Un engin dans une carrièreUn engin dans une carrière

Il est important de démystifier certaines idées reçues qui circulent à propos de l’exploitation minière en République Démocratique du Congo (RDC), notamment l’idée selon laquelle les États-Unis utilisent le Rwanda dans une guerre asymétrique contre la RDC pour accéder à nos minerais à bas prix. Bien que cela puisse sembler plausible à première vue, cette interprétation est incomplète et ne rend pas pleinement compte des mécanismes réels à l’œuvre.

En réalité, les minerais extraits de la RDC peuvent effectivement être acquis à bas prix dans le pays, mais une fois exportés, ces minerais sont rachetés par les États-Unis ou par des industries asiatiques sous leur tutelle à des prix bien meilleurs. Le véritable problème ne réside pas dans l’acquisition des minerais à bas prix, mais dans le système global qui permet à ces minerais de se transformer en richesses sans que la RDC en bénéficie véritablement.

1. La vraie nature de l’échange

Il faut comprendre que l’échange des ressources minérales congolaises avec des « monnaies » – principalement des dollars américains – ne constitue pas un véritable échange de valeur. L’élément crucial à comprendre ici est que nous, Africains, avons été habitués à considérer la monnaie comme un signe de richesse, alors qu’en réalité, elle n’est qu’un simple intermédiaire d’échange. Les dollars américains que nous recevons en échange de nos minerais n’ont pas de valeur intrinsèque. Ils sont, en fait, des billets imprimés par les États-Unis sans contrepartie tangible. Ce système repose sur une monnaie fiduciaire, c’est-à-dire une monnaie qui ne repose pas sur une réserve de valeur réelle, mais sur la confiance accordée à l’émetteur.

Les États-Unis, en tant que souverains émetteurs de cette monnaie, impriment des billets de banque sans qu’il y ait une valeur productive réelle derrière. Ces billets, dits « dollars américains », sont utilisés pour acheter nos ressources minières. Cependant, ces dollars sont conçus pour ne pas revenir rapidement dans l’économie américaine afin d’éviter une inflation qui nuirait à la stabilité économique des États-Unis. Ainsi, ces dollars sont injectés dans notre économie pour capter nos ressources réelles, alimenter leur propre croissance et alimenter des conflits sans fin.

2. Une extraction de ressources sans contrepartie réelle

En d’autres termes, la RDC se voit expropriée de ses richesses naturelles, qui sont ensuite exportées et revendues sous forme de minerais précieux. En échange, nous recevons des papiers qui, bien qu’imprimés sous forme de billets de banque, n’ont pas de valeur réelle et ne produisent pas de biens ou services durables. Ces dollars sont utilisés pour alimenter des guerres, soutenant des acteurs qui se donnent l’illusion de s’enrichir, alors qu’en réalité, ils n’engendrent qu’une illusion de prospérité fondée sur des ressources qui leur échappent.

Le problème réside dans le fait que ces dollars de la guerre ne servent qu’à renforcer un système qui perpétue la misère. Même des acteurs comme le Rwanda, qui sont embourbés dans cette dynamique, n’ont pas pleinement conscience des enjeux sous-jacents. Ils ne comprennent pas que les raisons profondes de cette exploitation minière sauvage ne résident pas dans une simple quête de richesses immédiates, mais dans un système complexe et cynique qui exploite et transfère de la richesse réelle tout en laissant des miettes à ceux qui participent à ce processus.

La critique d’Adam Smith : la production comme base de richesse.

Dans son ouvrage fondateur *La cause de la richesse des nations*, le célèbre économiste Adam Smith soutient que la véritable source de la richesse réside dans la production. Autrement dit, toute richesse qui n’est pas fondée sur la production réelle de biens ou services est en réalité fictive et destinée à disparaître tôt ou tard. Cela renforce l’idée selon laquelle le modèle actuel d’exploitation des ressources minières en RDC, basé sur une monnaie fiduciaire sans contrepartie productive, est voué à l’échec. L’illusion d’enrichissement créée par ces transactions ne peut durer que tant que le système qui la soutient reste intact.

 Cependant, cette situation n’est pas une fatalité. Si la RDC veut véritablement s’émanciper de cette spirale d’exploitation minière sauvage, elle doit réexaminer les termes de ses échanges avec le monde extérieur. La vraie richesse, selon Smith, ne réside pas dans l’exploitation des ressources naturelles par des acteurs externes, mais dans la capacité d’un pays à créer et à maintenir une base productive nationale. La RDC doit se tourner vers une gestion plus responsable et plus équitable de ses ressources naturelles, en veillant à ce que la valeur ajoutée de ses minerais ne soit pas captée par des puissances étrangères, mais serve au développement économique et social du pays.

