La Banque centrale du Congo, à travers le Gouverneur André Wameso, a signé, le 20 février 2026, un contrat dit « stratégique » avec DRC Gold Trading SA, une société congolaise à 100 %, engagée à lutter contre la fraude et la contrebande minières dans la filière de l’Or artisanal et à petite échelle, à en canaliser la production dans le circuit officiel et à instaurer des chaînes d’approvisionnement propres et libres de conflits.
A travers ce contrat, la BCC entend renforcer la constitution de ses réserves en or monétaire da l’optique d’accroitre sa souveraineté financière, d’assurer une stabilité du Franc Congolais, pour accroitre la résilience face aux chocs extérieurs. Pour l’Institut d’émission, cette coopération vise aussi à valoriser les ressources naturelles nationales.
Ainsi le staff Wameso jubile en ces termes : « La détention de l’or monétaire permettra à la BCC de sécuriser les réserves contre l’inflation et les crises géopolitiques. Elle offrira une valeur refuge sans risque de contrepartie, grâce à une diversification des réserves de change, atténuera les risques liés à la dévaluation des devises fiduciaires et renforcera la confiance dans la monnaie nationale. Il s’agit donc d’une étape majeure inscrite dans les prérogatives de la Banque Centrale du Congo pour consolider la stabilité macroéconomique et l’indépendance monétaire de la RDC ».
Réagissant sur cette décision de la Banque centrale sous Wameso, l’Economiste Politique Jo Sekimonyo voit dans cette stratégie « une intuition héritée de l’ère de Bretton Woods, lorsque la stabilité monétaire était formellement adossée à la convertibilité or ». Pour ce scientifique congolais, cet ordre a pris fin au début des années 1970. « Depuis lors, la crédibilité monétaire ne repose plus sur l’ancrage métallique, mais sur la solidité institutionnelle, la capacité fiscale, la profondeur financière et la maîtrise des infrastructures économiques. Mobiliser l’or comme pilier central d’une stratégie monétaire contemporaine revient à s’appuyer sur un référentiel historique qui ne structure plus l’économie mondiale actuelle », soutient-il avec fermeté.
Ce PhD en Economie politique voit dans l’or juste un actif de conservation, non un instrument d’activation économique. Pour lui, il ne finance pas l’investissement productif, n’approfondit pas le marché monétaire, ne renforce pas la liquidité interbancaire et n’améliore pas non plus la transmission de la politique monétaire. Son accumulation, reconnait-il, peut signaler une volonté de prudence face aux turbulences internationales. Pour autant, cette accumulation en métal jaune ne modifie ni la dollarisation structurelle, ni la dépendance aux devises étrangères, ni la faiblesse de la base productive. « Une monnaie devient crédible lorsqu’elle repose sur une architecture institutionnelle cohérente et sur une économie réelle dynamique », argue Jo Sekimonyo.
« Les grandes économies contemporaines ne stabilisent pas leur monnaie par l’augmentation mécanique de leurs stocks aurifères. Leur crédibilité repose sur la cohérence budgétaire, la profondeur des marchés domestiques, la capacité fiscale et la maîtrise des infrastructures financières. Les États-Unis ne défendent pas le dollar par la quantité d’or détenue, mais par la centralité de leur système financier. La zone euro ne consolide pas l’euro par l’accumulation métallique, mais par l’intégration bancaire et la capacité d’émission coordonnée », clame Jo Sekimonyo pour qui : « La puissance monétaire moderne repose sur l’ingénierie institutionnelle et la capacité d’organisation systémique, non sur le métal ».
De son avis, même dans les économies émergentes, l’augmentation des réserves en or constitue généralement un outil de diversification face aux sanctions ou aux risques géopolitiques majeurs. Elle ne constitue pas une politique de développement. Elle protège contre certains chocs extrêmes, mais elle ne corrige ni la faiblesse de la base productive, ni la dépendance aux devises étrangères, ni la fragmentation du marché financier interne. Et de marteler : « Confondre résilience prudentielle et transformation structurelle revient à substituer une stratégie défensive à une vision architecturale ».
Pour lui, si l’objectif est véritablement de protéger le franc congolais, la priorité de la Banque centrale devrait porter sur la dédollarisation progressive des transactions publiques, l’exemplarité de l’État dans le paiement des salaires et des marchés en monnaie nationale, le développement d’un marché domestique de dette en francs congolais et la consolidation d’un système de paiement sous juridiction nationale.
A lui de renchérir : « La confiance monétaire naît de l’usage cohérent et massif de la monnaie dans l’économie réelle, non de la quantité de métal détenue en réserve. »
Restant ferme de son analyse, l’Economiste Politique estime que présenter l’augmentation des réserves en or comme une étape décisive vers l’indépendance monétaire donne le sentiment d’une modernité inversée. Et de rappeler : « L’or rassure politiquement parce qu’il est tangible. Il impressionne symboliquement parce qu’il est historique ».
En concluant son analyse, Jo Sekimonyo : « La souveraineté monétaire contemporaine se joue dans la capacité à organiser la liquidité, orienter le crédit, structurer les marchés domestiques et maîtriser les infrastructures financières et numériques. En persistant à ériger le réflexe aurifère en pilier stratégique, la direction actuelle semble évoluer dans un référentiel antérieur aux transformations profondes de la finance mondiale ».
Amédée Mwarabu

