Il est devenu presque banal d’accuser les anciens dignitaires d’avoir perverti la vie politique. Pourtant, soyons lucides : ils ne sont pas nécessairement plus malhonnêtes que ceux qui, aujourd’hui, prétendent incarner le renouveau. Le mal est plus profond. Il tient à une dégradation progressive de la culture politique elle-même.
Autrefois, la politique portait encore une certaine élégance : elle exigeait finesse, respect de principes, rigueur intellectuelle et sens de la responsabilité.
Aujourd’hui, elle est trop souvent perçue comme un rempart de compromissions, un espace où la ruse supplante la vertu, où la flatterie remplace le mérite, où l’opportunisme étouffe la pensée.
Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que certains esprits refusent de s’y engager.
Refuser la réussite au prix de l’abaissement
Pour ma part, ce n’est pas l’absence d’opportunités qui m’éloigne de la politique.
Si je le voulais, je pourrais probablement accéder à certaines positions. Mais à quel prix ?
- Celui de la soumission,
- celui de la flatterie,
- celui de l’abandon de soi.
Je refuse de ramper pour exister.
Je refuse de louer l’indignité pour obtenir une place.
Je refuse de prostituer ma plume, ma science et ma conscience.
La science sans éthique : une impasse
Le savoir scientifique, à lui seul, ne suffit pas. Certains, pourtant brillants, ont fini par se vendre, se déshumaniser, réduire leur existence à une simple quête de subsistance — manger, puis disparaître. La sagesse biblique nous met en garde contre cette dérive : une vie réduite à la satisfaction des besoins immédiats, comparable à celle du règne animal. Or, l’homme est plus que cela. Il ne vit pas pour manger ; il mange pour vivre. Et vivre, c’est aussi porter une dignité, une conscience, une responsabilité.
Transcender l’animalité pour atteindre la grandeur
L’être humain ne se résume pas à son corps ni à ses besoins matériels. Il porte en lui une dimension supérieure, une capacité à transcender le réel, à accéder à des valeurs qui élèvent : la vérité, l’éthique, la justice, la responsabilité.
Ce sont ces valeurs qui distinguent les hommes véritables de ceux qui se contentent de survivre. Car même la richesse acquise dans des conditions indignes ne conduit pas à la vie. Elle porte en elle les germes de la destruction.
L’héritage des maîtres : une école de droiture
Si je reste attaché à cette exigence, c’est parce que j’ai été formé par des hommes d’exception :
- le Professeur Kabeya Tshikuku,
- le Professeur Mabi Mulumba,
- le Professeur Mokonda Bonza,
- le Professeur Bosonga,
- le Professeur Mubake Mumeme,
- le Professeur Kika Mavunda,
- le Professeur Lumpungu Kamanda,
- le Professeur Nyembo Shabani,
- le Professeur Mukeni Lakup’tiere.
Ces maîtres ne m’ont pas seulement transmis un savoir économique. Ils ont forgé un homme.
- Un homme debout.
- Un homme équilibré.
- Un homme conscient de la valeur de l’intégrité.
Beaucoup d’entre eux avaient les compétences nécessaires pour occuper les plus hautes fonctions politiques. Pourtant, ils ont choisi de préserver ce qu’ils avaient de plus précieux :
- leur éthique,
- leur lucidité,
- leur vérité,
- leur patriotisme sincère.
Le vrai patriotisme ne se proclame pas
À ce sujet, il faut le dire avec franchise : nombreux sont ceux qui se réclament du patriotisme sans en incarner la substance.
Le patriotisme véritable ne se proclame pas.
Il ne se décrète pas.
Il ne se met pas en scène.
Il agit en silence.
Il se manifeste dans le sacrifice.
Il se mesure à la fidélité aux principes, même lorsque ceux-ci coûtent.
Deux trajectoires, deux héritages
Ceux qui ont choisi la droiture n’ont pas échoué.
Leur vie est paisible, équilibrée, respectée. Leur mémoire est vivante.
À l’inverse, ceux qui ont couru après les positions à tout prix n’ont souvent laissé derrière eux qu’une trace fragile, parfois obscure, parfois oubliée. Ils ont peut-être gagné vite, mais ils ne sont jamais vraiment arrivés.
Choisir la vérité
Il est temps de revenir à l’essentiel.
Être un homme, ce n’est pas occuper une fonction.
C’est incarner des valeurs.
Dans un contexte où tout semble inviter à la compromission, rester debout devient un acte de résistance. Suivons les bons exemples. Écoutons les voix qui élèvent.
Préservons ce qu’il y a de plus noble en nous. Car au final, ce ne sont ni les postes, ni les honneurs, ni les richesses qui définissent un homme, mais sa capacité à rester fidèle à lui-même.
Soyons vrais.
Luc Alouma
