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Le franc congolais fait partie de ce palmarès

0. Introduction

En économie, une monnaie se définit par ses fonctions essentielles : l’unité de compte, l’intermédiaire d’échange et la réserve de valeur. Ainsi, la force ou la faiblesse d’une monnaie dépend de sa capacité à remplir efficacement ces rôles. Autrement dit, une monnaie forte est celle qui assure pleinement ces fonctions de base, tandis qu’une monnaie faible est celle qui en est partiellement ou totalement dépourvue.

La monnaie la plus faible au monde se caractérise par un pouvoir d’achat inférieur à celui de toutes les autres devises. À l’inverse, les monnaies les plus fortes permettent d’acquérir une plus grande quantité de biens et de services avec une même unité monétaire et sont largement acceptées comme intermédiaire dans les échanges commerciaux. Elles traduisent ainsi la solidité et la stabilité de l’économie qui les émet.

Notre analyse porte sur l’identification de quinze monnaies figurant parmi les devises les plus faibles au monde en septembre 2025. L’objectif est de vérifier si les tendances observées pour ces monnaies faibles suivent le même schéma que celles constatées pour les monnaies fortes.

En effet, cette période se caractérise par une appréciation notable de plusieurs monnaies fortes, sous l’effet des anticipations formulées dans les mois précédents et de la baisse effective du taux directeur décidée par la Réserve fédérale des États-Unis (Fed). À titre d’illustration, avant cette réduction du taux directeur, le dollar américain avait enregistré une évolution contrastée face à d’autres devises majeures telles que l’euro et la livre sterling. L’analyse que nous menons permettra ainsi de déterminer si les monnaies faibles réagissent de manière similaire ou divergent des tendances observées sur les devises les plus solides.

1) L’évolution des monnaies faibles dans le monde entre 31 août et le 30 septembre.

Les monnaies les plus faibles au monde se répartissent à travers plusieurs continents. En Afrique, la majorité de ces devises proviennent de la région subsaharienne, notamment le dollar zimbabwéen (Zimbabwe), le franc guinéen (Guinée), le franc burundais (Burundi), le franc congolais (République Démocratique du Congo), l’ariary malgache (Madagascar) et le shilling tanzanien (Tanzanie). En Asie, on retrouve la livre libanaise, le rial iranien, le dong vietnamien, le kip laotien, la roupie indonésienne, la livre syrienne, le som ouzbek et le riel cambodgien. En Amérique, la seule monnaie figurant parmi les plus faibles est le guarani paraguayen. Enfin, aucune monnaie issue de l’Europe ni de l’Océanie ne se retrouve dans cette catégorie.

En effet, la livre libanaise (LBP) se classe en tête des monnaies les plus faibles, avec un taux de change atteignant 89 444,3 LBP pour 1 dollar américain au 30 septembre, comparé au 31 août qui était à 90 047,8, soit une appréciation de 0,67 %. Cette situation résulte de la crise financière au Liban, de l’instabilité politique et de la baisse des réserves de change, qui ont fortement contribué à la dépréciation de la monnaie nationale. L’effondrement du secteur bancaire et la corruption ont en outre détruit la confiance des citoyens et des investisseurs dans la livre libanaise. En raison de ces facteurs, elle est considérée comme la monnaie la plus faible au monde. Les efforts visant à stabiliser l’économie ont été entravés par un manque de consensus politique et l’absence de réformes structurelles, rendant difficile pour le Liban de se redresser de sa récession économique.

Le dollar zimbabwéen (ZWL) se classe parmi les monnaies les plus faibles du monde, avec un taux de change atteignant 66 696,6 ZWL pour 1 dollar américain au 30 septembre, par rapport au 31 août qui affichait 66 935,3, soit une appréciation de 0,36 %. Cette monnaie a subi une dévaluation extrême ainsi qu’une hyperinflation sévère, entraînant des redénominations fréquentes. Les difficultés du dollar zimbabwéen résultent de plusieurs années de mauvaise gestion économique, de l’hyperinflation persistante et d’un manque de confiance des investisseurs. Malgré l’introduction de billets obligataires et d’autres mesures monétaires, le gouvernement peine à stabiliser l’économie.

Le rial iranien (IRR) figure sur la liste des monnaies les plus faibles, le taux de change s’élève à 42 048,3 IRR pour 1 dollar américain au 30 septembre, le 31 août il était à 42 033,3, soit une dépréciation de 0,04 %. La principale explication
de cette faiblesse tient aux sanctions économiques internationales, qui ont fortement restreint la capacité de l’Iran à participer au commerce mondial et à attirer les investissements étrangers. Par ailleurs, plusieurs facteurs internes accentuent cette vulnérabilité. L’inflation élevée, l’instabilité politique persistante et une dépendance marquée aux exportations de pétrole, sans diversification économique suffisante, limitent la résilience de la monnaie nationale. Ces
éléments combinés font du rial iranien la monnaie la plus faible au monde en 2025, impactant directement le pouvoir
d’achat et la stabilité économique du pays.

