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C’est vraiment étrange qu’à Kinshasa, une si grande ville dépassant dix millions d’habitants, où il est
facile d’organiser un séminaire, un colloque, ou une rencontre sur n’importe quel sujet, qu’on ait jusqu’à ce
jour si peu d’attention portée sur le phénomène « faim ».

Cette indigence médiatique devient plus choquante lorsqu’on songe au sens profond du problème
faim, à son importance transcendante et à son impérieuse finalité organique. Pourtant le kinois voit tous les
jours les affamés faméliques, les mendiants du Boulevard de 30 Juin, les enfants de la rue sur les routes de
chaque commune, parfois près de sa maison. On sait qu’ils dorment dehors, dans les tranchées, dans les
vérandas de magasins non gardés, ou à la belle étoile sur les routes, mais personnes ne se demande
comment ils mangent, et où ils trouvent de la nourriture.

Alors que si on fait une analyse sur les grandes calamités qui s’acharnent sur la capitale de la RDC
comme la Covid, la malaria ou la fièvre typhoïde, on constate que la faim est précisément l’épidémie la plus
transversale dans ses causes et dans ses effets.

Les ravages de la faim à Kinshasa sont plus importants que ceux de la malaria, et de Covid réunies. A
cette sinistre primauté de la faim sur les autres fléaux, vient s’ajouter le fait socialement admis, qu’elle
constitue la cause journalière la plus constante, la plus effective de banditisme, des attaques nocturnes,
presque obligatoirement le terrain propice à l’éclosion de grandes épidémies.

Pourquoi un problème aussi grave est-il ignoré par les politiques et les cercles intellectuels, laissant
les médecins se débrouiller seuls dans leurs cabinets, sans moyens, sans solution. On justifie ce silence par
le fait que le sujet faim serait classé moralement parmi cette sorte d’interdits, car le besoin d’aliment et le
besoin sexuel collent à notre instinct primaire et par conséquent, peu acceptable de parler publiquement, de
ce qui est instinctif et ne relevant pas de la raison.

En considérant l’instinct comme animal et seule la raison comme sociale, le congolais est envouté
par la conception occidentale catholique de la vie. Le kinois voudrait pouvoir nier illico le pouvoir créateur de
l’instinct et le tenir pour une quantité négligeable.

L’âme occidentale moyenâgeuse du catholicisme logé en nous par la colonisation belge fait du sexe
et de la faim des sujets tabous, impurs, scabreux et par conséquent indignes d’être abordés. Ceci malgré
l’acceptation par le même Occident chrétien de la théorie de Freud selon laquelle l’instinct sexuel est une
force invincible, si puissante qu’elle affecte la conscience et la domine entièrement.

A côté des préjugés moraux, il faut ajouter l’intérêt des équipes dirigeantes contribuant à bannir la
donne faim du panorama de la vie. Car ce que déteste toue autorité, c’est d’apprendre que ses concitoyens
meurent de faim ; symbole qui exhibe l’incapacité du gouvernement à s’occuper de son peuple.

De plus, un gouvernement comme celui de 2006 ou de 2019 qui promettait l’élévation du taux de
croissance et qui érigeait en outil politique la propagande éhontée d’une prospérité illusoire, ne peut voir
d’un bon œil des tentatives qui serraient venues démontrer clairement à la population de Kinshasa et à la
face du Congo à quel point la faim présidait aux destinées des kinois. A Kinshasa quand on parle de la faim
ou quand nous lisons que les masses humaines en proie à la famine dépérissent et meurent faute d’un
minimum de nourriture, les premières images qui surgissent dans notre conscience sont celles classiques de
camp des réfugiés où de multitudes affamés qui portent sur leur visage, dans leurs gestes et dans leurs
attitudes lasses, l’empreinte sinistre de la faim. Images d’hommes, des femmes et d’enfants errant tels des
fantômes dans un monde perdu, les yeux exorbités, tandis que les misérables lambeaux de leurs vêtements
se balancent sur leurs squelettes dont les os saillent à leur peau.

Et si les ravages causés par la faim à Kinshasa ne sont pas aussi documentés qu’ils le sont pour les
déplacés de Masisi, de Rutchouru ni aussi spectaculaires que durant la guerre du Rwanda contre l’Ouganda
à Kisangani, ils n’en sont pas moins tragiques, car à Kinshasa jour après jour, ces ravages se font sentir plus
perfidement, minant la population dans une constante action destructrice.