En somme, l’exploitation minière en RDC repose sur un mécanisme mondial où les minerais sont extraits à bas prix, mais revendus à des prix bien meilleurs sans que le pays n’en tire de bénéfices réels. Les monnaies échangées contre nos ressources n’ont pas de valeur intrinsèque et servent à alimenter un système qui privilégie les puissances extérieures.

3. La fuite de responsabilité environnementale

Une autre raison fondamentale pour laquelle les États-Unis persistent dans l’exploitation minière sauvage en République Démocratique du Congo réside dans les enjeux environnementaux associés à l’extraction et au traitement des minerais. En effet, cette exploitation minière, souvent menée de manière irresponsable, entraîne de graves conséquences sur les écosystèmes locaux. Les procédés mécaniques et chimiques utilisés pour extraire et traiter ces minerais, tels que le cobalt, le cuivre ou l’or, sont extrêmement nuisibles à l’environnement. Les techniques d’extraction, notamment l’utilisation de produits chimiques toxiques, polluent l’eau, détruisent les sols et menacent la biodiversité.

 Le problème majeur réside dans le fait que les pays qui exploitent ces ressources naturelles, comme la RDC et ses voisins, sont souvent incapables de prendre en charge les coûts environnementaux liés à ces pratiques. Les États-Unis, ainsi que d’autres puissances économiques mondiales, ont un intérêt stratégique à maintenir ce système, car il leur permet d’accéder aux ressources de la RDC tout en évitant de supporter les coûts environnementaux qui y sont associés. Dans ce système global, les responsabilités environnementales sont soigneusement esquivées par les grandes puissances, qui continuent à profiter des minerais tout en laissant les pays producteurs faire face aux conséquences de l’exploitation, souvent sans les moyens nécessaires pour y remédier.

Les pays voisins de la RDC, souvent plongés dans des conflits internes ou transfrontaliers, deviennent alors les boucs émissaires de ce chaos environnemental. Les dégâts environnementaux sont minimisés et présentés comme des conséquences collatérales d’une guerre, et non comme un produit direct d’une exploitation minière illégale ou mal régulée. Ce stratagème permet aux puissances occidentales de détourner l’attention de leur propre responsabilité et de continuer à bénéficier des richesses extraites sans avoir à assumer les retombées écologiques.

Manipulations occidentales

Il est regrettable que, dans cette dynamique, certains pays africains ne reconnaissent pas à temps les manipulations exercées par les puissances occidentales. Au lieu de mettre en lumière les véritables raisons de la guerre, qui sont enracinées dans des intérêts économiques étrangers et l’exploitation de leurs ressources, beaucoup de nations africaines se retrouvent prises dans des conflits artificiels ou sont utilisées comme instruments dans des rivalités géopolitiques, tout en étant les principales victimes des conséquences environnementales et sociales de l’exploitation minière.

 Cette situation est un exemple frappant des inégalités mondiales dans la gestion des ressources naturelles. Les pays riches, notamment les États-Unis, bénéficient des ressources de pays comme la RDC sans avoir à en assumer les coûts réels – qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. Pendant ce temps, les peuples africains, souvent démunis, supportent les conséquences de ce pillage sans être en mesure de protéger leur environnement ou d’investir dans des infrastructures de développement durable.

Enfin, les États-Unis et d’autres puissances occidentales jouent un rôle central dans la persistance de l’exploitation minière en RDC sous sa forme actuelle, non seulement parce qu’ils cherchent à accéder à des ressources à bas prix, mais aussi parce qu’ils réussissent à esquiver les coûts environnementaux de cette exploitation. Ces coûts sont externalisés et supportés par les pays belligérants, pris dans des conflits et des manipulations géopolitiques, ce qui leur permet de continuer à profiter de la richesse minière de la RDC tout en dérobant aux populations locales leur droit à un environnement sain et à une gestion responsable de leurs ressources naturelles. La véritable question est donc de savoir si la RDC et ses voisins seront un jour capables de se libérer de ce cycle destructeur pour mettre en place des solutions durables et responsables qui profitent réellement à leurs peuples.

4. L’expérience du passé : L’Union Minière du Katanga et le transfert technologique

Une dernière raison clé pour laquelle les États-Unis et d’autres puissances occidentales persistent dans l’exploitation actuelle des minerais congolais est la volonté d’éviter tout transfert de technologie qui pourrait donner à la RDC un contrôle plus direct et plus souverain sur ses ressources naturelles et sa capacité industrielle. En effet, les puissances occidentales ont appris, au fil des décennies, qu’une fois qu’un pays dispose de la technologie nécessaire pour exploiter et traiter ses propres ressources, il acquiert non seulement un pouvoir économique considérable, mais aussi la possibilité d’améliorer son niveau de développement et de réduire sa dépendance vis-à-vis des puissances étrangères.

