Inspiré de la crise au Venezuela
L’imposture semble ronger notre monde à petit feu. Les États, autrefois porteurs des aspirations populaires, n’incarnent plus aujourd’hui que des appareils déconnectés, vidés de toute volonté authentique de servir les peuples. Les citoyens sont de plus en plus éloignés des centres de décision, dépouillés de leurs droits fondamentaux et relégués au rang de simples spectateurs d’un pouvoir confisqué.
Les relations internationales, pourtant fondées sur des principes universels et des engagements communément adoptés, se révèlent dans la pratique être une vaste supercherie. Elles ne servent plus la paix ni la justice, mais obéissent aux logiques de puissance, au détriment des nations les plus vulnérables. L’universalité du droit, jadis promue comme socle d’équilibre mondial, est aujourd’hui désacralisée, galvaudée, vidée de sa substance.
« Plus rien n’est en sûreté quand les choses les plus sacrées sont désacralisées au vu et au su de tous », disait Molière. Ce constat résonne cruellement dans notre époque : tout se joue dans les coulisses, dans l’opacité diplomatique, dans le secret institutionnel. La dissimulation est devenue la norme, la transparence une menace. Les États excellent désormais dans l’art de la manipulation narrative. Leur performance diplomatique ne se mesure plus à leur fidélité à la vérité ou à la justice, mais à leur capacité à masquer les intentions réelles, à neutraliser l’éveil populaire par des discours soigneusement calibrés et des vérités stratégiquement tues.
Jésus l’avait affirmé : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » C’est justement cette vérité que les systèmes dominants s’emploient à capter, à domestiquer, à verrouiller. Car un peuple éclairé est un peuple difficile à asservir. Les dirigeants, eux, ont accès à cette vérité. Ils la détiennent grâce aux instruments étatiques et internationaux. Mais leur priorité est de la contenir, de la détourner, de la rendre inoffensive pour préserver l’ordre établi. Ainsi, la démocratie, devenue dirigée et instrumentalisée, a trahi son essence : celle de remettre le pouvoir entre les mains du peuple. Nous assistons à une ère où la vérité n’est plus un droit, mais un privilège réservé à ceux qui la manipulent pour mieux asseoir leur domination.
Notre monde, dans son essence, est bon — il l’est par sa source même, étant l’œuvre de Dieu, l’Architecte suprême de toute chose. Cependant, entre le moment de sa création et notre époque contemporaine, l’histoire humaine a été marquée par des dérives profondes, au point que des logiques obscures, contraires à l’ordre naturel voulu par le Créateur, se sont infiltrées et imposées au sommet des systèmes de gouvernance. Un ordre mondial fondé non sur la justice et la paix, mais sur la ruse, la force et la manipulation, s’est établi.
Aujourd’hui, les grandes puissances, sous couvert de causes vertueuses, orchestrent des stratégies de domination parfaitement huilées. Les États-Unis, par exemple, justifient leur ingérence au Venezuela par la lutte contre le narcotrafic, alors que le véritable enjeu réside dans la mainmise sur les gigantesques réserves pétrolières de ce pays, afin de renforcer leur monnaie, leur économie et leur pouvoir hégémonique. Cette logique prédatrice s’applique également à la République Démocratique du Congo : ce pays, riche en minerais stratégiques, subit une spoliation systématique par des forces extérieures. Et pour légitimer cette exploitation, on réécrit son histoire, on la maquille sous des récits fallacieux où la victime devient coupable, et où les véritables agresseurs sont blanchis sous couvert de diplomatie et de « maintien de la paix ».
Ainsi, les principes universels sont travestis, et la vérité est camouflée sous les oripeaux de discours humanitaires ou démocratiques. Mon défunt père me répétait souvent, avec une sagesse visionnaire : « Le monde n’est pas gentil. » Je comprends aujourd’hui, plus que jamais, la profondeur de cette mise en garde. Car nous vivons dans un monde où la bonté est masquée, où la vérité est redoutée, et où la domination se fait au nom de valeurs trahies.
À ceux qui n’ont pas encore ouvert les yeux, il est temps d’apprendre à lire entre les lignes, car c’est dans les interstices du discours officiel que se cache la réalité du monde actuel.
J’en conclus que, dans les conditions actuelles où l’imposture et la dissimulation règnent en maîtresses sur la vérité, aucun véritable changement ne saurait émerger. Tant que les ténèbres persistent, la lumière de la vérité reste voilée, et la majorité des peuples, aveuglée par l’illusion, demeure incapable de comprendre les mécanismes réels qui dirigent ce monde.
Mais les ténèbres ne régneront pas éternellement. Il arrivera un moment où la vérité éclatera au grand jour, où les intentions longtemps dissimulées dans les couloirs de la diplomatie et les arrière-cuisines du pouvoir seront dévoilées. Ce réveil collectif ne viendra pas par miracle, ni par un geste divin ou une quelconque providence mystique, mais bien par une prise de conscience fondée sur la connaissance de la vérité géopolitique et économique qui gouverne notre planète.
C’est dans cette logique que je salue certaines actions qui, même brutales en apparence, révèlent l’envers du décor. Par exemple, ce que fait Donald Trump contre le régime de Maduro, loin d’être un simple jeu politique, met à nu une réalité : celle des véritables motivations des puissances, bien au-delà des discours officiels. Cela nous oblige à regarder le monde tel qu’il est, non tel qu’on veut nous le faire croire. Il ne s’agit pas d’approuver la violence ni l’ingérence, mais de reconnaître que certains actes, bien qu’inhumains, ont le mérite de déchirer le voile de l’hypocrisie.
Pourquoi l’humanité devrait elle continuer à agir comme cette souris qui ronge un pied tout en soufflant dessus pour endormir la douleur ? Pourquoi prétendre œuvrer pour la liberté et la prospérité partagée, alors qu’on exploite, pille, endette et asservit au nom du libéralisme et de la coopération internationale ? Pourquoi recourir sans cesse à la dissimulation, au mensonge diplomatique, au camouflage idéologique ?
Notre monde repose sur une architecture complexe de faux-semblants. Mais toute construction bâtie sur le mensonge finit tôt ou tard par s’effondrer. Encourager la vérité, même brutale, c’est initier la chute de cette imposture systémique. Que les masques tombent, que les vrais rapports de force se dévoilent, que chaque peuple sache qui est son bourreau et quelle attitude adopter : se soumettre ou se libérer. Ainsi seulement, nous pourrons espérer la naissance d’un monde plus lucide, plus juste et véritablement humain.
Se pavaner entre deux blocs dominants dans le monde actuel est un exercice aussi périlleux qu’illusoire pour les pays en retard de développement. Cela ne leur permettra jamais de combler leur retard ni d’accéder à une souveraineté véritable. Si la fin de la guerre froide a permis l’émergence d’un ordre mondial unipolaire centré sur la prospérité du capitalisme occidental, il devient aujourd’hui évident que le conflit latent entre les États-Unis et la Russie replonge le monde dans des turbulences permanentes, pénalisant surtout les nations en quête de stabilité et de développement.
Dans cette logique, un affrontement frontal semble non seulement inévitable mais peut-être même nécessaire, car l’histoire l’enseigne : c’est toujours à l’issue d’un grand choc que se redessinent les équilibres planétaires. L’ordre mondial, dans ses formes successives, a toujours été l’œuvre du vainqueur.
Luc Alouma

