Depuis septembre 2025, la République Démocratique du Congo vit sous le régime d’une appréciation spectaculaire du Franc Congolais (FC). Passé de 2 850 FC à 2 300 FC pour un dollar — un gain de 19,3 % sur le marché officiel — ce redressement pourrait ressembler à une victoire. Pourtant, derrière les chiffres se cache une stratégie de “terre brûlée” menée par le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso.
En puisant massivement dans les réserves de change pour racheter des francs, la BCC a instauré une stabilité artificielle qui détruit l’épargne, réduit les recettes de l’État et fragilise durablement les fondements économiques du pays.
La destruction de l’épargne : 2,5 milliards de dollars évaporés
L’impact le plus direct de cette appréciation factice touche au cœur de la résilience financière du pays : l’épargne nationale.
Au premier semestre 2025, les dépôts bancaires s’élevaient à 13,7 milliards USD, dont 90 % (soit 12,3 milliards) sont libellés en dollars américains. En imposant une appréciation brutale de près de 20 %, la BCC a mécaniquement réduit la valeur réelle de ces avoirs une fois convertis. On a ainsi une perte sèche : les 12,3 milliards USD d’épargne ne représentent plus en réalité que 9,8 milliards par rapport à leur valeur initiale. Conséquence : Une ponction invisible de 2,5 milliards USD sur les ressources des ménages et des entreprises.
Cette érosion brise la confiance. Les ménages perdent leur pouvoir d’achat futur et les entreprises voient leurs capacités d’investissement fondre, freinant ainsi la croissance à moyen terme. Sur le marché parallèle, où le taux chutait parfois à 1 800 FC au début, la perte de valeur frôle les 37 %.
Le gouffre des finances publiques : Des recettes en chute libre
Le paradoxe est frappant : alors que l’État cherche à maximiser ses revenus, sa propre politique monétaire les sabote. L’exemple des nouveaux tarifs d’immatriculation des véhicules, dévoilés par le ministre des Finances Doudou Fwamba, est édifiant.
La démonstration du manque à gagner
Pour une série de 1 000 immatriculations totalisant115 000 USD :
- Au taux “populiste” actuel (2 272,9023 FC) : Le Trésor encaisse 261 383 764,5 FC.
- Au taux réel d’août 2025 (2 856 FC) : L’État aurait dû percevoir 327 750 000 FC.
Résultat : Une perte sèche de 21 % des recettes sur chaque opération. Multiplié par l’ensemble du parc automobile et les autres taxes, le manque à gagner se chiffre en millions de dollars.
Un budget national amputé par l’artifice
L’illusion monétaire a fini par rattraper la planification budgétaire au plus haut sommet de l’État. Le décalage entre le dépôt du projet de loi de finances et sa promulgation révèle l’ampleur des dégâts :

En tenant compte du taux de change artificiel, le Parlement a dû revoir ses ambitions à la baisse. Le budget a perdu 5 000 milliards de FC (soit plus de 2 milliards USD) en trois mois. Cette contraction limite drastiquement la capacité du gouvernement à financer les infrastructures et à payer les arriérés de salaires des fonctionnaires.


Une stratégie “cosmétique” aux conséquences durables
Pour maintenir ce cap, la BCC brûle ses “munitions” : le 18 décembre dernier, 50 millions USD ont encore été injectés pour racheter des francs. Cette gestion court-termiste sacrifie les réserves de change de la nation pour une simple opération de communication sur la “dédollarisation”.
En refusant la “vérité des prix”, André Wameso crée une bulle. Les importateurs voient la valeur de leurs stocks se déprécier, les exportateurs perdent en compétitivité, et l’État s’appauvrit.
En définitive, l’économie ne se laisse pas duper longtemps. L’appréciation éclair du franc n’est qu’un artifice politique sans fondement structurel. Pour que la stabilité soit réelle, elle doit s’appuyer sur la production et l’emploi, et non sur l’épuisement des réserves de change. En voulant imposer une illusion de maîtrise, la Banque Centrale a, en réalité, fragilisé l’État et ébranlé la confiance des acteurs économiques.
Aristote KAJIBWAMI

