Au lendemain de la réunion du Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque centrale du Congo (BCC) qui s’est penchée notamment sur l’appréciation observée ces trois dernières semaines du franc congolais sur le marché de change, le professeur Godé Mpoy (photo) est monté au créneau pour critiquer l’argumentaire de l’autorité de régulation du système financier en RDC.
Pour Godé Mpoy, « Cette stabilité monétaire est artificielle, donc fragile et provisoire ».
Dans le communiqué de la BCC publié à l’issue de la réunion du Comité de Politique Monétaire, on justifie l’appréciation du franc congolais par une série de mesures prises par la Banque Centrale, à savoir : l’intervention directe sur le marché des changes, le 18 août 2025, à travers une cession de 50,0 millions de USD ; l’actualisation du taux de change appliqué au stock de la réserve obligatoire sur les dépôts en dollar américain, cristallisée en monnaie nationale depuis décembre 2021 ayant ainsi occasionné une ponction de 371 milliards pour le premier palier; l’organisation plus transparente du marché des changes; et une amélioration globale de la gestion de la liquidité bancaire.
C’est ce qui a poussé le Gouverneur de la BCC André Wameso : « L’appréciation observée depuis maintenant quelques semaines sur le marché de change est l’œuvre de la politique monétaire appliquée par la Banque centrale du Congo. J’allais même dire que c’est exclusivement grâce à cette politique monétaire qu’il y a appréciation du taux de change ».
Selon le député de Kinshasa Godé Mpoy, ces mesures sont contradictoires et temporaires. De son avis, l’injection de devises peut réduire juste la masse monétaire à court terme, donc stabiliser temporairement le Franc congolais.
Quant à ce qui concerne la baisse du taux directeur, cet enseignement d’économie estime que ça risque de provoquer des nouvelles pressions. Comme qui dirait, ce que la BCC gagne d’un côté, elle le perd de l’autre. A l’en croire, la BCC sera contrainte d’injecter régulièrement des devises pour maintenir cette stabilité apparente.
Et d’ajouter : « Cela pourrait épuiser les réserves de change du pays à moyen terme ».
Pour le professeur Godé Mpoy, le vrai levier n’est pas monétaire mais structurel et politique. Il estime que sans une lutte efficace contre la corruption et sans une mobilisation accrue des recettes publiques, la stabilisation durable du franc congolais restera impossible.
« On ne peut pas stabiliser la monnaie sans une gouvernance économique cohérente et une gestion saine de l’État », a-t-il soutenu, arguant que la stabilité actuelle du franc congolais est un trompe-l’œil.
Amédée Mwarabu