Le dong vietnamien se situe parmi les monnaies les plus faibles au monde, avec un taux de change d’environ 26 420 VND pour 1 USD au 30 septembre, en comparaison avec le 31 août où il était à 26 345,7, soit une dépréciation de 0,28 %. Cette faible valeur est le résultat de plusieurs décennies de réévaluations et de politiques monétaires visant à stabiliser l’économie. Bien que le VND conserve une certaine stabilité interne, sa valeur face aux devises étrangères reste très limitée, ce qui restreint le pouvoir d’achat international des Vietnamiens. L’inflation passée et les ajustements monétaires successifs ont contribué à cette situation. Les échanges commerciaux internationaux sont ainsi plus coûteux, obligeant le pays à s’adapter pour attirer les investissements étrangers.

Le kip laotien (LAK) s’échange autour de 21 707,7 LAK pour 1 USD au 30 septembre, par rapport au 31 août où il était à 21 657,5, soit une dépréciation de 0,23 %, plaçant le Laos parmi les pays à monnaie faible. La dépendance aux importations et le faible développement industriel ont pesé sur la valeur du LAK. L’instabilité économique et la faible diversification des revenus ont limité la résilience de la monnaie face aux fluctuations du marché. Pour les citoyens, cela signifie un pouvoir d’achat restreint lorsqu’ils achètent des biens importés. Le gouvernement laotien continue de chercher des mesures pour stabiliser l’économie et renforcer la confiance dans le kip.

La roupie indonésienne vaut environ 16 643,4 IDR pour 1 USD au 30 septembre, le 31 août elle était à 16 395,2, soit une dépréciation de 1,53 %. Affectée par l’inflation et les déficits commerciaux, l’économie indonésienne, malgré sa croissance, reste sensible aux variations des prix des matières premières et aux investissements étrangers. Cette vulnérabilité a contribué à la dépréciation de la roupie, limitant la capacité des habitants à acquérir des biens importés. Les autorités monétaires indonésiennes poursuivent des politiques pour stabiliser la monnaie, mais le contexte international continue de peser sur sa valeur. Les fluctuations fréquentes influencent également le commerce extérieur et la compétitivité industrielle.

La livre syrienne a un taux de change extrêmement bas, autour de 13 001,9 SYP pour 1 USD au 30 septembre, identique
au 31 août, soit une variation nulle (0 %). Cette situation est la conséquence directe de la guerre civile prolongée et des
sanctions internationales. L’effondrement économique a détruit la confiance des citoyens dans la monnaie nationale.
L’inflation galopante et la destruction des infrastructures ont rendu les transactions quotidiennes plus difficiles. Les
habitants doivent faire face à une forte perte de pouvoir d’achat, et le commerce international est pratiquement entravé.
La situation reste critique malgré les tentatives du gouvernement pour stabiliser la livre syrienne.

Le som ouzbek s’échangeait à 12 117,1 UZS pour 1 USD au 30 septembre, comparé au 31 août où il était à 12 482,8, soit
une appréciation de 2,93 %. Bien que l’Ouzbékistan ait progressé sur le plan économique, le som reste faible en raison de restrictions sur la convertibilité et de l’inflation modérée. Cette faiblesse limite la compétitivité des produits ouzbeks à l’étranger et réduit la capacité des citoyens à acheter des biens importés. La monnaie reflète également les défis d’une
économie en transition post-soviétique. Les autorités poursuivent des réformes pour stabiliser le som et améliorer la confiance des investisseurs

Le franc guinéen vaut environ 8 683,25 GNF pour 1 USD au 30 septembre, le 31 août il était à 8 680,95, soit une dépréciation de 0,03 %. Une situation accentuée par l’instabilité politique et la forte dépendance aux matières premières.
L’inflation persistante a érodé le pouvoir d’achat, rendant les biens importés très coûteux pour les Guinéens. La monnaie
reste vulnérable aux chocs externes et aux fluctuations des prix des exportations. Les efforts pour renforcer la stabilité économique se heurtent à des contraintes institutionnelles et financières. Cette situation illustre les défis auxquels sont
confrontées les économies fortement dépendantes des ressources naturelles.