Comme on le sait, la faim à Kinshasa n’est pas une nouvelle du jour. Elle a été utilisée comme arme
de combat par les autochtones contre les conquérants de 1878. C’est Stanley lui-même qui nous l’affirme.
Les premiers heurts dans la création de la ville, seront la conséquence de cette conception belge du mépris
envers l’autochtone, mépris extrêmisé par la séparation suivant les races. Morton Stanley dans Cinq années
au congo, édité à l’institut national de géographie à Bruxelles en 1927 écrit : « Nous venions d’atteindre le
sommet des hauteurs qui bordent la rive méridionale, quand survint un second courrier qui apportait, de la
part du chef de Léopoldville le Capitaine Braconnier Charles-Marie : tandis que l’abondance régnait chez les
Indigènes, la garnison de Kinshasa était en proie à une honteuse disette, parce que les autochtones meurtris
refusent de vendre leur production agricole aux européens de la station ».

Pour comprendre pourquoi un simple basculement vers le haut de la population de Kinshasa se
transforme souvent en famine destructrice, expliquer pourquoi les conditions de la production agricole et les
relations sociales ne peuvent plus faire face à cette augmentation, il faut rechercher les racines et les mécanismes du déséquilibre mis en place depuis plus d’un siècle.

C’est lors de l’arrivée de Stanley durant son deuxième voyage pour installer le poste sur la colline
Nkonzo Ikuzu à Ntambo que commence le phénomène. C’est à Ntambo aujourd’hui Kitambo que Stanley et
Suzi s’installèrent en 1881 pour fonder le Poste de Léopoldville, un point du départ de la pénétration vers
l’intérieur du Congo. Grâce aux biefs navigables du fleuve Congo et de ses affluents, Léo devient le relais
entre le pays et le monde extérieur.

Dans l’esprit de l’envahisseur, la station de Léopoldville ainsi créée, ne devait être habitée que par les
européens. Les autochtones ne pouvaient y venir que pour vendre leur force de travail comme contractuels.
Dès la fin du contrat, ils devaient rentrer dans leurs villages respectifs. Cependant le fonctionnement des
industries et de l’Administration avait besoin des auxiliaires et des ouvriers en permanence. Le colonisateur
fut rattrapé par la réalité sur le terrain et accepta finalement de créer des campements pour loger les
travailleurs. Ces abris appelés Cité africaine, comprenaient les « camp Luka, camp Christ Roi, Camp Otraco,
Camp Mombele, Camp Sabena, camp Utexléo, camp Chanic, camp Citas, sous la forme de bidonvilles semi
ruraux. Cette action est à la base de l’urbanisation de subsistance de la capitale. Celle-ci a été officialisée
en 1889 et consignée juridiquement en 1913 il y a plus d’un siècle ; quand le Gouverneur général Fuch, pour
respecter la doctrine ségrégationniste raciale, prit une ordonnance obligeant les gens de couleur, considérés
comme simples fournisseurs de force de travail, à résider dans les centres extra-coutumiers désignés par un
administrateur.

En 1923, la population de Léopoldville atteint 17285 habitants. En 1926 elle oscille le chiffre de
32.242, mais en 1927 pour éviter la famine suite à cette augmentation, par les méthodes autoritaires de
déportation, l’Administration coloniale ramène le volume de la population à 23.964 en renvoyant 8500
personnes dans le Kwilu. Malgré cette politique de renvoi de la population urbaine vers les campagnes, le
nombre finit par atteindre 46.088 habitants en 1929 et la même Administration le ramena à 39.530 par un
renvoi de 5.500 dans les villages. La politique de réduction forcée de la population continuera en 1931,
1932 et 1933 pour atteindre 27.510 habitants en 1934. C’est à partir de 1936 que les migrations vers Léo
vont reprendre pour osciller autour de 362.641 habitants en 1954.

