Finances & Entreprises, votre média, a posé la question à un des économistes congolais les plus rigoureux portant sur les critères déterminants pour évaluer l’action d’un Gouvernement ( en économie politique) au 21e siècle, partant du cas de la République démocratique du Congo ? Dans sa réponse, Luc Alouma a passé au peigne fin l’économie de la RDC selon les dix critères imposés par l’économie politique.
Luc Alouma : Pour évaluer l’action d’un gouvernement en économie politique au 21e siècle, il faut s’appuyer sur des critères combinant performance économique, justice sociale, gouvernance et durabilité.
Voici les principaux critères, illustrés par le cas de la RDC :
1.Croissance économique inclusive.
– Critère : Taux de croissance du PIB corrélé à une amélioration du bien-être général. En RDC, la croissance est tirée par les mines, mais reste non redistributive, car la pauvreté reste massive.
2. Diversification de l’économie
– Critère : Capacité à développer plusieurs secteurs (industrie, agriculture, services).
– RDC : l’Économie est encore extrêmement dépendante des minerais. Il y a peu de transformation locale.
3. Création d’emplois décents
– Critère : Taux de chômage, sous-emploi, qualité des emplois.
– En RDC, il y a un très haut taux de sous-emploi informel et des faibles opportunités pour les jeunes diplômés.
4. Répartition équitable des richesses
– Critère : Indice de Gini, accès aux services publics, réduction des inégalités.
– En RDC, il y a une forte concentration des revenus dans les mains d’une élite politique et économique.
5. Maîtrise de l’inflation et stabilité monétaire
– Critère : Capacité à maintenir la stabilité des prix et du taux de change.
– En RDC, l’inflation est relativement contenue récemment, mais l’instabilité monétaire reste chronique.
6. Bonne gouvernance économique
– Critère : Lutte contre la corruption, transparence budgétaire, efficacité des institutions.
– En RDC, la corruption reste systémique, il y a une mauvaise exécution budgétaire et une faible redevabilité.
7. Investissements dans les infrastructures et le capital humain
– Critère : Dépenses publiques dans l’éducation, la santé, les routes, l’énergie.
– En RDC, les déficits sont criants dans les infrastructures de base et dans l’éducation publique.
8. Capacité de mobilisation des recettes internes
– Critère : Taux de pression fiscale, efficacité des régies financières.
– En RDC, le taux de pression fiscale est très bas ( moins de 13%), il y a fuite des capitaux et une évasion fiscale massive.
9. Soutien à la production locale
– Critère : Politique industrielle, subventions ciblées, cadre incitatif aux PME.
– En RDC, il y a peu ou pas de soutien structuré à la production nationale.
10. Durabilité environnementale
– Critère : Prise en compte des ressources naturelles dans une logique durable.
– En RDC, il y a une riche biodiversité, mais l’exploitation anarchique des forêts et des minerais y demeure.
En résumé. La gouvernance économique au XXIe siècle doit allier efficacité, équité et durabilité. Dans le cas de la RDC, beaucoup d’indicateurs révèlent une action gouvernementale insuffisante ou mal orientée, dominée par des intérêts privés, sans vision claire de transformation structurelle.

