La Banque centrale du Congo n’a pas encore marqué de points sur le défi de la dédollarisation de l’économie congolaise. C’est ce qui ressort de l’analyse du rapport de la Banque mondiale sur la situation économique de la RDC. De même, cette institution financière internationale, en appelant à une plus grande flexibilité du taux de change, conseille la Banque centrale du Congo à laisser le marché de change s’autoréguler sur la base de la loi de l’offre et de la demande, plutôt que d’injecter indéfiniment ses réserves de change. Ici, le Gouverneur André Wameso est appelé clairement à une gestion rigoureuse des réserves de change qui ont fondu de 572 millions depuis qu’il est à la tête de la BCC. Tout autant, le nouveau staff de la Banque centrale du Congo doit consolider l’indépendance de la banque des banques et améliorer sa transparence.
Dans son récent rapport sur la situation économique en RDC et consacré spécialement aux entreprises du Portefeuille de l’Etat, la Banque mondiale (BM) fait une recommandation spécifique à la Banque centrale du Congo (BCC) dans la perspective de maintenir un cadre macroéconomique solide et durable qui est essentiel pour renforcer la stabilité dans le pays.
Selon cette institution financière internationale, les priorités stratégiques pour la RDC restent axées globalement sur le maintien de la stabilité macroéconomique, la réduction des vulnérabilités internes et externes, et la création d’un environnement plus attractif pour l’investissement et une croissance durable.
Dans cette perspective de l’économie congolaise, la Banque mondiale estime qu’atteindre ces objectifs ne se ferait pas sans « Assurer la stabilité des prix et la confiance dans le franc congolais en renforçant la crédibilité de la BCC, en autorisant une plus grande flexibilité du taux de change et en dédollarisant progressivement l’économie ». Telle est la recommandation faite par la Banque mondiale à la Banque centrale du Congo.
Pour renforcer sa crédibilité, la Banque Centrale du Congo (BCC) doit consolider son indépendance, améliorer sa transparence et assurer la stabilité du franc congolais via une gestion rigoureuse des réserves de change. Elle doit également moderniser sa supervision bancaire, limiter la dollarisation et renforcer la lutte contre le blanchiment. Dans cette optique, l’indépendance de la BCC passe indubitablement par l’application stricte de la loi organique n°18/027 de 2018 qui garantit l’indépendance de l’institut d’émission, le renforcement de la gouvernance et de la transparence financière pour mieux rendre compte de ses missions non sans compter la nécessité de capitaliser adéquatement la banque pour assurer sa viabilité financière.
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Tout aussi, en application de sa politique monétaire, la Banque centrale devra poursuivre la reconstitution et la diversification des réserves de change (ex: or monétaire) pour soutenir la valeur du franc congolais, limiter la dollarisation de l’économie congolaise, qui réduit l’efficacité de la politique monétaire, ou encore améliorer le cadre de mise en œuvre de la politique monétaire pour stabiliser les prix.
En demandant une plus grande flexibilité du franc congolais, la Banque mondiale conseille le Banque centrale du Congo de renforcer le mécanisme de marché de change en limitant ses interventions aux seuls lissages des adoptions extrêmes, au lieu de fixer un taux cible. Cela implique de promouvoir un marché interbancaire plus transparent et compétitif, et d’utiliser activement les taux d’intérêt pour réguler la liquidité.
Plus de flexibilité du taux de change appelle la BCC à s’activer dans la libéralisation du marché des changes. Ceci implique de réduire les interventions directes et laisser le taux de change refléter davantage l’offre et la demande de devises. Les interventions ciblées de la BCC ne devraient être actionnées qu’en cas d’options excessives pour réduire les fluctuations, plutôt que pour défendre un niveau spécifique du taux de changement. Il y a aussi nécessité pour l’Institut d’émission de renforcer sa politique monétaire en utilisant son taux directeur de manière proactive pour influencer le coût de l’argent et, par ricochet, la demande de devises.
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Pour autant, la BM a salué dans le même rapport l’appréciation de la monnaie nationale qui, combinée à la baisse des prix mondiaux des denrées alimentaires et de l’énergie, a entraîné une forte baisse de l’inflation en 2025. En RDC, l’inflation est passée de 11,7 % à la fin de 2024 à 7,8 % en septembre 2025, puis a chuté à 2,3 % à la fin décembre 2025, bien en deçà de l’objectif à moyen terme de 7,0 % fixé par la banque centrale. Pour la Banque mondiale, cette baisse reflète l’appréciation du franc congolais par rapport au dollar américain due à des effets de transmission, à une politique monétaire restrictive soutenue et à la baisse des prix mondiaux des denrées alimentaires et du pétrole.
Autrement dit, cette institution financière internationale attribue la baisse de l’inflation en RDC suite justement à la baisse des prix des biens sur le marché international. « L’inflation des produits alimentaires a ralenti de 10,7 % à la fin de 2024 pour atteindre 2,0 % en décembre 2025, alimentant environ 70 % de la tendance générale de l’inflation. Avec le renforcement de la monnaie, le gouvernement a réduit les prix du carburant à la pompe dans la zone ouest et à Kinshasa de 10 % en octobre et de 9 % en novembre 2025 afin de réduire les coûts de transport et de production »n explique la Banque mondiale.
Quatre recommandations faites au Gouvernement pour la stabilité du cadre macroéconomique
En ce qui concerne la politique économique du Gouvernement, la Banque mondiale a fait des recommandations ci-après :
- Concentrer les dépenses publiques sur les services publics essentiels et les projets d’infrastructure clés afin de répondre aux besoins urgents et de jeter les bases d’une croissance durable ;
- Mobiliser les recettes et renforcer la viabilité budgétaire en élargissant l’assiette fiscale, en améliorant l’efficacité du recouvrement à travers des systèmes modernes et en réduisant les exonérations ;
- Faire progresser la décentralisation budgétaire en renforçant l’autonomie et les capacités budgétaires locales ;
- Renforcer la résilience face aux chocs futurs en consolidant la réglementation macroprudentielle et les politiques contracycliques, tout en renforçant continuellement le système financier national.
Selon la BM, les politiques à moyen terme du Gouvernement devraient se focaliser sur la diversification économique, la croissance durable et une gestion budgétaire plus rigoureuse. Comme indiqué dans le mémorandum économique pays de la RDC (Banque mondiale, 2023), des réformes économiques globales sont nécessaires pour favoriser un modèle de croissance diversifié.
Les principales mesures comprennent : (i) l’amélioration de la réglementation des entreprises ; (ii) l’amélioration de l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises ; (iii) l’investissement dans le développement du capital humain afin de stimuler la productivité et l’innovation ; et (iv) la promotion du développement des chaînes de valeur, en particulier dans les secteurs agroalimentaire et minier.
Amédée Mwarabu

