PAR JOSE M. BAKIMA
Les événements récents au Moyen-Orient offrent une leçon géopolitique importante pour de nombreux pays du Sud, notamment la République Démocratique du Congo.
Depuis plusieurs décennies, les monarchies du Golfe ont construit leur sécurité sur un modèle simple : l’échange de leurs ressources stratégiques — principalement le pétrole — contre la protection militaire de grandes puissances.
Ce modèle a souvent été résumé par une formule implicite : ressources contre sécurité.
Pendant longtemps, cette équation a semblé fonctionner. Les États du Golfe ont bénéficié de garanties militaires, de bases étrangères et d’une coopération stratégique étroite avec les États-Unis.
Mais les tensions récentes entre les Etats-Unis et l’Iran montrent les limites de ce modèle.
Les conflits entre grandes puissances ne s’arrêtent pas aux frontières des États qui les hébergent.
Au contraire, ces États peuvent devenir les premiers exposés aux conséquences de ces rivalités.
La vulnérabilité des États sous parapluie
Les États du Golfe ont longtemps pensé que leurs alliances militaires et leurs investissements massifs dans les armements occidentaux leur garantissaient une protection durable.
Pourtant, l’escalade régionale montre une réalité différente : lorsque les grandes puissances entrent en confrontation, les territoires alliés deviennent souvent des espaces d’exposition stratégique.
Les bases militaires, les infrastructures énergétiques et les routes commerciales deviennent alors des cibles potentielles.
Autrement dit, le parapluie protecteur peut parfois attirer la tempête.
Une leçon pour les États riches en ressources
Cette situation concerne directement les pays dont l’économie repose sur des ressources stratégiques.
Dans le monde contemporain, les ressources naturelles — pétrole, gaz, minerais critiques — jouent un rôle central dans les rivalités géopolitiques.
Les puissances industrielles cherchent à sécuriser leur accès à ces ressources.
Les États qui les possèdent deviennent donc des acteurs majeurs du jeu stratégique mondial.
Mais cette position peut être une force ou une vulnérabilité.
Tout dépend de la manière dont ces ressources sont gouvernées.
Le débat congolais
Aujourd’hui, la question se pose clairement pour la République démocratique du Congo, dont les minerais — cobalt, cuivre, coltan et autres métaux critiques — sont devenus indispensables aux technologies modernes et à la transition énergétique mondiale.
Dans ce contexte, certains proposent des partenariats reposant sur une logique similaire à celle observée dans d’autres régions du monde : offrir un accès privilégié aux ressources stratégiques en échange d’une coopération sécuritaire renforcée.
Cette proposition peut sembler pragmatique dans un pays confronté à des défis sécuritaires importants.
Mais elle soulève une question fondamentale : la sécurité peut-elle être durablement garantie par la dépendance ?
Le risque de la dépendance stratégique
Lorsqu’un État fonde sa sécurité sur la protection d’une puissance extérieure, plusieurs risques apparaissent.
D’abord, la politique de sécurité du pays dépend des priorités de son protecteur.
Or ces priorités peuvent changer.
Ensuite, les rivalités entre grandes puissances peuvent transformer le territoire protégé en espace de confrontation indirecte.
Enfin, l’accès privilégié aux ressources naturelles peut progressivement limiter la capacité du pays à contrôler son propre développement économique.
Une autre voie
Les ressources naturelles peuvent également être utilisées d’une manière différente.
Elles peuvent servir à renforcer la souveraineté nationale en finançant :
- l’éducation
- les infrastructures
- l’agriculture
- la diversification économique.
Dans cette perspective, les partenariats internationaux doivent être conçus comme des instruments de développement et non comme des mécanismes de dépendance.
Une question de civilisation
Dans les traditions africaines, la terre et les ressources naturelles ne sont pas seulement des biens économiques.
Elles appartiennent à une communauté qui relie les ancêtres, les vivants et les générations futures.
Dans la cosmologie du Dikenga (cosmogramme Kongo), chaque génération reçoit un héritage qu’elle doit préserver et transmettre.
Cette vision rappelle que les ressources naturelles ne peuvent pas être échangées contre des avantages temporaires.
Elles constituent un patrimoine qui engage l’avenir du peuple.
Conclusion
Les événements actuels au Moyen-Orient rappellent une leçon ancienne de la géopolitique :
- la sécurité durable ne peut pas être déléguée.
- Elle doit être construite.
Pour les pays riches en ressources stratégiques, la véritable souveraineté consiste à transformer ces ressources en fondations solides pour leur développement.
La question n’est donc pas seulement celle de la sécurité.
Elle est celle du destin.
Le Congo peut choisir de devenir un acteur souverain dans le monde multipolaire qui émerge.
Ou il peut rester un territoire dont les ressources déterminent les stratégies des autres.
L’histoire montre que ce choix appartient toujours aux peuples eux-mêmes.

