Mettre en place une économie 24 h/24 en République démocratique du Congo ne serait pas un simple ajustement d’horaires. Ce serait un changement profond dans la manière de penser le développement, une redéfinition du rapport au temps, à la productivité et à la valeur humaine du travail. Une telle évolution apporterait de nombreux avantages, à la fois économiques, sociaux et culturels — si elle est bien encadrée et orientée vers le bien commun.
Accroître la productivité nationale. L’un des premiers bénéfices d’une économie 24/24 est la maximisation de l’utilisation des infrastructures existantes. Dans de nombreux pays, les usines, ports, hôpitaux ou équipements publics ne fonctionnent qu’une partie de la journée, laissant des ressources coûteuses sous-utilisées. En RDC, où les investissements en infrastructures sont lourds et souvent limités, prolonger les heures d’activité permettrait de rentabiliser plus rapidement ces équipements. Prenons l’exemple du port de Matadi ou des mines du Katanga : en adoptant une organisation par roulement, les mêmes infrastructures pourraient doubler leur productivité sans nécessiter d’investissements immédiats supplémentaires. Cela signifierait plus de production, plus de recettes fiscales, et plus de valeur ajoutée nationale — un cercle vertueux pour l’ensemble de l’économie congolaise.
Créer de nouveaux emplois et diversifier les horaires de travail. L’économie 24 h/24 ne détruit pas les emplois : elle en crée de nouveaux. Dans une société jeune où chaque année des centaines de milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail, cette ouverture temporelle représente une formidable opportunité d’insertion professionnelle. Les métiers du transport nocturne, de la sécurité, de la maintenance, des services numériques, du nettoyage industriel, de la restauration tardive ou de la logistique trouveraient un espace de croissance naturelle.
De plus, une organisation par équipes ou par rotations permettrait à certaines catégories de travailleurs (étudiants, femmes, travailleurs indépendants) d’adapter leur emploi du temps selon leurs besoins, favorisant ainsi une plus grande flexibilité sociale. Dans un pays où la jeunesse est souvent sous-employée, cette diversification du temps de travail pourrait devenir un outil de réduction du chômage et d’autonomisation économique.
Stimuler la compétitivité et l’intégration régionale. La RDC se situe au cœur de l’Afrique et partage ses frontières avec neuf pays. Ce positionnement géographique unique en fait un carrefour stratégique pour le commerce continental. Or, dans un monde où les marchés fonctionnent en continu, rester enfermé dans un cycle de travail limité aux heures diurnes, c’est se priver d’une part importante des opportunités régionales et mondiales.
Une économie 24 h/24 permettrait à la RDC de s’aligner sur les rythmes économiques des autres régions, d’exporter sans interruption, et d’intégrer plus facilement les chaînes de valeur internationales. Par exemple, une entreprise congolaise de logistique pourrait traiter des commandes la nuit pour l’Afrique australe ou l’Europe, tandis qu’un centre d’appels de Kinshasa pourrait servir des clients en Amérique du Nord pendant leur journée. Ce décalage horaire, bien exploité, deviendrait un avantage compétitif pour le pays.
Améliorer la qualité de vie et la continuité des services. Au-delà de la productivité, l’économie 24 h/24 touche directement la vie quotidienne des citoyens. Accéder à des services essentiels — soins médicaux, transports, énergie, communications — à toute heure du jour ou de la nuit, c’est une marque de progrès et de modernité. Imaginez une capitale où les hôpitaux fonctionnent sans interruption, où les stations-service sont ouvertes en permanence, où les transports urbains permettent de se déplacer la nuit en sécurité, où les paiements numériques ne connaissent pas de pause.
Cette disponibilité accrue réduirait les pertes de temps, améliorerait la sécurité, faciliterait la vie des travailleurs de nuit, et créerait un climat de confiance dans la continuité du service public. De plus, dans un contexte d’instabilité électrique, une économie organisée autour de la redondance énergétique (batteries, mini-réseaux solaires, microcentrales locales) favoriserait une meilleure résilience face aux coupures et imprévus.
Encourager l’innovation et la transformation technologique. Une économie 24 h/24 est, par nature, technologique. Elle s’appuie sur des systèmes intelligents : capteurs, plateformes numériques, automatisation, intelligence artificielle. En cherchant à bâtir un tel modèle, la RDC serait contrainte — positivement — d’accélérer sa transition numérique et de renforcer son infrastructure technologique nationale. Cela stimulerait la recherche locale, l’entrepreneuriat numérique et la création de start-ups. Des hubs technologiques pourraient émerger à Kinshasa, Goma ou Lubumbashi, spécialisés dans les solutions de maintenance à distance, de cybersécurité ou de gestion énergétique. Ainsi, l’économie 24 h/24 deviendrait un accélérateur d’innovation, ouvrant la voie à une nouvelle génération de travailleurs du savoir.
Renforcer la résilience économique et sociale. Enfin, une économie en continu accroît la résilience du pays face aux chocs. En diversifiant les horaires, les secteurs et les modes de production, la RDC pourrait réduire sa dépendance à certaines heures, zones ou marchés. Par exemple, un système de production flexible permet de mieux résister à une coupure d’électricité diurne ou à une perturbation logistique temporaire. Sur le plan social, la disponibilité d’activités nocturnes encadrées, sécurisées et productives pourrait aussi réduire les risques d’insécurité urbaine liés au chômage et à l’oisiveté. L’économie 24 h/24, bien gérée, peut ainsi devenir un facteur d’ordre, de stabilité et de dignité, où chaque heure compte et contribue à la construction nationale.
En somme, bâtir une économie 24 h/24 en RDC ne consiste pas à faire travailler plus, mais à travailler autrement — à optimiser le temps collectif, à créer des opportunités nouvelles et à reconnecter la nation avec le rythme du monde. C’est une transformation qui marie la modernité technologique à la vitalité congolaise, et qui pourrait faire du Congo non plus seulement le poumon minier de l’Afrique, mais aussi son cœur économique battant jour et nuit.
Texte tiré de la Tribune de Dr John M. Ulimwengu intitulée « Comment bâtir une économie 24 h/24 en RDC ? »
Lire l’intégralité de l’article ici

