Dédier près de 30 pour cent du budget national à la défense dans un pays où la majorité de la population vit dans l’extrême pauvreté relève d’un contresens stratégique. Une armée restée à un stade rudimentaire, comme en RDC, ne génère ni stabilité durable ni dynamique économique. Siphonner ainsi les ressources destinées à l’école, à la recherche scientifique, aux bourses d’étude, à la santé ou aux infrastructures revient à scier la branche même sur laquelle devrait reposer la sécurité nationale. Croire qu’un surfinancement militaire compense l’absence de développement est un piège narratif, d’autant plus dangereux qu’il s’appuie sur un ennemi extérieur commode. Si l’objectif était réellement de « tabasser le Rwanda », les chiffres suffisent à dissiper ce fantasme.
Le Rwanda compte environ 33 000 soldats et un budget inférieur à 200 millions de dollars. La RDC aligne plus de 134 000 militaires et engloutit entre 700 et 900 millions par an, soit quatre à cinq fois plus, sans jamais convertir cet effort financier en puissance opérationnelle. Dans les classements africains, Kigali apparaît comme une armée disciplinée et efficace, tandis que la RDC demeure classée très en dessous de ce que ses ressources devraient permettre. Autrement dit, la RDC surconsomme militairement pour un rendement stratégique inférieur, preuve qu’aucune somme ne remplace le professionnalisme, la doctrine ou la vision. Les faiblesses structurelles, le manque de formation, l’absence de coordination et les pratiques de prédation absorbent tout effort, au point que chaque augmentation budgétaire devient une rente pour ceux qui vivent de la guerre.
Les tonnes d’équipements abandonnés à Goma, Bukavu ou Rutshuru montrent que ce ne sont pas les finances qui manquent, mais la chaîne de commandement et la discipline. Le M23-AFC se renforce matériellement grâce à ce que l’armée congolaise laisse derrière elle. Pendant ce temps, le Rwanda, malgré ses provocations répétées, n’a jamais osé se risquer en territoire ougandais ou tanzanien comme il le fait en RDC. Kampala et Dodoma disposent de leviers économiques capables d’étouffer Kigali sans tirer un seul coup de feu, savent s’en servir, et ce qui explique cette prudence. Même le Burundi, pourtant très pauvre, illustre qu’une dissuasion géopolitique et économique bien calibrée peut être plus redoutable qu’un arsenal. C’est cette dimension que craint Kagame. Depuis la nuit des temps, toutes les guerres sont économiques, même lorsqu’elles se déguisent en conflits religieux ou sécuritaires. Et c’est précisément cette dimension que la RDC ignore encore, convaincue que la sécurité se gagne en gonflant les budgets militaires, alors que la véritable puissance se construit ailleurs, dans les leviers économiques et l’intelligence géopolitique que le pays n’a jamais appris à mobiliser.
Le budget 2026 prétend répondre à la menace militaire en gonflant les crédits de défense, mais il passe complètement à côté de la nature réelle du conflit et de l’insécurité qui traverse tout le pays. La guerre que vit la RDC est avant tout sociale, nourrie par une pauvreté écrasante, l’effondrement des services publics, l’état archaïque de son économie et l’absence totale d’opportunités. Ce terreau alimente les groupes armés et donne même aux kulunas leur raison d’être. Une paix durable exige une approche scientifique, une doctrine modernisée et des investissements stratégiques dans les zones fragiles afin d’assécher le vivier humain sur lequel prospèrent milices rurales et délinquances urbaines.
Croire que la sécurité s’achète à coups de dépenses militaires et de fouet, c’est se tromper d’ennemi et de terrain. Aucun pays portant le fardeau de la plus forte extrême pauvreté au monde ne peut espérer la stabilité sans s’attaquer d’abord à cette pauvreté qui nourrit l’insécurité, fragilise les institutions et annule toute progression militaire.
Texte tiré de l’article « RDC-Budget 2026 : un autre cycle de débat sur le Quoi au lieu du Pourquoi »
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