Au lieu de chercher des solutions appropriées, les Ministres des colonies issus du Parti catholique
belge, préféraient renvoyer de force les immigrés vers les villages ou au Kwilu pour les astreindre à s’engager
aux palmeraies d’Unilever, une agro-industrielle qui produisait l’huile de palme d’exportation. L’élément
colonisateur belge était hostile à tout ce qui ne récompensait pas directement et immédiatement ses plans
de conquête mercantile. Il préférait le cycle d’abattage du bois pour l’exportation, de la canne à sucre, de
l’extraction du caoutchouc, de la culture du thé, du café, du cacao et de l’arachide ; cultures imposées et
respectant le pacte colonial. Ainsi un secteur agricole extensif d’exportation s’est généralisée dans la
province de Léopoldville, à la place de la culture vivrière qui aurait pu assouvir la faim des indigènes.
Pour justifier son action, l’Administration coloniale prétendit que la famine à Kinshasa était le seul
résultat de l’augmentation de la population de la capitale, véritable cataclysme naturel contre lequel il n’y
aurait rien ou peu à faire. Et si les hommes y contribuent pour une part, cela tient à l’archaïsme, à
l’irrationalité de leurs comportements, à leur démographie galopante jointe à l’oisiveté et à la paresse.
Désigné Ministre des Colonies en 1954, le libéral Auguste Buisseret ne cautionnera pas la politique
de déportation mise en place par les démocrates-catholiques. Il va lui, prôner le développement des
campagnes congolaises afin de stopper l’exode rural vers les villes. Cette politique appelée le développement
de 125 territoires bien qu’exigeante va payer.

Suite à la planification territoriale des actions ciblées qui ont engendré un essor économique à
l’intérieur du pays, les émigrations se feront d’elles-mêmes dans le sens inverse, c’est-à-dire de Kinshasa
vers les villages, et la population de la capitale baissera de 362.641 à 347.970 en 1958. Se croyant toujours
capable de renvoyer par force les populations de Kinshasa dans la « brousse » l’ex Gouverneur général
Pétillon, devenu Ministre des colonies en 1958 abandonna la politique de son prédécesseur.
Malheureusement pour lui l’esprit des congolais avait changé et l’ABAKO s’opposera à cette injonction jugée
colonialiste. L’exode rural reprit et la population de Léopoldville augmentera jusqu’à dépasser 400.000
âmes en 1960.

En 1961, confronté à l’afflux massif des réfugiés en provenance des Bakwanga, Elisabethville,
Stanleyville et Luluabourg, l’approvisionnement de la capitale en vivres faisant défaut, le Gouvernement
Adula devant satisfaire les urgences de nourrir de centaines des milliers de gens en détresse, accepta
l’assistance alimentaire des Etats Unis basée sur la loi 480.

Au début c’est la Fondation Ford et la Fondation Carnegie qui achetaient le surplus agricole américain
comprenant la farine de maïs, la farine de froment, les poulets, le lait en poudre, le riz et les mettait à la
disposition du Gouvernement Congolais pour faire face à la pénurie alimentaire de Kinshasa. Le produit de
la vente en monnaie locale constituait les fonds de contrepartie que le Gouvernement congolais empruntait
pour accorder les bourses aux étudiants, payer les fonctionnaires et venir aux secours des réfugiés ; étant
donné que le colonisateur belge avait laissé vides les caisses de sa colonie.

Le côté positif de l’opération est qu’elle a permis d’éviter des tensions sociales qui pouvaient naître
de la famine ; l’Etat congolais n’a pas eu à recourir à la mobilisation des devises pour l’achat des denrées à
l’extérieur. Le côté négatif est qu’elle fut le multiplicateur de la dépendance du pays envers l’Amérique, et a
causé un retard dans l’élaboration d’une politique d’autosuffisance alimentaire pour le pays. Les fonds de
contrepartie s’accumulaient dans les banques, demeurant à la libre disposition des Etats-Unis, et ne furent
pas affectés au développement du pays. La politique monétaire et financière du pays s’est trouvée en 1962
et 1963 sous la tutelle des Etats Unis.

Malheureusement, cette aide qui devait permettre la soudure conjoncturelle fut pérennisée par les
différents gouvernements. Aujourd’hui elle est remplacée par la politique d’importation et de non
financement de l’agriculture locale.

Revenons sur la loi 480 votée par le Congrès américain en 1954. Elle faisait suite à plusieurs mesures
prises depuis 1927 à Washington pour réguler leur production agricole. Depuis 1954, cette loi a toujours été
prorogée. Son objectif est clair : faire disparaître les surplus agricoles et aider à l’expansion du commerce
agricole des Etats-Unis. Elle organise toutes les exportations agricoles de ce pays, en acceptant les accords
de troc et les paiements en monnaie locale.

