La géopolitique de Tshisekedi révèle une incompréhension fondamentale du langage stratégique dominant. Il pense et négocie en français, alors que la guerre dans l’Est se décide en anglais. Sur la carte, la portion que le Rwanda cherche à maintenir sous emprise est infime comparée au vaste corridor d’influence que l’Ouganda exerce sur l’Est congolais. Le joueur le plus décisif dans l’équation sécuritaire régionale n’était même pas à Washington. C’est Kampala qui détient le réel levier territorial, économique et démographique sur le Kivu. Kigali n’opère que lorsque l’Ouganda le permet.
Une règle immuable du dressage illustre cette hiérarchie. Un lion peut dévorer son maître, mais jamais celui qui tient le fouet. L’Ouganda est le dresseur. Le Rwanda, le fauve nerveux. Les délégations qui se sont montrées au sommet de Washington ont produit des images. Elles n’ont rien décidé du terrain. L’absence de Museveni dans cette mise en scène était la preuve la plus éclatante que l’accord se signait hors de la réalité géopolitique. Si un interlocuteur devait être convaincu, neutralisé, ou inversé, c’était Kampala. Pas Nairobi, ni Luanda, ni Doha, ni même Washington.
Lors d’un échange avec le ministre ougandais de la Défense à un moment où Kigali cherchait justement à tenir tête à Kampala, celui-ci avouait ne pas comprendre comment son pays pouvait proposer à la RDC une route de Bunagana à Goma pour dynamiser les échanges commerciaux pendant que les Congolais agissaient comme si cette offre ne les concernait pas. En Ouganda, expliquait-il, ce sont les intérêts économiques qui dictent le tempo de l’État. Je lui ai répondu que la RDC n’était pas encore à la cuillère mais toujours au biberon en matière de maturité stratégique. Voilà l’erreur de Kinshasa. Au moment précis où l’Histoire ouvrait la possibilité de rendre toute confrontation avec le Rwanda inenvisageable en verrouillant l’intérêt économique ougandais sur nous, nous n’avons ni reconnu notre propre valeur, ni clairement défini nos intérêts, ni su identifier l’acteur qu’il fallait convaincre en premier.
Texte tiré de l’article de Jo Sekimonyo « RDC : et si le Congrès rejetait l’accord de Washington ? »
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