Albert Zeufack, au centre, le Directeur des Opérations de la BM en RDCAlbert Zeufack, au centre, le Directeur des Opérations de la BM en RDC

Le directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC, l’Angola, le Burundi et le Sao Tomé et Principe, Albert Zeufack, a animé un Café de presse le lundi 17 novembre au siège de cette institution financière internationale à Kinshasa.

Devant les journalistes, Abert Zeufack a structuré son intervention autour de trois principales thématiques :

• Les conclusions des Assemblées annuelles 2025 ;

• La revue de la performance du portefeuille-pays de la Banque mondiale ;

• L’appui global de la Banque mondiale en RDC, notamment dans les secteurs de l’énergie, du capital humain, des infrastructures, du numérique et de la gouvernance.

Par apport aux assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale tenue en octobre 2025 à Washington, le directeur Pays de la Banque Mondiale a indiqué que la question de l’absence de recul de la pauvreté en RDC, malgré la croissance économique observée ces dernières années, a été au centre des discussions.

« Toutes nos recherches montrent effectivement que sans emplois créés , la croissance ne se traduit toujours pas par un recul de la pauvreté. C’est exactement le cas de la RDC. Si vous regardez la croissance du PIB ces quatre dernières années, elle a été l’une des plus fortes en Afrique subsaharienne, en moyenne 6,4%. Et lorsque vous regardez les chiffres de la pauvreté, celle-ci n’a pas reculé », a déclaré Albert Zeufack.

Les trois pistes

De son avis, 80% des Congolais continuent de vivre en dessous du seuil de pauvreté de 2,15 USD par jour et par personne. C’est le seuil de pauvreté absolu. « Bien sûr que si on se fie seulement à la Gombe, on se demande de quelle pauvreté dont il est question. Parce que le taux de pauvreté à la Gombe est très très faible mais le reste du pays vit une situation assez préoccupante. En plus de la situation sécuritaire à l’Est, qui affecte aussi l’économie. Il y a le fait que la croissance Congolaise est tirée à trois quarts par le secteur minier. Or, le secteur minier, intensif en capital, ne crée pas suffisamment d’emplois. Cela entraîne donc une situation où nous avons une croissance forte mais que les populations ne ressentent pas dans leur vie quotidienne, parce qu’elle n’est pas créatrice d’emplois’, a-t-il renchérit.

Pour Albert Zeufack, « il est donc essentiel de travailler pour la diversification de cette économie pour que cette croissance vienne aussi des secteurs tels que l’Agro industrie qui crée plus d’emplois que le secteur minier. Ou alors, passer à une étape supérieure du secteur manufacturier, où l’ajout de la valeur ajoutée sur les minerais créerait plus d’emplois que la simple extraction des Mines. Donc, plus d’agro industrie, plus du manufacturier, et plus des services à haute valeur ajoutée (le numérique, l’entrepreneuriat numérique). Tout cela va permettre de diversifier cette croissance jusqu’à un cycle vertueux où l’augmentation de la croissance s’accompagne d’une baisse significative de la pauvreté. Ce n’est pas encore le cas », a fait savoir le Représentant Pays de la BM en RDC.

Dès lors, à l’entendre, la Banque Mondiale va « se concentrer davantage à créer les conditions pour que la création d’emplois soit mise en évidence ».

« La première piste pour nous, c’est de redoubler d’efforts pour les investissements dans les infrastructures. La deuxième piste pour créer plus d’emplois c’est l’investissement dans les réformes de l’amélioration du climat des affaires mais aussi des investissements des derniers kilomètres qui vont permettre la diversification économique. Il s’agit par exemple des investissements dans les villes et villes secondaires dans lesquelles beaucoup de ces nouveaux emplois vont se créer. Il s’agit de toutes les réformes qui vont permettre d’améliorer les conditions de vie des populations qui sont dans la partie en paix, pour qu’il y ait moins de pression. La troisième piste pour nous, c’est la mobilisation du capital privé. Parce qu’il est clair que les ressources publiques seules n’arriveront pas à résoudre ce problème d’infrastructures. Il est essentiel de travailler avec le secteur privé pour mobiliser davantage ces ressources », a confié Albert Zeufack.

Restant droit dans son analyse, il a martelé qu’on ne peut pas créer l’emploi sans électricité, sans routes, sans rails. « Bref, on ne peut pas créer d’emplois sans infrastructure de base », a-t-il lâché, avant de s’indigner : « Ça reste toujours choquant que 60 ans après les indépendances, les pays africains n’ont pas d’infrastructures de base qui sont la condition inéluctable du développement ».

À Washington, Kinshasa s’est engagé à mettre en œuvre ses réformes 

Quant au gouvernement de la RDC, pendant les assemblées annuelles, il a réaffirmé sa volonté de continuer les réformes notamment celles initiées et et supportées par les appuis budgétaires de la Banque mondiale, a confié Albert Zeufack.

« Il y a eu un engagement ferme de la part du gouvernement de continuer ces réformes : réformes des finances publiques, réformes des entreprises publiques. La réforme des entreprises publiques devrait être l’autoroute du développement de la RDC mais aujourd’hui cette reforme est actuellement dans le parking. Les réformes des entreprises publiques sont absolument critiques, notamment la réforme de la SNEL sans laquelle la RDC ne pourra pas réaliser les défis de Inga. Parce que la SNEL devra être l’architecte principale pour l’électricité domestique. En continuant ces réformes, nous pourrons avoir des résultats palpables », a-t-il insisté

En ce qui concerne les appuis budgétaires de la BM, Albert Zeufack a laissé entendre que tant que la RDC mettra en œuvre les réformes que le pays a acceptées et la mise oeuvre des projets avance sur le terrain, Kinshasa continuera à bénéficier de ces financements.

« Nous avons repris les appuis budgétaires en 2022. Le dernier appui budgétaire de 600 millions USD a été décaissé en juillet 2025. Nous sommes en train de travailler pour un potentiel appui budgétaire de 400 millions USD. Bien-sûr, le progrès dépendra de la mise en œuvre du premier appui budgétaire de l’année dernière et de la vitesse à laquelle vont les réformes que le Gouvernement accepte de mettre en œuvre « , estime-t-il.

Creuser une fois, une méthode révolutionnaire..

Plusieurs fois au cours de cet échange, le Représentant Pays de la BM a évoqué le projet PACTE destiné à la création d’une autoroute de deux bandes sur deux entre Mbuji-Mayi et Bukavu.

« Cette autoroute est faite selon les principes que nous appliquons désormais pour toutes nos infrastructures à savoir « creuser une fois ». Lorsqu’on creuse la route, on pose les dispositifs pour la fibre optique, l’électricité et pour l’eau. Cette autoroute sera accompagnée d’électricité, d’eau et de numérique et pourra donc permettre l’irrigation de l’agriculture dans cette zone du pays », a-t-il indiqué.

L’approche actuelle de la Banque Mondiale consiste à accentuer le financement des projets autour de trois corridors d’infrastructures transformatives.

« Nous pensons qu’en concentrant nos activités sur ces trois corridors (Inga-Kinshasa-Kolwezi ; Lobito-Dilolo-Sakania; et PACTE qui va de Mbuji-Mayi à Bukavu), cela va améliorer le niveau des services dans les villes secondaires, le long de ces corridors; nous pouvons montrer un impact de financement et des investissements de la Banque mondiale », croit-il.

Amédée Mwarabu

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *