Au début de l’année 2026, une dizaine de pays africains concentrent les encours de dette les plus importants vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI), reflétant la persistance de déséquilibres macroéconomiques et de contraintes structurelles sur les finances publiques du continent.
Cette situation illustre le rôle central du FMI comme pourvoyeur de financements concessionnels et de soutien macroéconomique dans un contexte marqué par des besoins élevés de liquidité, des marges budgétaires limitées et une exposition accrue aux chocs externes.
La République démocratique du Congo (RDC) figure parmi ces pays, avec un encours de dette estimé à 2,22 milliards de dollars, la plaçant au sixième rang à l’échelle africaine. Ce niveau d’endettement s’inscrit dans une stratégie de recours aux appuis financiers multilatéraux visant à préserver la stabilité macroéconomique, soutenir les équilibres budgétaires et accompagner la mise en œuvre de réformes structurelles, dans un environnement économique encore caractérisé par une forte vulnérabilité aux chocs exogènes.
L’Égypte demeure de loin le premier débiteur africain du FMI, avec des crédits en cours estimés à environ 6,13 milliards de dollars. Elle est suivie par la Côte d’Ivoire (3,63 milliards), le Kenya (2,94 milliards) et le Ghana (2,85 milliards).
Dans ces économies, le recours aux programmes du FMI répond principalement à la nécessité de corriger des déséquilibres macroéconomiques persistants, de contenir des déficits budgétaires élevés et de faire face à des tensions sur les réserves de change, dans un contexte de resserrement des conditions financières internationales.
En Afrique centrale et australe, l’Angola, avec un encours estimé à 2,50 milliards de dollars, et la RDC illustrent une configuration récurrente d’économies riches en ressources naturelles mais structurellement exposées à la volatilité des cours des matières premières, à la dépendance aux recettes extractives et à des contraintes de mobilisation des ressources domestiques.
Pour Kinshasa, l’appui du FMI vise notamment à renforcer la discipline budgétaire, améliorer la gestion des finances publiques, soutenir les réformes de gouvernance économique et préserver la stabilité macroéconomique dans un contexte de fragilités structurelles persistantes.
Derrière ces pays, l’Éthiopie, la Tanzanie, le Cameroun et la Zambie affichent également des niveaux d’endettement significatifs vis-à-vis de l’institution de Bretton Woods. Cette concentration des encours confirme le rôle du FMI comme bailleur de dernier ressort pour de nombreuses économies africaines confrontées à des besoins de financement élevés, à des perspectives de croissance contraintes et à des enjeux croissants de soutenabilité de la dette au seuil de 2026.
Dans l’ensemble, la structure de l’endettement africain auprès du FMI met en évidence la persistance de fragilités macro-budgétaires et la dépendance accrue aux financements multilatéraux, dans un contexte où l’accès aux marchés internationaux de capitaux demeure limité et coûteux pour une large part des économies du continent.
Structure et enjeux de la dette publique en RDC
L’encours de dette de la RDC vis-à-vis du FMI doit être analysé à la lumière de la structure globale de la dette publique et des caractéristiques spécifiques de l’économie congolaise. À ce stade, le niveau absolu de l’endettement demeure relativement contenu en comparaison régionale, mais son appréciation économique pertinente repose davantage sur des indicateurs de soutenabilité que sur les seuls montants nominaux.
La dette publique congolaise se caractérise par une forte prédominance de la dette extérieure concessionnelle, majoritairement contractée auprès de créanciers multilatéraux. Cette configuration limite, à court terme, les risques de refinancement et d’exposition aux chocs de taux d’intérêt, mais elle accroît la sensibilité de la trajectoire de la dette aux évolutions du taux de change et aux conditions de décaissement liées aux programmes. La soutenabilité de la dette demeure ainsi étroitement dépendante de la capacité de l’État à mobiliser des ressources domestiques suffisantes et à maintenir une discipline budgétaire compatible avec les engagements programmatiques.
Par ailleurs, la faiblesse relative du ratio recettes publiques/PIB constitue un facteur structurant dans l’analyse de la dette congolaise. Même à des niveaux modérés de dette rapportée au PIB, la contrainte de liquidité budgétaire peut devenir significative lorsque la base fiscale reste étroite et volatile, notamment en raison de la dépendance aux recettes extractives.
Dans ce contexte, l’endettement auprès du FMI remplit principalement une fonction de stabilisation macroéconomique et de lissage des chocs, plutôt qu’un rôle de financement structurel de long terme. L’analyse met également en évidence l’importance des engagements implicites et des risques contingents, notamment ceux liés aux entreprises publiques, aux arriérés intérieurs et aux dépenses quasi-budgétaires. Ces éléments, bien que partiellement hors bilan, peuvent peser sur la trajectoire future de la dette et justifient une approche prudente de la gestion de l’endettement public.
Enfin, la relation financière avec le FMI s’inscrit dans un cadre de conditionnalité axé sur le renforcement de la gouvernance budgétaire, l’amélioration de la transparence des finances publiques et la consolidation du cadre macroéconomique. Dans cette perspective, l’endettement vis-à-vis de l’institution apparaît moins comme une source autonome de vulnérabilité que comme un instrument d’ancrage des politiques économiques, dont l’efficacité dépend étroitement de la mise en œuvre effective des réformes associées.
Congo Challenge N°105