Le guarani paraguayen se situe à 7 091,08 PYG pour 1 USD au 30 septembre, tandis qu’au 31 août il était à 7 242,43, soit une appréciation de 2,11 %. Malgré une économie relativement stable, le Paraguay fait face à une monnaie faible en raison d’une histoire d’inflation et d’un marché intérieur limité. Le faible taux de change réduit le pouvoir d’achat à l’étranger et rend certains biens importés moins accessibles. Les exportations sont cruciales pour soutenir l’économie, mais elles ne suffisent pas à renforcer significativement la valeur du guarani. Les politiques monétaires sont orientées vers
la stabilité, mais les défis demeurent.

L’ariary malgache vaut environ 4 473,3 MGA pour 1 USD au 30 septembre, en comparaison avec le 31 août où il était
à 4 476,79, soit une appréciation de 0,08 %. L’instabilité économique et les infrastructures limitées ont contribué à la
faiblesse de cette monnaie. L’inflation chronique et la dépendance à certains secteurs fragiles limitent la capacité de la
monnaie à se stabiliser. Pour les Malgaches, cela signifie un pouvoir d’achat restreint et un accès difficile aux produits
importés. La monnaie reflète également la vulnérabilité du pays aux chocs économiques externes.

Le riel cambodgien s’échange à 4 008,54 KHR pour 1 USD au 30 septembre, par rapport au 31 août où il était à 4 004,2, soit une dépréciation de 0,11 %. Bien que le Cambodge connaisse une croissance soutenue, la monnaie reste faible et limite les échanges internationaux. L’inflation et la dépendance à certains secteurs économiques accentuent cette fragilité. Pour les entreprises et les particuliers, cela se traduit par un coût plus élevé pour les biens importés. Le gouvernement met en place des mesures pour renforcer la stabilité monétaire.

Le franc burundais est à 2 936,48 BIF pour 1 USD au 30 septembre, le 31 août il était à 2 954,46, soit une appréciation
de 0,61 %. L’instabilité politique et l’inflation persistante ont affaibli la monnaie, réduisant la confiance des citoyens et des investisseurs. Les biens importés sont plus chers, et le commerce extérieur reste limité par la faiblesse du BIF. Cette situation reflète les difficultés structurelles de l’économie burundaise. Les autorités tentent de stabiliser la monnaie, mais
les défis internes et externes restent importants.

Le shilling tanzanien s’échange à 2 444,43 TZS pour 1 USD au 30 septembre, en comparaison avec le 31 août où il était
à 2 862,0, soit une appréciation de 14,56 %. Malgré une croissance économique positive, le TZS reste faible en raison de
l’inflation et du manque de diversification de l’économie. Les Tanzaniens voient leur pouvoir d’achat limité pour les biens
importés, et la monnaie demeure vulnérable aux chocs externes. Les autorités travaillent à renforcer la stabilité et la
confiance dans la monnaie, mais le chemin vers une valorisation plus forte est encore long.

Le franc congolais vaut environ 2 599,918 CDF pour 1 USD au 30 septembre, comparé au 31 août qui affichait 2 862,05, soit une appréciation de 9,15 %. La dépendance aux matières premières, l’inflation élevée et les déséquilibres économiques
ont contribué à la dépréciation du CDF. Le pouvoir d’achat des Congolais est fortement réduit et l’accès aux produits
importés devient plus coûteux. Les politiques économiques cherchent à stabiliser la monnaie, mais la confiance reste
faible sur le marché international. La situation économique nécessite des réformes structurelles pour restaurer la valeur
du CDF.

En résumé, sur les quinze monnaies faibles analysées entre le 31 août et le 30 septembre 2025, neuf se sont appréciées
tandis que six ont soit perdu de la valeur, soit stagné. Les monnaies ayant connu une appréciation notable, classées du gain le plus élevé au plus faible, sont : le shilling tanzanien (Tanzanie), le franc congolais (République Démocratique du
Congo), le som ouzbek (Ouzbékistan), le guarani paraguayen (Paraguay), le franc burundais (Burundi), la livre libanaise
(Liban), le dollar zimbabwéen (Zimbabwe), l’ariary malgache (Madagascar) et le franc guinéen (Guinée). Cela montre que,
contrairement aux monnaies fortes qui ont généralement profité de la baisse du taux directeur de la Fed, les devises faibles réagissent de manière hétérogène selon leur contexte économique et politique. Certaines ont légèrement gagné en valeur malgré leur fragilité, alors que d’autres ont continué à se déprécier ou à rester stables, soulignant l’influence des facteurs internes comme l’inflation, l’instabilité politique et la dépendance aux matières premières, ainsi que des pressions externes du marché.

Congo Challenge N°101

 

By amedee

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