 L’exemple historique de l’Union Minière du Katanga, qui est aujourd’hui GECAMINES, est éclairant. À l’époque, lorsque les Occidentaux ont cédé le contrôle de l’UMHK aux Congolais après l’indépendance, beaucoup ont considéré cela comme une erreur stratégique. En confiant aux Congolais la gestion des ressources minières, ils ont estimé avoir perdu le contrôle non seulement des matières premières mais aussi des technologies et des savoir-faire industriels liés à leur exploitation. Cela a permis à la RDC, pendant un temps, de se doter d’une capacité d’extraction et de traitement sur place.

Cependant, après l’indépendance, la gestion défaillante, le manque d’infrastructure et la mauvaise gouvernance ont freiné l’optimisation de ces ressources. L’Occident a donc perçu cela comme une perte de contrôle, et cela pourrait expliquer, en partie, la réticence à accorder une véritable autonomie technologique à la RDC dans la gestion de ses minerais.

La logique actuelle : éviter le transfert de technologie

Aujourd’hui, en maintenant l’exploitation des ressources congolaises entre les mains d’entreprises multinationales, souvent à travers des contrats opaques et des investissements étrangers directs, les États-Unis et d’autres puissances évitent le transfert de technologies sensibles. De cette manière, les pays producteurs, comme la RDC, restent dépendants non seulement des matières premières qu’ils fournissent, mais aussi des technologies et des procédés industriels qui permettent de les exploiter et de les transformer en produits finis.

Cela signifie que, bien que les minerais soient extraits à partir du sol congolais, le véritable processus de valeur ajoutée (comme le raffinage et le traitement des minerais) se fait généralement à l’étranger, loin des frontières congolaises. En cas de crise ou de perturbation géopolitique, ces usines de traitement à l’étranger peuvent simplement fermer ou se délocaliser, laissant la RDC dans une position encore plus vulnérable.

 Le transfert de technologie, dans ce contexte, n’est pas qu’une question économique, mais aussi géopolitique. Pour les puissances étrangères, surtout les États-Unis, il s’agit d’empêcher tout transfert de savoir-faire qui pourrait renforcer la capacité industrielle du pays. En gardant le contrôle sur les technologies d’extraction et de traitement, ils assurent que le pays producteur, comme la RDC, ne pourra jamais atteindre une autonomie industrielle suffisante pour exploiter pleinement ses ressources sans dépendre d’investissements étrangers.

Cela empêche également la RDC de créer des chaînes de valeur internes solides, d’investir dans des infrastructures industrielles locales et d’augmenter sa capacité de transformation des minerais sur son propre sol. Par conséquent, bien que le pays puisse continuer à extraire ses ressources, les véritables bénéfices économiques de cette exploitation sont largement captés par les puissances étrangères et les multinationales, et non par le peuple congolais.

Malheureusement, cette dynamique est souvent mal comprise par la majorité des Congolais, voire des citoyens des pays voisins comme le Rwanda. Il est crucial de souligner que, bien que l’exploitation minière ait lieu sur leur sol, les véritables enjeux de pouvoir, de contrôle technologique et économique échappent souvent à la perception des populations locales. Les gouvernements congolais successifs, confrontés à des crises internes et externes, n’ont pas toujours été en mesure de mettre en place une stratégie cohérente pour redresser cette situation et obtenir le contrôle sur leurs propres technologies.

Il est donc essentiel que les citoyens congolais, rwandais et africains en général prennent conscience de ces mécanismes cachés, qui ne sont pas seulement économiques, mais aussi stratégiques. Les ressources minières, bien que cruciales, ne seront jamais pleinement bénéfiques pour les populations locales si elles restent entre les mains des puissances étrangères qui contrôlent la technologie et les infrastructures nécessaires à leur valorisation.

En conclusion, la persistance des États-Unis et d’autres puissances dans l’exploitation des ressources minières de la RDC repose donc sur plusieurs raisons géopolitiques et économiques, dont l’une des plus importantes est d’éviter le transfert de technologie. Cela permet de maintenir un contrôle sur la RDC et d’éviter qu’elle ne devienne un concurrent industriel puissant. En fin de compte, la véritable richesse de la RDC ne réside pas seulement dans ses minerais, mais aussi dans sa capacité à maîtriser et à transformer ces ressources pour le bénéfice de son peuple. Pour que ce potentiel soit réalisé, une prise de conscience collective et une volonté politique forte sont indispensables pour rompre avec ce cycle de dépendance et de manipulation.

Luc Alouma

loucasalouma@yahoo.fr

By amedee

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