Elle contribue à élargir les marchés d’exportation, en transformant, à terme, une mesure d’aide en
vente en dollars, selon le processus suivant : dans un premier temps, les Etats-Unis accordent des dons ou
établissent des accords de troc avec le pays. Dans un deuxième temps, ils signent des contrats payables en
monnaie du pays, et enfin en dollars, avec accord de crédit. Le but étant d’intégrer le pays dans des relations
commerciales « normales » avec les Etats-Unis.

Puisque les devises du pays bénéficiaire ne sont pas utilisées à l’achat de produits agricoles, elles
demeurent disponibles pour l’acquisition de produits manufacturés américains. Ainsi 5 % du produit des
ventes doivent être obligatoirement consacrés par le pays bénéficiaire au financement d’activités susceptibles de développer de nouveaux marchés pour ces produits, et 2 % à celles nécessaires au développement
de ces ententes : en accordant des prêts, à des sociétés ou à des coopératives destinées à fabriquer des
produits sous licence américaine ou à diffuser de tels produits. A cela il faut ajouter que le transfert des vivres
se fait sur les bateaux américains, qui bénéficient ainsi du fret ; enfin, que ce transfert évite des coûts de
stockage des récoltes au pays donateur.

En outre, socialement : elle assure le maintien du pouvoir d’achat des agriculteurs USA. Elle contribue
à l’équilibre de la balance des paiements, et à l’élargissement de l’influence américaine. Par rapport au
marché mondial des produits agricoles, il est clair que l’échange commercial normal effectué selon les
mécanismes du marché est préservé ; en plus, cette pratique est un régulateur des cours mondiaux, car le
surplus n’est pas déversé sur le marché mondial aux conditions du marché, ce qui accroitrait l’offre et
entraînerait une baisse des cours.

Revenons à notre préoccupation pour redire que la famine à Kinshasa est une vielle chronique. Dans
un tel contexte, les termes de « changement climatique », de guerre en Ukraine ne sont pas seulement
insuffisants, ils sont mensongers. La tragique famine qui frappe aujourd’hui la ville de Kinshasa n’est pas le
seul fait de l’extérieur. Elle est tout autant, sinon plus, le résultat d’une politique de gouvernance inadéquate,
menée volontairement par le colonisateur et reprise sans intelligence appropriée par le Congo indépendant.

Aujourd’hui, comme pour en rajouter à la crise, les importations des denrées ont affecté le régime
alimentaire du kinois : la semoule de maïs a remplacé la farine de maïs local, la farine de froment par la
fabrication du pain provoque un recul annulatif de consommation de chikwanga, le mil jadis préféré a
disparu, le riz de Bumba est introuvable, les cuisses importées ont ruiné l’élevage urbain, les cotis ont évincé
les chèvres, les moutons et les porcs, sans oublier l’inflation d’importation causée par l’arrivée de ces vivres.

Mais, à long terme, cette imprévoyance criminelle devient l’approfondissement d’une politique
systématique : rien pour les paysans et les éleveurs, tout pour les néo-colonisateurs qui achètent les terres.
Dans la conjoncture présente, la cession des terres aux firmes étrangères, derrière de grands projets
d’apparence généreuse, mais qui ne trouvent aucun financement, ne vise qu’à tirer parti du dépeuplement
pour mettre en place de nouvelles formes d’exploitation du sol plus lucrative, mais toujours destinée à
l’enrichissement des dirigeants politiques.

Faut-il préciser que la politique agricole n’est qu’un aspect de la politique d’ensemble ? Ainsi les
difficultés actuelles pour faire parvenir les produits vivriers aux populations kinoises renvoient à la politique
d’infrastructures routières devant relier la capitale au reste du pays.

Dans le cadre de mes enquêtes, j’ai vu dans le cabinet d’un médecin pour enfant dans la pédiatrie de
Linguala, une bouteille de lait, trois biberons et des boites de biscuits sur le coin droit de son bureau. A ma
question de savoir pourquoi tout cela sur son bureau. Il m’a demandé d’être patient car je verrai de mes
propres yeux à quoi ces objets vont servir. Trois minutes après lorsqu’entre une femme portant un enfant de
deux ans aussi maigre que sa mère, le Médecin sans avoir posé aucune question à sa mère, lui donne le
biberon de lait. Cinq minutes après l’enfant ouvre les yeux, le médecin le prend et le fait asseoir sur son
bureau et lui donne des biscuits. L’enfant mange et respire d’un grand coup. Le soignant l’ausculte et prescrit
des examens à faire au laboratoire. Lorsque la dame est allée au labo, j’ai posé la question au médecin pour
savoir si c’est la malaria ou la faim. Le Docteur me dira que ce qui terrassait plus l’enfant, était la faim qui a
joué le rôle de marqueur aggravant. J’étais interpellé par ce cas. Le Médecin m’expliquera par la suite que
sur 10 enfants qu’il reçoit quatre pouvaient ne pas venir à la pédiatrie s’ils étaient bien nourris. Mon
interlocuteur était surpris de constater que je n’étais pas au courant du phénomène faim à Kinshasa et me
conseilla de visiter la décharge de Delvaux pour voir ce qui s’y passe ou aller à celle de Kinseso nichée derrière
la commune de Matete.

