Cette formule résume la fracture qui hante le destin congolais : celle d’un pays immensément doté en ressources, mais moralement appauvri par l’absence de réciprocité entre l’État et le citoyen. L’histoire économique de la République Démocratique du Congo est jalonnée de cycles de croissance minière, d’envolées du cuivre ou du cobalt, mais sans transformation durable du quotidien des citoyens. La prospérité mesurée par le PIB ne s’est jamais traduite en prospérité ressentie. La richesse, au lieu de nourrir la dignité collective, s’est concentrée entre les mains de quelques-uns, coupant le lien moral qui fonde le contrat social.
Dans un système juste, chaque progrès matériel doit produire un retour moral : l’amélioration des services publics, la sécurité, la reconnaissance du travail, la confiance dans les institutions. En RDC, cette boucle de réciprocité est rompue. Le citoyen contribue, par son effort, sa patience, sa débrouille, mais ne reçoit pas en retour la part équitable de son engagement. La fiscalité est souvent punitive sans être redistributive, la richesse nationale sert d’abord à entretenir des réseaux d’allégeance plutôt qu’à renforcer les biens communs. C’est le paradoxe d’un pays riche où l’État reste pauvre, et où le peuple, malgré sa résilience, vit dans une économie de survie.
À l’inverse, la vertu congolaise, la foi, la solidarité, la patience, la générosité, a souvent servi de substitut à la justice. Le peuple supporte l’épreuve avec dignité, croyant que la moralité seule permettra la rédemption nationale. Mais une morale sans action devient inertie. Une vertu sans vigueur, c’est la résignation érigée en valeur. La société se félicite de son endurance, mais cette endurance, si elle ne débouche pas sur la transformation, finit par nourrir la stagnation. Le stoïcisme collectif devient alors une anesthésie politique.
Le véritable développement exige l’union des deux dimensions : la croissance avec conscience, la vertu avec ambition.
Jo M. Sekimonyo

