Luc AloumaLuc Alouma

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Permettez-moi de vous parler aujourd’hui sans détour.

Nous avons longtemps cru que nous étions sur la voie du développement.

Nous avons investi, planifié, étudié, copié, réformé.

Mais une vérité s’impose désormais à nous, brutale, inconfortable, mais nécessaire :

Nous sommes soit en voie de nulle part, soit en voie d’un développement qui ne nous concerne pas.

 

Oui, nous devons avoir le courage de le dire :

Le développement tel qu’il nous est présenté aujourd’hui n’est pas neutre.

Il n’est pas universel.

Il n’est pas innocent.

Il est le produit d’un ordre mondial façonné par les vainqueurs de la

Seconde Guerre mondiale.

Un ordre qui a défini les règles, les normes, les institutions…

et surtout la trajectoire du progrès.

Dans cet ordre, certains avancent…

et d’autres suivent.

Certains définissent les standards…

et d’autres tentent de s’y conformer.

 

Mais la question essentielle est la suivante :

Peut-on atteindre un modèle qui n’a jamais été conçu pour nous intégrer pleinement ?

 

Nous avons appris Adam Smith,

nous avons appris John Maynard Keynes,

nous avons appris les théories de la croissance, du marché, du travail.

Mais ces théories, aussi brillantes soient-elles, reposent sur une illusion dangereuse :

celle que le développement est reproductible indépendamment de l’histoire.

 

Car la vérité historique est tout autre.

Le développement n’est pas né dans la pureté des idées.

Il n’est pas né dans la neutralité scientifique.

Il n’est pas né dans une moralité parfaite.

Le développement est né :

– dans les ruptures

– dans les conflits

– dans les dominations

– dans les accumulations souvent inégales

 

Le Commerce triangulaire

a enrichi certains continents en vidant d’autres de leur force vitale.

Le Plan Marshall

a reconstruit une Europe détruite… mais dans une logique stratégique d’influence.

Les grandes puissances ne se sont pas développées uniquement par le travail.

Elles se sont développées aussi par l’histoire, dans ce qu’elle a de plus brutal : pillage, génocide, guerre, expropriation, colonisation, exclavagisme, …

 

Alors posons une question que peu osent poser :

Comment imaginer une Afrique développée dans un système qui s’est construit sans elle… et parfois contre elle ?

Et allons encore plus loin :

Est-il possible que tous se développent simultanément dans un système fondé sur des déséquilibres historiques ?

 

Mes chers compatriotes,

 

Le développement tel que nous le poursuivons aujourd’hui ressemble à un horizon qui recule à mesure que nous avançons.

Pourquoi ?

Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’un retard.

Il s’agit d’un décalage de trajectoire.

Nous ne sommes pas simplement en retard sur la route…

nous ne sommes pas sur la même route.

Et c’est ici que se trouve le cœur du problème.

Nous avons cru que :

plus de travail = développement ;

plus d’écoles = développement ;

plus de démocratie formelle = développement.

 

Mais l’histoire nous enseigne autre chose :

Le développement commence rarement comme un impératif moral.

Il apparaît souvent comme un impératif stratégique, parfois brutalement violent.

Oui, il faut le dire avec lucidité :

Le développement est souvent né d’un impératif négatif.

– Un choc.

– Une crise.

– Une guerre.

– Une rupture.

Comme un big bang historique, qui détruit un ancien ordre pour en faire émerger un nouveau.

 

Dans ce processus, il y a eu :

des sacrifices humains,

des injustices, des décisions radicales.

Et c’est ce qui a permis une accumulation rapide, bien au-delà des simples équations économiques.

 

Cela ne signifie pas que nous devons reproduire la violence.

Mais cela signifie que nous devons comprendre ceci :

Le développement ne naît pas de la simple application des théories.

Il naît de la capacité d’un peuple à provoquer un basculement historique.

C’est pourquoi je vous le dis aujourd’hui avec gravité :

Nous avons trop longtemps cru à une “main invisible”.

Mais pour nous, cette main ne suffit pas.

Nous avons besoin d’une main initiatrice.

La main initiatrice, c’est :

– celle qui décide de rompre avec les illusions ;

– celle qui redéfinit les règles du jeu ;

– celle qui impose une trajectoire propre.

Nelson Mandela n’a pas attendu un modèle importé pour transformer son pays.

Il a initié une rupture à travers une réconciliation nationale prônant une nation arc-en-ciel.

Mao Zedong n’a pas appliqué une théorie universelle.

Il a imposé une trajectoire nationale, avec ses coûts et ses conséquences.

Mesdames et Messieurs,

Entrer dans la voie du développement, pour nous, ce n’est pas : copier, suivre, imiter.

C’est : créer les conditions historiques de notre propre transformation.

Cela implique :

– un État stratège et discipliné,

– une élite lucide, non illusionnée,

– un peuple mobilisé autour d’un projet commun,

– une redéfinition de notre place dans le monde.

Mais surtout, cela implique une prise de conscience fondamentale :

Nous ne devons plus chercher à rattraper le monde.

Nous devons créer notre propre monde.

 

Mes chers compatriotes

 

On nous a vendu du vent et nous voilà à rechercher ce que logiquement nous ne rattraperons jamais.

Il est temps maintenant de devenir ce vent en créant notre propre souffle et en traçant notre propre trajectoire.

Car seuls les peuples qui osent transformer leur destin entrent réellement dans la voie.

Je vous remercie.

Luc Alouma 

loucasalouma@yahoo.fr 

By amedee

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