Alors que la RDC a été secouée sérieusement sur le plan sécuritaire au cours de l’année 2025, le Gouvernement ne s’est jamais préoccupé à rationaliser ses dépenses de consommation courante, en l’occurrence celles de fonctionnement des cabinets ministériels et des institutions. Ce, en dépit des instructions données par le président de la République, en février 2025, sur la réduction du train de vie des institutions et de leurs animateurs politiques à la suite de l’occupation des villes de Goma et Bukavu par l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC/M23. En 2025, alors que le Gouvernement Suminwa a dépensé jusqu’à 1 milliard 492 millions USD, de surcroit en dépassement budgétaire, pour le fonctionnement des institutions politiques et des ministères, seulement 1 milliard USD ont été alloués aux dépenses d’investissement, sur les recettes mobilisées en interne. Autant dire que la rationalisation des dépenses publiques, bien que réclamée par le président de la République, reste un mirage, au regard de la gouvernance Suminwa.
A la deuxième réunion du Conseil des ministres du 9 janvier 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi, a instruit la Première ministre Judith Suminwa de veiller à la « rationalisation des dépenses publiques » et d’en faire « un levier immédiat, crédible et indispensable » pour préserver les équilibres macroéconomiques.
Cette instruction du chef de l’Etat résonne comme un vœu pieux quand on sait que le Gouvernement Suminwa vient de boucler l’année 2025 avec des dépenses de fonctionnement des institutions et des ministères de l’ordre de 4.252,6 milliards de CDF (1,492 milliard USD au taux de 2850 FC le dollar américain) en dépassement budgétaire de 18,7%, selon le Plan de trésorerie (PTR) du ministère des Finances arrêté au 24 décembre 2025.
« Le Président de la République a commencé par attirer l’attention du Gouvernement sur l’état de notre conjoncture macroéconomique tel qu’il ressort des données officielles et du cadrage macroéconomique contenu dans la Loi de Finances pour l’exercice 2026 qu’il a promulguée. Cette situation appelle une vigilance accrue ainsi qu’une action gouvernementale rigoureusement coordonnée. Si une appréciation du Franc Congolais a été observée depuis septembre 2025, le cadrage macroéconomique officiel anticipe néanmoins, à l’horizon fin 2026, un risque de dépréciation de la monnaie nationale. A cet effet, le Président de la République a appelé au renforcement de la discipline des finances publiques. Il a réaffirmé que la rationalisation des dépenses publiques demeure un levier immédiat, crédible et indispensable pour préserver les équilibres macroéconomiques. Elle implique une allocation plus efficiente des ressources, fondée sur l’élimination des dépenses non prioritaires ou insuffisamment justifiées », rapporte le compte rendu du Conseil des ministres fait par le porte-parole Patrick Muyaya.
Dès lors, ajoute le même compte rendu, le président de la République a instruit la Première Ministre de lui « transmettre dans les 15 jours un rapport précis et documenté sur l’état d’avancement effectif du processus de rationalisation des dépenses publiques, les mesures mises en œuvre et les résultats attendus à court terme ».
L’objectif final de la rationalisation des dépenses publiques est d’accroître la qualité de la dépense publique, améliorer l’impact social et économique du budget, et renforcer la confiance des citoyens et des bailleurs de fonds. Elle implique plusieurs mesures concrètes, notamment la réduction des dépenses non essentielles, la lutte contre les doublons et les gaspillages, la digitalisation de la gestion publique pour éviter le coulage, la réorientation vers les investissements productifs, la réduction du poids des dépenses de fonctionnement ou encore le renforcement des mécanismes de contrôle et d’audit.
Cependant, depuis plusieurs années, l’Exécutif national reste caractérisé par des dépassements budgétaires principalement sur des postes de fonctionnement des institutions et des ministères au détriment des dépenses d’investissement nécessaires pour la construction des infrastructures de base.

Amédée Mwarabu

