Par Prof. JOSE M. BAKIMA

 Résumé

La République Démocratique du Congo est souvent décrite comme un paradoxe : un pays immensément riche en ressources naturelles, mais marqué par une instabilité chronique et une incapacité à transformer cette richesse en développement durable. Cette situation est fréquemment interprétée en termes de mauvaise gouvernance, de corruption ou de prédation. Si ces analyses identifient des symptômes réels, elles demeurent insuffisantes pour en saisir les causes profondes. Cet article propose de déplacer le regard. En mobilisant une approche cosmologique inspirée du Dikenga et du Nkodia, il soutient que le problème central de la RDC réside dans une non-coïncidence entre les structures politiques instituées et les dynamiques profondes qui organisent la société. Cette désynchronisation produit un système qui fonctionne sans s’inscrire, agit sans se prolonger, et transforme sans stabiliser. La crise congolaise apparaît ainsi non comme un simple échec, mais comme l’expression d’un désajustement structurel entre temps politique et temps réel.

Introduction

La République Démocratique du Congo est régulièrement présentée comme un cas extrême.

Un pays doté de ressources exceptionnelles, mais incapable de les transformer en prospérité collective.

Un espace riche, mais instable.

Un État présent, mais inefficace.

Ces constats sont connus.

Ils sont répétés.

Ils sont largement partagés.

Et pourtant, quelque chose manque.

Ces analyses décrivent.

Elles dénoncent.

Elles constatent.

Mais elles n’expliquent pas.

Elles identifient les dysfonctionnements sans interroger la structure qui les produit.

C’est à partir de cette limite que cet article commence.

  1. Le discours du “gâchis” : une explication insuffisante

La notion de “gâchis” repose sur une évidence apparente.

Si un pays dispose de ressources importantes et ne se développe pas, c’est qu’il y a une défaillance dans sa gestion.

Cette lecture conduit à identifier des causes :

corruption

mauvaise gouvernance

faiblesse des institutions

Ces éléments sont réels.

Mais ils ne suffisent pas.

Car ils ne répondent pas à une question essentielle : pourquoi ces dysfonctionnements persistent-ils ?

Pourquoi se reproduisent-ils ?

Pourquoi les réformes échouent-elles à produire des effets durables ?

À ce niveau, l’explication par la défaillance atteint sa limite.

Elle décrit un état.

Elle ne saisit pas un processus.

  1. Une autre lecture : la non-coïncidence

Pour comprendre cette persistance, il faut déplacer le regard.

Ce qui est en jeu n’est pas seulement la qualité de la gouvernance.

C’est la relation entre ce qui est institué… et ce qui est vécu.

En RDC, les structures politiques existent.

Les institutions sont en place.

Les lois sont formulées.

Les décisions sont prises.

Et pourtant, elles ne produisent pas les effets attendus.

Ce décalage ne relève pas simplement d’un défaut d’application.

Il renvoie à une non-coïncidence.

Une non-coïncidence entre les formes politiques importées et les dynamiques profondes de la société ;

Ce qui est institué ne s’inscrit pas.

Ce qui est décidé ne se prolonge pas.

Ce qui est mis en place ne tient pas.

Le système fonctionne.

Mais il ne s’enracine pas.

III. Dikenga : le temps qui ne s’inscrit pas

Dans une perspective inspirée du Dikenga, le politique ne peut être compris indépendamment du temps.

Le temps n’est pas une succession d’événements.

Il est une continuité.

Une continuité dans laquelle chaque action doit s’inscrire pour produire des effets durables.

Or, en RDC, cette inscription ne se fait pas.

Les décisions sont prises.

Mais elles ne s’intègrent pas dans une trajectoire.

Les réformes sont lancées.

Mais elles ne se prolongent pas.

Il en résulte une succession d’actions sans accumulation.

Un mouvement sans continuité.

Ce qui est fait aujourd’hui ne s’appuie pas sur ce qui a été fait hier.

Et ne prépare pas ce qui sera fait demain.

Ainsi, le temps politique devient fragmenté.

Et ce qui ne s’inscrit pas… disparaît.

  1. Nkodia : un mouvement sans transformation

Le Nkodia introduit la dimension du mouvement.

Et en RDC, le mouvement existe.

Les gouvernements changent.

Les politiques évoluent.

Les initiatives se multiplient.

Mais ce mouvement ne transforme pas.

Il ne traverse pas.

Il ne recompose pas.

Il reste en surface.

Ainsi, le changement ne produit pas de transformation structurelle.

Il produit une variation.

Une variation qui ne modifie pas la logique profonde du système.

Le mouvement est réel.

Mais il n’est pas structurant.

  1. Une crise de durée

Ce qui apparaît alors n’est pas seulement une crise de gouvernance.

C’est une crise de durée.

Le problème n’est pas uniquement d’agir.

C’est de faire tenir ce qui est fait.

Dans ce cadre, la question centrale n’est plus: pourquoi cela ne fonctionne pas ?

Mais pourquoi cela ne dure pas ?

Et cette question déplace toute l’analyse.

Elle montre que le problème n’est pas seulement dans les moyens.

Il est dans la capacité à inscrire l’action dans une continuité.

  1. Repenser le politique en RDC

Sortir de cette situation ne consiste pas uniquement à améliorer la gouvernance.

Cela exige une reconfiguration plus profonde.

Il s’agit de faire coïncider les structures politiques avec les dynamiques réelles.

De produire des formes qui ne soient pas simplement imposées…

Mais qui s’inscrivent.

De passer d’un politique de décision à un politique de continuité.

Ce déplacement est décisif.

Car sans lui, toute réforme reste superficielle.

Conclusion

La RDC n’est pas seulement un cas de mauvaise gouvernance.

Elle est le symptôme d’un désajustement plus profond.

Ce que certains appellent un “gâchis” est en réalité l’expression d’un système qui ne parvient pas à s’inscrire dans le temps.

Tant que cette dimension ne sera pas prise en compte, les diagnostics resteront partiels.

Et les solutions… inefficaces.

Car ce qui fait tenir un système ne réside pas seulement dans ses ressources ou ses institutions.

Mais dans sa capacité à inscrire l’action dans une continuité.

Et c’est précisément cette capacité qui, aujourd’hui, fait défaut.

 

By amedee

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