Un lecteur des réflexions de l’Economiste Luc Alouma lui a adressé cette question : « Si aujourd’hui, vous avez la chance de vous retrouver, quelque part à un poste important dans notre pays, que feriez-vous pour ramener l’homme congolais, pour ne pas dire africain, à reconnaître les valeurs humaines ? Auriez-vous un plan ou une stratégie sur un tel projet ? »
Voici la réponse de Luc Alouma en six points :
Merci pour cette question profonde et pleine de sens. Si j’avais l’opportunité d’occuper une position d’influence dans notre pays, en m’appuyant sur mes réflexions précédentes, voici ce que je ferais pour ramener l’homme congolais — et au-delà, l’homme africain — à reconnaître et à incarner les valeurs humaines :
- Refonder l’homme par l’éducation éthique et philosophique :
Il faut réintégrer l’éthique, la philosophie et l’éducation civique dans tous les cycles d’enseignement, pas comme des matières secondaires, mais comme des piliers de formation de l’esprit. Former une conscience morale libre, critique et engagée est la base de toute transformation durable.
- Réformer les institutions pour qu’elles soient justes et exemplaires :
Tant que les structures qui organisent la vie sociale sont elles-mêmes prédatrices, injustes et inefficaces, il sera difficile d’éveiller les consciences. Je mettrais en place un système institutionnel où les règles sont claires, les responsabilités bien définies, et où l’impunité est impossible.
- Réconcilier le travail avec la dignité humaine :
Le système économique doit valoriser la dignité humaine. Cela suppose une politique du travail juste, équitable et fondée sur le mérite. Réduire les écarts monstrueux entre les élites et le peuple est fondamental pour redonner confiance et sens à l’effort.
- Automatiser les procédures pour réduire les tentations :
Comme évoqué dans l’exemple chinois, les failles de comportement trouvent souvent leur origine dans des systèmes opaques. En instaurant des processus transparents, automatisés et traçables, on contraint au respect des règles — non par peur, mais par cohérence structurelle.
- Créer un récit national porteur de valeurs :
Le peuple a besoin d’une mémoire, d’un récit, d’un projet collectif. Je m’investirais à forger un imaginaire social qui reconnecte les Congolais à leur dignité, à leur histoire et à leur responsabilité vis-à-vis des générations futures.
- Faire de la justice sociale le socle du vivre-ensemble :
Une politique fondée sur l’équité, la redistribution juste, la lutte contre la pauvreté extrême et l’accès universel aux biens essentiels (santé, éducation, logement, emploi) est indispensable pour élever l’homme et l’arracher à la survie égoïste.
En somme, je ne chercherais pas à changer l’homme congolais directement, mais à changer les conditions concrètes et symboliques dans lesquelles il vit, pour que naisse en lui « une nouvelle manière d’exister », ancrée dans la valeur, la dignité, la justice et la responsabilité partagée.