La décharge de Delvaux étant d’accès difficile j’ai préféré m’orienter vers la Commune de Matete. A
Kinsenso on trouve de petites maisons en tôles de récupération plantées sur la décharge construite sur le
flanc de la décharge. On y rencontre des familles et des odeurs que domine cette montagne de détritus de
toutes les communes du sud de Kinshasa. Les enfants sont au sommet de cette colline, les adultes au milieu
et les femmes en bas tout près du ruisseau qui passe par là et qui est presque obstrué par les détritus. La
plupart des familles de ce lieu viennent des villages de l’ex-province de Léopoldville. Celle que j’ai abordée
venait des environs de Popokabaka. Le père avait été cherché par son cousin qui vit déjà à Kinshasa. La
famille est venue par camion jusqu’à Kingasani où elle comptait s’installer pour trouver un emploi de porteur
à l’aéroport de Ndjili. Malheureusement le père n’a pas été embauché, l’aéroport ayant des effectifs en
surnombre à cause de la diminution des vols pendant la pandémie de Covid.

D’après son épouse, leur venue à Kinshasa était due au fait qu’au village le bruit courrait sur le
nouveau gouvernement qui aurait fait venir les investisseurs qui ont créé des entreprises et embauchaient à
tour de bras ; la vie à Kinshasa était une merveille, l’ouvrier était si bien payé qu’il arrivait à nourrir sa famille.
Malheureusement en arrivant dans la capitale, la famille vit tout de suite que les choses étaient différentes.

Certes, Kinshasa est une grande ville avec des buildings jolis, mais les embauches n’existaient pas et que
l’ouvrier était plus étranglé que le villageois. Bien des choses pour les yeux mais très peu pour le ventre.
Malgré cette déception, l’homme ne se s’est pas laissé démonter. Il s’est mis à lutter de toute ses
forces, mais son courage ne lui permettait pas de nourrir, vêtir et loger sa famille. Il était garroté. Il n’avait
qu’une seule façon de desserrer le garrot : accepter en attendant, suivant les conseils de son pasteur, d’aller
vivre sur la décharge avec son coreligionnaire qui y était déjà.

Dans la décharge il n’y a pas de loyer à payer, on mange ce que la décharge offre, on vit sans souci du
surlendemain. La décharge est un paradis. Sur l’un de versants l’homme a bâti sa case en tôles. Les murs
comme la toiture sont en tôles ramassées sur la décharge tout comme les planches qui soutiennent la case.

Tout cela est fourni par cette intime camaraderie avec les détritus. La décharge est un grand ami, elle fournit
tout : logement, nourriture, habit, et vie. Chaque jour quand l’homme sort de sa case pour assister à la
première venue des chariots remplis des poubelles, le reste de la famille sort aussi. Les enfants descendent
de leur lit en planches ramassées sur la décharge, ouvrent la porte en bois fournis par la décharge et montent
au sommet de la montagne de détruits. Ils enfoncent leurs mains dans les déchets pour fouiller ou ramasser
ce qu’ils peuvent manger ou apporter à la famille. Ainsi le père est tranquille, il a des enfants qui se
nourrissent eux-mêmes embourbés dans les immondices remplis de ce qui est utile pour la survie.

Pendant ce temps, à Kinshasa, le vrai motif des cris d’alarme est la peur de l’explosion populaire que
pourrait causer, l’inflation et la colère des affamés. Il est temps de nous persuader qu’avant d’atteindre
l’émergence, comme le clament le Fond monétaire et les démagogues, le peuple doit manger, bien manger.

Ambroise V Bukassa,
Patriote congolais

By amedee

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