrée de sortir d’une posture d’accompagnement pour devenir un véritable contributeur à l’action du Président de la République.
Révision de la Constitution, non seulement soutenir, mais orienter
Le soutien au Chef de l’État ne peut être réduit à une posture d’adhésion passive. Il implique une participation active à la réflexion stratégique, à la définition des priorités nationales et à la construction des réformes structurantes. Dans une phase aussi déterminante pour l’avenir institutionnel du pays, chaque force politique a le devoir d’apporter une contribution claire, argumentée et responsable. Soutenir, c’est aussi éclairer, proposer et parfois ajuster.
Dans le débat sur la révision constitutionnelle, l’AFDC s’inscrira dans une démarche exigeante. Le parti ne s’engagera pas dans une logique d’adhésion automatique ou de validation systématique. Il privilégiera une approche rigoureuse, fondée sur une analyse approfondie des dispositions envisagées, avec une attention particulière portée à leur cohérence et à leur pertinence dans le contexte congolais.Chaque proposition devra être examinée avec sérieux, en tenant compte de son impact sur l’équilibre des institutions, sur la stabilité politique et sur la qualité de la gouvernance démocratique. Il s’agira de garantir que toute évolution du cadre constitutionnel renforce l’État de droit, consolide les mécanismes de contrôle et contribue à une meilleure efficacité de l’action publique.
L’AFDC entend ainsi assumer pleinement son rôle de force de proposition. Le parti apportera des contributions concrètes, articulées et responsables, avec pour objectif d’enrichir les réformes et d’en assurer la solidité. Il ne s’agit pas d’accompagner mécaniquement un processus, mais de participer activement à sa réussite dans l’intérêt supérieur de la nation.
Une voix nationale engagée, notamment sur la question sécuritaire
L’AFDC est un parti profondément national, enraciné dans les réalités multiples du territoire congolais. Sa présence dans plusieurs régions du pays lui confère une compréhension directe des dynamiques locales, y compris dans les zones aujourd’hui fragilisées par les conflits. Cette implantation n’est pas seulement électorale, elle est politique et sociale. Elle impose au parti une responsabilité particulière dans la défense de l’unité nationale et dans la prise en compte des souffrances des populations affectées.
La situation dans le Nord-Est du pays, marquée par l’activisme du M23 avec le soutien du Rwanda, ne peut être relativisée ni traitée avec ambiguïté. Elle constitue une atteinte directe à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale de la République. Face à cette réalité, le silence ou la prudence excessive ne sont pas des options. Une parole politique claire, cohérente et constante s’impose, à la hauteur des enjeux et des sacrifices consentis par les populations et les forces de défense.
Dans ce contexte, l’AFDC entend mobiliser pleinement ses représentants au Parlement et au Sénat afin de porter cette exigence avec fermeté. Il s’agira non seulement d’exprimer une position politique sans équivoque, mais aussi de contribuer activement aux orientations nationales en matière de sécurité. Le parti soutiendra les efforts engagés par le Président de la République, tout en veillant à renforcer la cohérence de l’action publique, à encourager les investissements nécessaires et à maintenir une vigilance constante sur les intérêts fondamentaux du pays.
Face à toute forme de déstabilisation ou de prédation, l’AFDC est une voix forte, constante et assumée de la souveraineté nationale.
Une présence internationale assumée
L’AFDC ne se limite pas à une action strictement nationale. Dans un monde structuré par des interdépendances croissantes, les dynamiques politiques, sécuritaires et économiques dépassent largement les frontières. Le parti doit donc s’inscrire pleinement dans les réalités régionales et internationales, en comprenant les rapports de force, en anticipant les évolutions et en contribuant à positionner la République démocratique du Congo comme un acteur crédible et respecté.
Le congrès à venir constituera une étape déterminante dans cette projection. Sous ma conduite, il devra permettre de définir une feuille de route claire et structurée afin d’accompagner l’offensive diplomatique engagée par le Chef de l’État. Il s’agira de renforcer la cohérence entre les initiatives nationales et les positions défendues à l’international, en mobilisant les relais politiques, institutionnels et diasporiques capables de porter efficacement la voix du pays.
Au-delà de la dimension politique, cette ambition internationale implique également un repositionnement économique. La RDC doit apparaître non seulement comme un pays de ressources, mais comme un espace d’opportunités, de stabilité relative et de perspectives de croissance. L’AFDC entend contribuer à cette dynamique en soutenant les orientations qui renforcent l’attractivité du pays, consolident la confiance des partenaires et valorisent pleinement son potentiel.
L’AFDC entend démontrer que l’influence politique d’un parti se mesure aussi à sa capacité à porter la voix du pays au-delà de ses frontières.
Vers une refondation politique et stratégique
L’AFDC s’engage dans une phase de transformation qui dépasse largement ses enjeux internes. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement organisationnel, mais d’une refondation politique et stratégique visant à redéfinir la place du parti dans la conduite des affaires publiques. Dans un contexte national exigeant, cette évolution répond à la nécessité de renforcer la contribution du parti à l’action de l’État et à la réalisation des priorités nationales.
Cette dynamique appelle à un sursaut collectif. Elle exige unité, discipline, sens des responsabilités et mobilisation de l’ensemble des compétences du parti. Chaque cadre, chaque militant, chaque représentant est appelé à s’inscrire dans cette nouvelle orientation, en mettant son expérience, son engagement et sa capacité d’action au service d’un projet commun plus ambitieux et plus structuré.
Dans cet esprit, cette refondation se veut inclusive et tournée vers l’avenir. Elle n’exclut personne. Elle appelle à dépasser les clivages internes pour se concentrer sur l’essentiel. Chaque acteur du parti, y compris le camarade Modeste Bahati Lukwebo, est invité à contribuer à cette nouvelle dynamique, dans un esprit de responsabilité, de dépassement et d’engagement au service de la nation.L’heure n’est plus aux divisions, mais à la contribution collective à une ambition nationale renouvelée.
Otto Bahizi, Coordonnateur du comité de crise de l’Afdc

