Le projet de Loi de finances (PLF) 2026 de la RDC s’inscrit dans une trajectoire budgétaire expansionniste, avec une enveloppe globale en hausse de 16,4% par rapport à 2025 pour atteindre USD 20,35 milliards en 2026. Ce budget ambitieux mise résolument sur l’investissement public (35,6% des dépenses) pour transformer l’économie, tout en maintenant des priorités sociales et sécuritaires. Cependant, cette ambition se heurte à plusieurs défis de taille : une dépendance accrue aux ressources minières (23,3% des recettes) et à l’aide extérieure, une exécution budgétaire historiquement faible (seulement 57,8% des investissements réalisés à mi-2025), et une vulnérabilité face aux risques
macroéconomiques et sécuritaires.
La soutenabilité de cette trajectoire budgétaire dépendra de la capacité des autorités publiques à améliorer l’efficacité de la dépense publique et à contenir les risques structurels identifiés.
1. Un budget 2026 ambitieux dans un contexte macroéconomique stabilisé mais fragile.
Le PLF 2026 s’est élaboré dans un environnement international marqué par l’incertitude, avec un ralentissement de la croissance mondiale projetée à 3,1% en 2026 par le FMI, contre 3,2% en 2025. La RDC affiche pourtant une résilience notable, avec une croissance économique maintenue à 5,3% en 2025 et 2026, supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne (4,1%). Cette performance reste néanmoins tributaire du secteur minier, dont la croissance est projetée à 5,8% en 2026.
Le contexte sécuritaire demeure toutefois un enjeu majeur qui pèse sur les équilibres budgétaires. L’accord de Washington signé en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda offre des perspectives d’apaisement, mais la sécurisation de l’Est continue d’absorber des ressources considérables, avec des dépenses sécuritaires qui représentent près de 10% du budget général en 2026.
2. Des recettes toujours dépendantes du secteur extractif et des ressources extérieures, malgré les efforts de mobilisation domestique.
Le secteur minier demeure un pilier financier incontournable en RDC (cf. Figure 1 en annexe). Avec USD 4,75 milliards attendus, les recettes minières devraient représenter près du quart des recettes totales du budget général (23,3%) en 2026. Cette dépendance expose les finances publiques aux fluctuations des cours mondiaux des matières premières, particulièrement pour le cuivre et le cobalt dont les prix sont sujets à volatilité.
Les ressources extérieures constituent le deuxième moteur du financement budgétaire. Les emprunts et dons relatifs aux projets d’investissement devraient contribuer à hauteur de 22,9% aux recettes du budget général. Parmi ces projets, les financements apportés par la Banque mondiale, l’Union Européenne et la Banque africaine de développement représentent le gros des ressources. Par ailleurs, les appuis budgétaires, dans le cadre du programme avec le FMI (FEC et RST), devraient constituer une source de revenus supplémentaires.
Le gouvernement de la RDC mise également sur des ressources exceptionnelles pour réduire potentiellement le déficit budgétaire. Les émissions d’obligations du Trésor ont connu un succès inattendu en 2025 (519% de réalisation), et le gouvernement table sur USD 521 millions au titre de produits des emprunts intérieurs en 2026, témoignant d’un recours accru à l’endettement sur le marché intérieur des titres publics.

3. Des dépenses tournées vers l’investissement public, couplée à une exécution budgétaire défaillante.
Le gouvernement affiche une ambition forte pour l’investissement public, avec plus d’un tiers du budget général qui lui est consacré. Les dépenses d’investissement atteignent USD 6,59 milliards (35,6% du budget), marquant une priorité affichée pour les infrastructures et les projets structurants. À ce titre, il y a lieu de mentionner (i) le programme de renforcement de l’offre et de développement de l’accès aux soins de santé, (ii) le projet d’aménagement de la route nationale N°2 Bukavu-Goma, (iii) le projet d’appui à la connectivité et de transport (PACT), (iv) le projet de gouvernance et de réforme de l’accès aux secteurs d’électricité et de l’eau, et (v) le projet d’accès et d’amélioration des services électriques (PAASE). Cette orientation stratégique répond aux impératifs d’accès aux soins de santé, de désenclavement des territoires, et de réhabilitation des infrastructures hydro-électriques.
Les dépenses de sécurité maintiennent une pression importante sur le budget. Avec USD 1,86 milliards prévus pour les dépenses sécuritaires, l’effort de guerre dans l’Est continue d’absorber des ressources considérables, représentant près de 10% du budget général. La programmation de cette enveloppe intervient dans un contexte où ces dépenses étaient exécutées en procédure d’urgence au cours de l’exercice budgétaire précédent.
La masse salariale et les dépenses de fonctionnement grèvent la marge de manœuvre budgétaire. Les rémunérations (23,9% du budget) et le fonctionnement des institutions (12,2%) pèsent toujours lourd dans la structure des dépenses, limitant la capacité d’arbitrage en faveur des investissements productifs. En même temps, le décalage entre ambitions affichées et capacités d’exécution reste préoccupant. Tel que l’illustre la Figure 2 en annexe, jusqu’au premier semestre 2025, les dépenses de fonctionnement ont enregistré une sur-exécution à hauteur de près de 200%, contrastant avec seulement 57,8% pour les dépenses d’investissement. Cette faible absorption des fonds d’investissement questionne la
capacité réelle de l’administration à mettre en œuvre les projets structurants ci-haut identifiés.

4. Arbitrer entre accélération des investissements et prudence sur les risques budgétaires.
La matérialisation des risques budgétaires pourrait compromettre la soutenabilité des finances publiques. Deux principales menaces sont susceptibles de creuser le déficit budgétaire : (i) la volatilité des cours des matières premières, et (ii) la persistance de l’insécurité dans la partie Est de la RDC.
La dépendance aux ressources minières rend l’économie de la RDC vulnérable aux chocs externes. La baisse des cours du cuivre et du cobalt pourrait entraîner une diminution significative de recettes minières, la principale source de revenus de l’État.
Par ailleurs, dans un contexte de perspectives économiques mondiales défavorables, les flux d’aide internationale pourraient être affectés. La RDC doit anticiper une possible réduction des appuis budgétaires et dons projets, et accélérer la mobilisation des ressources intérieures pour préserver sa marge de manœuvre budgétaire (fiscal stance).
La persistance du conflit dans l’Est représente un risque budgétaire structurel majeur. La détérioration de la situation sécuritaire peut engendrer une perte de recettes dans les provinces à conflits, et occasionner un accroissement des dépenses liées aux opérations sécuritaires. Cette situation peut contraindre le gouvernement à adopter un budget rectificatif et à opérer des coupes budgétaires douloureuses dans d’autres secteurs. La crise sécuritaire constitue donc un facteur de risque persistant qui pourrait, une nouvelle fois, compromettre la réalisation des objectifs du budget 2026.
La capacité d’exécution des investissements publics constitue le principal défi opérationnel. Les retards chroniques dans la réalisation des projets menacent non seulement la crédibilité du budget, mais aussi les perspectives de croissance et de diversification économique. Le renforcement de la gouvernance des marchés publics et du suivi des projets est un impératif. La réussite du budget 2026 dépendra in fine de la capacité des autorités publiques à transformer les ambitions affichées en réalisations concrètes, tout en mitigeant les risques budgétaires qui pèsent sur les finances publiques.
Congo Challenge N°103

