PAR PROF. JOSE M. BAKIMA
Résumé
Cet article propose une analyse comparative de la crise contemporaine du système mondial à travers deux cadres interprétatifs : la tradition marxiste et le cadre ontologique Dikenga–Nkodia issu de la cosmologie Kongo. Alors que la lecture marxiste interprète les tensions actuelles comme une intensification des contradictions internes du capitalisme, le cadre Dikenga propose une lecture cyclique fondée sur les phases d’émergence, de maturité et de transformation. À partir du cas de la “forteresse américaine”, l’article montre que le repli stratégique des puissances dominantes peut être interprété non comme une simple réaction politique, mais comme un signe de fin de cycle. Cette comparaison met en évidence les limites des approches purement économiques et ouvre la voie à une compréhension plus large des dynamiques systémiques contemporaines.
- Introduction
Les transformations actuelles du système international — conflits, fragmentation, montée des tensions — sont généralement interprétées à travers des cadres théoriques classiques, parmi lesquels le marxisme occupe une place importante.
Dans cette perspective, la crise actuelle est comprise comme une intensification des contradictions du capitalisme.
Cet article propose une lecture alternative : les dynamiques contemporaines ne relèvent pas uniquement d’une crise économique, mais d’un déséquilibre temporel et ontologique.
- Lecture marxiste : crise et contradiction
La tradition issue de repose sur une idée centrale : les systèmes économiques contiennent des contradictions internes, ces contradictions conduisent à des crises ; ces crises produisent des transformations (révolution).
Dans cette perspective la militarisation, le repli stratégique, la construction de “forteresses” sont interprétés comme des réponses des élites face à une crise systémique.
- Limites de la lecture marxiste
Malgré sa pertinence, cette approche présente plusieurs limites :
Réduction économique
Elle privilégie les facteurs matériels au détriment des dimensions symboliques et culturelles.
Vision conflictuelle
Elle interprète les transformations comme des luttes, plutôt que comme des processus d’équilibre.
Absence de temporalité cyclique
Elle repose sur une vision linéaire du temps (progression → crise → dépassement).
- Le cadre Dikenga–Nkodia : une lecture cyclique
Le Dikenga propose une conception différente du temps :
Musoni : conception
Kala : émergence
Tukula : maturité
Luvemba : transformation
Le Nkodia introduit une dynamique spiralée.
Dans ce cadre, les systèmes ne s’effondrent pas uniquement par contradiction, mais par désalignement.
- La “forteresse” comme symptôme de fin de cycle
La construction d’une “forteresse” — qu’elle soit militaire, économique ou politique — peut être interprétée comme un signe de contraction.
Dans la logique du Dikenga, l’expansion correspond au Tukula, le repli correspond à la transition vers Luvemba.
Ainsi, une puissance qui se fortifie n’est plus en expansion. Elle entre dans une phase de transformation contrainte.
- Mouvement vs rigidité
Un système en équilibre est caractérisé par la circulation.
Un système en déséquilibre tend vers la rigidité : fermeture, contrôle, durcissement.
Ce passage du mouvement à l’inertie constitue un indicateur de désalignement.
- Vers une lecture systémique élargie
La comparaison met en évidence deux approches :
| Marxisme | Dikenga |
| contradiction | déséquilibre |
| lutte | correction |
| révolution | transformation |
| linéarité | cyclicité |
- Conclusion
Les dynamiques actuelles ne peuvent être pleinement comprises à travers une seule grille d’analyse.
La lecture marxiste éclaire les contradictions économiques.
Le cadre Dikenga–Nkodia permet d’en comprendre la dynamique temporelle.
Ainsi, les systèmes ne tombent pas seulement parce qu’ils sont contestés, mais parce qu’ils ont dépassé leur point d’équilibre.
La crise n’est pas toujours une rupture.
Elle est souvent un passage.

