Ce rapport, disponible depuis décembre 2025, a été rendu public en février 2026. C’est une enquête menée en 2024 par l’Institut National de la Statistique (INS) à l’initiative du Gouvernement de la RDC via le ministère du Plan et de la coordination de l’aide au développement. C’est donc le document le plus récent avec des indicateurs sur la pauvreté en République démocratique du Congo.

Le Gouvernement de la RDC a publié en février 2026 l’Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages (ECVM 2024)  menée au cours de l’année 2024 dans les 26 provinces congolaises grâce à l’appui de la Banque mondiale, du PNUD et du HCR.

Cette enquête révèle des indicateurs clés, notamment un taux de pauvreté de 67,9 % sur une population estimée à 94 millions 472 557 habitants, avec un seuil fixé à 5 680 FC par jour et par personne. Parmi les 94 472 557 de congolais, 64 millions 252 234 personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, soit une incidence moyenne de la pauvreté au niveau national de 67,9%.

Selon ce document, un individu pauvre est une personne qui vit dans un ménage pauvre. Un ménage pauvre est un ménage où la consommation annuelle par tête est inférieure au seuil de pauvreté qui est de 2 073 282 FC par personne et par an (soit 172 774 FC par mois ou 5 680 FC par jour).

L’intensité de la pauvreté qui est l’indicateur rendant compte du gap moyen de revenu par rapport au seuil de pauvreté, est évaluée en moyenne à 42,3% du seuil. Cet indicateur calculé en se restreignant aux pauvres sert à déterminer le montant du revenu qu’il faudrait transférer à un individu pauvre pour le sortir de sa situation de pauvreté. Son utilisation dans l’analyse de la situation confirme la discrimination entre les milieux urbain et rural. Il en résulte que, pour éradiquer la pauvreté, dans une hypothèse où on fait un ciblage parfait, le montant de revenu qui devrait être transféré à un individu pauvre pour le sortir de la pauvreté s’élève à 2 400 FC par jour. Les estimations effectuées révèlent que la profondeur et la sévérité de la pauvreté sont aussi élevées, évaluées à 28,7% et 15,5% respectivement.

L’incidence moyenne de la pauvreté de 67,9% masque de profondes disparités en fonction des provinces, selon les enquêteurs. Pour caractériser les provinces en fonction de l’incidence de la pauvreté, trois sous-ensembles ont été repérés. Tout d’abord, la province de Kinshasa, que l’on qualifierait de moins pauvre avec une incidence de pauvreté estimée à 52,6%, ensuite le sous-ensemble constitué des provinces du Kongo Central, de Lualaba, du Haut-Katanga, de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de la Tshuapa, du Kwango, du Mai-Ndombe, de l’Equateur et de la Lomami, où l’incidence est comprise entre 60% et moins de 70% ; et enfin le sous-ensemble extrême constitué du reste des provinces, où l’incidence de la pauvreté est de 70% ou plus.

Pauvreté et milieu de résidence

La pauvreté est dans une certaine mesure influencée par le niveau d’urbanisation, indique le rapport. Le taux de pauvreté est nettement plus fort en milieu rural (où plus du tiers des individus est pauvre) qu’en milieu urbain. Du reste, la forte concentration de la population en milieu rural fait que sur 10 personnes pauvres, 7 vivent en milieu rural.

Par ailleurs, l’indice de l’écart de pauvreté qui représente l’écart moyen entre le niveau de consommation de la population pauvre et le seuil de pauvreté est beaucoup plus élevé en milieu rural. En effet, cet indice est de l’ordre de 32% en milieu rural contre 21% en milieu urbain. De même l’indicateur de sévérité de la pauvreté est presque le double en milieu rural. Ce qui signifie que les pauvres vivant en milieu rural ont un niveau de consommation individuelle qui s’écarte beaucoup plus du seuil de pauvreté comparativement au niveau de consommation individuelle des pauvres qui résident en milieu urbain.

S’agissant des dépenses en milieu rural, un individu dépense en moyenne 4 800 FC par jour pour l’ensemble de ses besoins de consommation aussi bien alimentaire que non alimentaire. Ce montant est de 6 800 FC en milieu urbain soit près d’une fois et demi (1,4 fois) de celui des individus vivant en milieu rural.

Croissance économique et contraintes au niveau provincial

La croissance a exacerbé les disparités socio-économiques entre les provinces, creusant le fossé entre les régions minières et le reste du pays. Les provinces du Haut-Katanga, du Lualaba, du Sud-Kivu et de l’Ituri, ainsi que la ville de Kinshasa, ont concentré l’essentiel des investissements et de la valeur ajoutée générée en 2024. À l’inverse, les provinces à fort potentiel agricole, telles que celles du Grand Kasaï, du Mai-Ndombe, du Kwilu et du Kongo Central, ont été doublement pénalisées.

D’une part, le boom minier a induit un effet de « maladie hollandaise », rendant les productions agricoles locales moins compétitives face aux importations. D’autre part, ces régions souffrent d’un désinvestissement chronique dans les infrastructures de base (routes, stockage, irrigation), comme en atteste la faible croissance du secteur agricole (2,2% en 2024, INS-Comptes nationaux).

Ces déséquilibres spatiaux sont accentués par les lacunes dans la mise en œuvre de la décentralisation, notamment des transferts financiers insuffisants et des capacités techniques limitées au niveau local, entravant la mise en œuvre de projets de développement équilibré et perpétuant l’enclavement et la pauvreté dans de nombreuses zones.

Rappelons qu’au cours de l’année 2024 de l’exécution de l’enquête, la RDC avait affiché une performance macroéconomique robuste, avec une croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) réel de 6,7%, consolidant sa position parmi les économies à la croissance la plus rapide d’Afrique. Cette performance a été principalement portée par le secteur extractif. Ce dernier a enregistré une croissance de 12,8%, tirée par une production accrue de cuivre et de cobalt et des cours internationaux favorables. Cette croissance s’est inscrite dans un cadre de stabilité macroéconomique préservée et caractérisée par une discipline budgétaire et un contrôle de l’inflation, celle-ci étant ramenée à 11,7% fin décembre 2024. Malgré ces résultats positifs, l’économie reste structurellement dépendante des industries extractives, le secteur non minier n’ayant progressé que de 2,6.

Ce rapport constitue l’outil statistique le plus complet pour analyser les revenus, la consommation, l’accès aux services essentiels et le bien-être des populations. Le soutien technique et opérationnel du PNUD a permis de renforcer la capacité de l’INS, assurant une collecte de données rigoureuse et harmonisée à l’échelle nationale. Cette édition 2024 fournit une base de données fiable permettant d’approfondir les analyses socio‑économiques sur la consommation, le logement, l’éducation, l’emploi, la santé et l’accès aux services publics.

Ces résultats contribueront à améliorer la planification publique, à ajuster les programmes sociaux, à mesurer l’impact des réformes et à renforcer le suivi des Objectifs de Développement Durable (ODD), consolidant ainsi l’efficacité de l’action gouvernementale.

Amédée Mwarabu

By amedee

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